Succession de déceptions pour la saison 2 de « The Bold Type »

On avait achevé la saison 1 avec enthousiasme et impatients de découvrir la suite de cette série ouvertement féministe. La saison 2 nous a déçus et frustrés.

*attention spoilers* Les thèmes premiers abordés étaient complexes, parfois trop survolés ou bâclés, mais souvent inédits et novateurs. On attendait donc de cette saison 2 de nouveaux débats sur le féminisme, la religion, les relations interculturelles, la féminité, la sexualité, et diverses problématiques politiques. Ce que The Bold Type a essayé de nous donner. Mais c’est globalement raté.

Une régression dans le traitement des relations amoureuses

Le couple phare de la saison 1 était frappant par son originalité et ses évolutions. Kat, community manager afro-américaine, et Adena, artiste iranienne musulmane confrontée à l’expiration de son visa, étaient tombées amoureuses et avaient commencé une relation bienveillante malgré les difficultés rencontrées.

Différences culturelles, religieuses, distance, montée des tensions raciales… La saison 1 avait su, à travers cette relation, mêler atmosphère sociale et découverte sentimentale de soi et de l’autre. Si la saison 2 débute correctement sur ce thème, évoquant la sexualité lesbienne ou la présentation aux parents, elle ne tarde pas à chavirer dans l’exoticisation du lesbianisme au lieu d’approfondir une relation fondée sur la différence et le respect.

La majorité des thèmes pertinents de la saison 1 sont alors abandonnés, au profit de la simple découverte d’une sexualité non exclusive pour le personnage de Kat. Au vu des commentaires laissés sur les réseaux sociaux, de nombreux spectateurs semblaient mécontents de ce choix scénaristique, enragés que “Kadena” ait été ravagée. Les problèmes du statut d’immigrante d’Adena ne seront évoqués que dans un seul épisode, alors qu’ils constituent une part primordiale de sa vie aux Etats-Unis, comme le montrait la saison 1.

Plus globalement, les relations sentimentales de cette saison 2 sont bien plus développées sous le thème de la sexualité. On voit rarement les couples formés faire autre chose, à part se disputer, comme le montre le cas de Jane et son copain du moment. Malgré la diversité qu’il était possible de représenter à travers trois héroïnes bien différentes, The Bold Type échoue à représenter des relations sentimentales loin des clichés de séries proches des standards passionnels.

Des personnages qui peinent à progresser

A la fin de la saison 1, Jane quitte le magazine Scarlet vers de nouveaux horizons. Elle sera rédactrice pour le site Incite, plus provoquant. Dès le premier épisode, elle est surprise par la radicalité des commentaires des lecteurs sur le site. Le personnage encensé comme une journaliste talentueuse ne prend dont même pas la peine de se renseigner sur le lectorat d’un média pour lequel elle accepte de travailler. Les contradictions entourant cette caractéristique sont répétitives : Jane fait souvent preuve de manque de professionnalisme, mais aussi d’intolérance, ce qui questionne sa sensibilité dans le traitement de sujets difficiles.

Cette saison, les actions des personnages sont également peu questionnées, au profit d’une vision simpliste de l’empowerment, glorifiant les individus perçus comme audacieux. Pourtant, les héroïnes font bien des erreurs, sans jamais réellement progresser ou gagner en maturité. Dans le domaine des relations sentimentales, les scénaristes semblent avoir cédé aux envies d’un public plus jeune, fantasmant sur des relations impossibles ou passionnées, entrant parfois même en contradiction avec le caractère prétendument féministe de la série.

La problématique du féminisme

De plus en plus, les sujets politiques et sociaux entourant l’existence des femmes sont survolés et bâclés, au profit d’un féminisme « pop », simpliste et proche du marketing. Les relations émotionnelles des héroïnes avec les hommes sont parfois même absurdes, comme dans le final, où un ancien amant revient se pâmer aux pieds de Sutton de manière tout à fait irréaliste. Si quelques épisodes plus tôt elle vantait sa capacité à choisir sa carrière au profit de sa vie amoureuse, elle était alors prête à tout abandonner pour un amour improbable que rien n’annonçait. Présenter à des jeunes filles cette décision comme raisonnable et raisonnée dans une série féministe et éducative peut être dangereux, perpétuant l’idée du prince charmant seul garant du bonheur féminin.

À travers le scénario, la réalisation et le cadrage parfois défaillant, mais aussi les costumes et le maquillage, la série souffre d’un manque de subtilité. Si la saison 1 n’envisageait les relations sentimentales que dans une perspective « hétérosexualité vs homosexualité » sans jamais mentionner la bisexualité, la saison 2 reproduit cette dichotomie en définissant les caractères ethniques comme « être noir ou blanc », sans jamais mentionner l’existence des personnes métisses.

Dans la forme, on aurait souhaité voir un peu moins d’extensions, de maquillage, de vêtements involontairement mal accordés, de talons hauts, de cheveux tirés laqués et brushés du petit-déjeuner à la soirée pyjama entre filles en passant par la journée au bureau, bref, juste un petit plus de naturel et de représentation féminine réaliste, décomplexée, et loin des clichés de la féminité apparemment éthérée. Cela pourrait paraître anodin, mais il est dérangeant d’avoir l’impression que les personnages ne sont pas travaillés par un styliste qui saurait faire ressortir leur personnalité ou leurs instants de vie. Car se revendiquer féministe si fortement, c’est aussi prouver ses capacités à changer les codes, et notamment ceux de l’esthétisme.

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