Cinéma et Homosexualité : Tristesse Contemporaine ?

Le cinéma s’est aujourd’hui emparé du sujet qu’est l’homosexualité. Un sujet sensible longtemps décrié mais qui est mis en lumière par une certaine démocratisation des mœurs et la mise en avant des causes LGBT. Des valeurs qui prennent une place de plus en plus conséquente dans notre société.

On assiste à l’éveil d’une conscience plus ample sur le sujet, mais que doit-on penser aujourd’hui des représentations attribuées à l’homosexualité au cinéma ? Il faut admettre que le cinéma est vaste et qu’il est donc difficile d’établir un constat exhaustif de la situation du cinéma “gay” aujourd’hui. Cependant le paysage médiatique laisse entrevoir des films abordant des situations plus que d’autres, des scénarios plus ou moins similaires, avec une amertume bien présente qui semble poursuivre l’exposition de cette sexualité au cinéma.

Le fait est que ces représentations résultent d’un traumatisme variable selon les pays de production, de diffusion, l’homosexualité demeurant malgré sa démocratisation un tabou inhérent de la société contemporaine. Doit-on rappeler qu’en France l’homosexualité n’est plus reconnue comme une maladie seulement depuis 1981, et que dans beaucoup de pays encore il s’agit d’une pratique purement et simplement interdite. Comme au Kenya où le film Rafiki présenté cet année à Cannes dépeint l’amour impossible de deux femmes dans un pays où l’homosexualité est sévèrement pénalisée. Ces représentations résultent ainsi d’un passé / présent douloureux liées à un intérêt encore très récent et partiellement inachevé pour cette sexualité.

Le constat est qu’aujourd’hui ce cinéma qui s’intéresse à la cause homosexuelle produit des histoires souvent belles, biens écrites, mais pourtant le recul nous mène au constat suivant : bien souvent ce cinéma se révèle d’une tristesse alarmante. Histoires impossibles, instabilité constante, présence récurrente du SIDA, amours imparfaits, isolement relationnel. Des éléments cruciaux qui alimentent des clichés épidémiques sur l’homosexualité, dépeignant ces individus comme des éléments insaisissables.

Ainsi si l’on se penche sur le cas de 120 Battements Par Minute, et Plaire Aimer et Courir Vite, deux films français qui ont eu un fort succès à Cannes en 2017 et 2018, ceux-ci dépeignent tous deux des amours impossibles entachées par la perte douloureuse de l’être aimé, une perte causée dans les deux cas par le SIDA. Et malgré la qualité de ces films qui sont brillamment exécutés, et qui cherchent à dépasser le simple sujet “homosexualité” et deviennent comme 120 Battements par Minute un véritable film politique, on se trouve confronté à un cinéma qui n’offre pas de situation particulièrement positive. Et donc même en ayant apprécié les deux films on demeure assez désemparés par la situation dépeinte qui reste douloureuse à observer.

Le fait est que ces films répondent néanmoins à un besoin, un besoin de deuil, un besoin d’exprimer une réalité trop souvent complexe et difficile pour les personnes concernées. Le cinéma permet alors d’extérioriser la place encore trop marginalisée des personnes homosexuelles et de transmettre une réalité, une réalité qui peut déranger, mais aussi alarmer sur des comportements sociétaux et sensibiliser le public à cette cause et à ses enjeux.

Mais une autre question terre à terre se pose, le fait est qu’il y a également une forme d’engouement pour la cause LGBT, qui présente à la fois des cotés positifs et négatifs, dans le sens où le sujet peut rapidement devenir l’atout marketing d’un film. C’est la sensation qui a été transmise par le film Call Be Your Name pour bon nombre de spectateurs souvent déçus par le caractère réducteur du film, qui malgré sa poésie évidente prend cette fois trop à la légère le sujet et semble impossible dans sa contextualisation. Il y a alors cette impression que “le film gay” est devenu le nouvel atout divertissant du cinéma dans le monde occidental, et qu’il permet de propulser le film.

L’autre difficulté immanente de ce cinéma c’est son absence de diversité. Effectivement si auparavant le cinéma caricaturait l’homosexuel comme une “folle”, celui-ci en est encore à ses balbutiements et s’attache bien souvent à représenter une certaine catégorie de la population, c’est à dire bien souvent des hommes blancs, alors que l’homosexualité est une réalité universelle. Ainsi la femme homosexuelle est encore trop peu souvent le sujet de ces transcriptions. La Vie d’Adèle, Carol, Les Adieux à la Reine, Mulholland Drive… La sexualité féminine est encore tabou ou sous-représenté dans le cinéma actuel. Peu de films traitent ces sujets Des films font cependant exception comme le long-métrage indépendant Moonlight qui s’intéresse à l’homosexualité d’un jeune homme noir, ou encore le film Mademoiselle de Park Chan Wook.

Quelques films sur l’homosexualité sortent cependant du lot. Ils semblent aborder des réalités plus actuelles qui ont fait le deuil d’un passé encore proche et douloureux pour représenter une réalité plus actuelle et singulière, crédibilisant les situations et rendant une identification possible pour les homosexuels. Le film Love Simon, semblent ainsi répondre à ces nouvelles attentes plus concrètes s’attaquant plus frontalement au sujet. Si le film Love Simon semble pouvoir tomber dans le cliché et il n’est cependant pas négligeable de voir le coté épanouissant de ce long-métrage. En effet en se rapprochant des teen movies mainstream ce cinéma s’adresse à une audience plus large et peut s’attacher à des sujets plus concrets qui donnent des exemples plus positifs aux différentes générations. Ce type de film ouvre de nouvelles possibilités dans le sens où il donne un exemple et transmet le message suivant “les gays aussi ont le droit à du positif”.

Ce qui découle de cette situation c’est cette récente prise de conscience du grand public qui repose sur les représentations et notamment sur le cinéma. Celui-ci diffuse une image efficace, et similaire à des réalités mais qui cependant demeure très triste de par le caractère encore naissant de ces prises de conscience. La société et ses représentations et notamment les représentations cinématographiques ont donc encore du progrès à faire. Il reste à voir comment ce cinéma évoluera dans les prochaines années, et voir si celui-ci tend vers un progrès où la sexualité sera moins vécu comme une problématique sociale par la société, le cinéma pourra alors raconter une nouvelle réalité plus apaisée, et plus humainement viable, comme le ferait aujourd’hui le cinéma traitant de l’hétérosexualité. Tout reste alors à construire.

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