« Paul Sanchez est revenu ! » – Son nom est personne

Cinéaste rare et singulière, Patricia Mazuy revient avec un western psychologique osant l’absurde. Si l’originalité de l’ensemble et certains pas de coté intentionnels sont jubilatoires, son film déçoit par manque de constance dramatique.

Une grande silhouette pressée, c’est ce qui a attisé le doute.

Une attitude étrange et hostile, c’est ce qui a suscité le soupçon.

Une cicatrice sur le bras gauche, c’est ce qui a permis, selon un témoin, l’authentification.

Paul Sanchez, criminel en fuite, est revenu. Or, la cicatrice est au bras droit et personne ne prend au sérieux cette déclaration. Pour se débarrasser d’un journaliste local trop encombrant (Idir Chender), la gendarmerie de la ville de Arc-sur-Argens, près de Fréjus, le lance sur cette piste, qu’il explorera avec l’aide d’une jeune policière, un brin obsessionnelle, interprétée par Zita Hanrot.

Pour quelle raison serait-il de retour, cet homme qui, une nuit, a massacré l’ensemble de sa famille, même le chien ? Les premiers plans du quatrième film de Patricia Mazuy suggèrent que l’animal traqué est sur l’écran. En voiture ou à pied, poncho sur ses épaules, il erre dans les rues de sa supposée ancienne ville, transformée en far west abandonné. C’est là, le principal intérêt des intentions de Patricia Mazuy : montrer l’ennui et la folie latente par le prisme du western contemporain.

Transformer les zones industrielles et les rochers de la région du Var en plaines flamboyantes où chaque coup peut se rendre. Muer un poste de gendarmerie en  son équivalent américain, “l’Office Marshal”, où un shérif dépassé mais philosophe mène sa brigade, plus proche des Pieds nickelés que des Sept Mercenaires. Laurent Lafitte est Paul Sanchez, ce Paul Sanchez-là qui a besoin  de parler, d’expliquer le pourquoi du massacre. Poussière sur le visage, lèvres de silence, oeil effaré, arme en joue, il rôde et devrait nous inquiéter. Le problème c’est que Patricia Mazuy ne choisit jamais entre la comédie policière, le polar sombre, le drame psychologique ou le burlesque. Cet hypothétique mélange des genres pourrait créer un sentiment d’absurdité, mais souffre de la collision  de toutes ses ambitions. Si l’originalité du ton employé séduit au départ (confrontation entre le  réalisme du quotidien de la gendarmerie et la cocasserie des comportements), le film s’éteint progressivement. La réalisatrice s’acharne à brouiller les pistes, à rendre complexe une intrigue dont le spectateur comprend vite la résolution.

© SBS Distribution

 

Même si l’aspect hybride de l’oeuvre est forcément réjouissant dans un cinéma français souvent frileux quant à la confusion des genres, il est toujours quelque peu problématique dans un film de ne pas savoir si on va voir débarquer John Wayne accompagné d’une cavalerie fantastique, si l’on doit rire ou frissonner et si la réalisatrice s’est inspirée de la subtilité d’Alfred Hitchcock ou de la lourdeur d’Yves Boisset.

Ce qu’il y aurait eu de passionnant dans ce thriller décevant mais agréable, ce n’est pas de savoir qui est Paul Sanchez, mais pourquoi devient-on Paul Sanchez ? Le trouble que pourrait créer la question “Est-il en chacun de nous ?”  ne traverse le film que brièvement. Plutôt que d’être diabolique, la seconde partie noie l’ intrigue dans une opposition stérile entre la fliquette pas si bébête et le gentil fêlé. Affrontement renforcé par la musique schyzophrénique de John Cale, véritable bijou du film. Épousant la logique antinomique des deux personnages principaux, la partition, non sans évoquer celles de François de Roubaix ou d’Ennio Morricone, couvre de trompettes  les errances psychotiques et de tambours les espoirs de justice.

Bien que toute forme de comparaison nationale puisse nuire à une critique, Patricia Mazuy excelle là où les américains échouent aujourd’hui :  dépeindre l’abandon des zones rurales entraînant la folie des êtres. Patricia Mazuy échoue là où les américains excellent depuis longtemps : manier les faux-semblants et tromper avec perversité le spectateur.

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