« Mother! », de Darren Aronofsky ! Souffrance et création

Une fois n’est pas coutume, nous entrons dans une salle de cinéma presque sans rien savoir sur ce que nous allons voir… Une promotion basée sur le mystère. Darren Aronofsky revient avec Mother! (sorti le 13 septembre), un film qu’il ouvre sur des cendres. Et sur ces cendres une maison dont nous ne sortirons jamais.

Cette maison est celle des personnages anonymes incarnés par Javier Bardem et Jennifer Lawrence. Nous comprenons que le premier est écrivain en manque d’inspiration, et la seconde sa jeune épouse très dévouée. C’est à elle que nous nous accrochons, que nous suivons dans ce nid dérangé par l’arrivée d’inconnus. De tout le film, la caméra ne la quittera plus. Les nombreux gros plans sur son visage et ceux au plus près de son point de vue nous font percevoir tout ce qu’elle perçoit, ressentir tout ce qu’elle ressent. La précision de ses expressions, de ses réactions, de ses postures. Tout cela est si juste : elle est la seule personne pour qui nous ressentons de l’empathie. Et par extension, nous en ressentons aussi pour cette maison qu’elle-même a entièrement reconstruite.

Ainsi l’intrusion d’inconnus est mal vécue. Son intensité croissante mêlée à l’attachement que nous ressentons à la demeure pourrait presque nous donner envie de quitter la salle, au moment où la femme pourrait être tentée de quitter la maison.

Cette atmosphère, énergie féminine enveloppante, est violée.

L’hospitalité n’est pas désirée. Son mari les invite à rester sans jamais la consulter, elle qui semble inhibée et sensible. Bien qu’il soit son mari, elle ose à peine parler à un Javier Bardem imposant, terrifiant, dominant. Ainsi des corps étrangers viennent occuper cet espace privé, l’envahissent de plus en plus. La maison allant jusqu’à y réagir de manière organique. Ainsi que l’acte final de cette mère submergée, dépassée, vidée.

Tout cela pour quoi ?

« L’inspiration », ainsi est désignée la mère à partir de la fin du film. Parce que création et destruction ne font qu’un, « l’inspiration » provoque l’une et l’autre. Plusieurs hypothèses circulent pour tenter de comprendre le film, qui semble être plutôt un film à ressentir qu’à comprendre.

C’est cyclique.

Cendres. Inspiration. Création. Destruction.

Seul l’amour en sort indemne.

Contrairement à nous. Car quelle que soit la raison qui pousse à aller voir ce film, si mystérieux qu’il soit, on ne risque pas d’en sortir indifférent.

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