« Sollers Point », l’histoire d’une errance

Le film gagnant de la compétition long métrage américain du Champs Elysées Film Festival, sorti le 29 août et signé Matthew Potterfield, nous embarque dans les quartiers fantômes de Baltimore. Drogues, racisme, désindustrialisation et errance d’un homme qui a tout à perdre, et rien à gagner.

Refaisant surface après une peine de prison, le jeune Keith (McCaul Lombardi) doit à présent purger sa peine d’assignation à résidence, bracelet à la cheville. Il rejoint son quartier, Sollers Point, sa maison, où il doit cohabiter avec son père et où traîne l’ombre absente d’une mère. Mais ce n’est pas un nid douillet qu’il retrouve, et les épaves d’un passé lancinant refont vite surface. La fausse virilité et autorité du père tendre, l’air suffocant des rues vides, les petits gangs de caïds qui surgissent au coin de la rue, tout pousse Keith à replonger dans ses vices. Il ne trouve pas de travail et deal, mais surtout, il est rongé par l’ennui.

Et cet ennui, l’auteur du film le dépeint sur chaque séquence. Il fait dériver son personnage à l’aide de longs plans, de dialogues écourtés, de silences prononcés, de moments de solitude intense que passe Keith derrière le volant de sa camionnette, contemplant le paysage désolé derrière sa vitre. Pour ne pas se perdre dans ces longues minutes, des scènes de conflits entre gangs viennent booster le récit fatidique d’une jeunesse oubliée. Les codes d’honneur gueulés par vagues d’insultes, la violence gratuite sur un sourire stupide, tout est mis en place pour raconter l’histoire d’une Amérique trop peu mise en avant, et qui correspond pourtant tout à fait bien avec le rêve américain à la Trump. Dans un style qui frôle le documentaire, Matthew Porterfield laisse néanmoins s’exprimer quelques tableaux poétiques que son héros traverse d’une fureur abrutie. Si c’était à interpréter, on pourrait presque croire à une lueur d’espoir.

Le défi est plutôt relevé dans l’ensemble, malgré le rythme vite lassant du film, et du trop peu de dialogue qui peut faire perdre le fil. McCaul Lombardi incarne à la perfection un Keith attachant et sauvage. Son corps joue la rigidité et la froideur mais son regard tranchant est au contraire dans l’hyper-expression. Si le décor est vide de tristesse, certains moments annoncent la tendresse, notamment lorsque le père de Keith (Jim Belushi) défend son fils face à une ex-copine qui désire tourner la page définitivement. L’attachement du jeune à sa chienne fait aussi sourire et les figures qui gravitent autour de lui sont des personnages atypiques, de ceux qui veulent aimer mais qui se contiennent. A l’image du héros. A l’image de son pays, qui, sous les amas de poussière, n’a pas cessé de vivre.

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