« 3 Jours à Quiberon » - Un jour avec, un jour sans - Maze Magazine

« 3 Jours à Quiberon » – Un jour avec, un jour sans

Succès critique en Allemagne, 3 jours à Quiberon a été couronné outre-Rhin meilleur film de l’année aux Lolas (les Césars allemands). Le nouveau film d’Emily Atef a le mérite de dresser un portrait intime et puissant d’une femme aussi iconique que tragique : Romy Schneider.

Penser que 3 jours à Quiberon portera sur Romy Schneider était peut être une erreur. En fait, Emily Atef n’en avait pas grand-chose à faire, de raconter quelques heures de la vie d’une des plus grandes actrices européenne de l’Histoire. En avril 1981, celle qu’on assimilait encore trop souvent au personnage de Sissi, était portée sur la bouteille et accro aux médicaments. Envoyée en cure à Quiberon, en France, elle accepta pourtant la venue d’un journaliste et d’un photographe.

Un portrait de femme ?

Derrière le verni, c’est un portrait de femme en quête de liberté, un portrait ravagé d’une mère qui s’accroche désespérément à son fils qu’elle ne voit pas, qui aimerait arrêter de tourner des films mais fauchée, quasi-bipolaire, contrainte. Elle est capable de rire aux éclats et de se morfondre dans une noire mélancolie. Elle obsède les autres personnages, elle est au centre de l’attention. Son naturel désarment – notamment avec les gens, les gens qu’on rencontre dans les bars, les bistros… Elle ne semble pas mentir, mais c’est une actrice. Pire, c’est une star, mise à nue en permanence. Tout le monde a besoin de se l’approprier, de la lier à des souvenirs (le personnage ultra-populaire de Sissi, on l’appelle par son prénom naturellement). Comme un écho à une vie continuellement harcelée par les médias, on entend souvent le bruit de l’appareil photo de son ami, qui essaie de la capturer, de l’immortaliser. Le film se déroule lentement, jusqu’à une fin douce-amère (son fils David, 14 ans, meurt quelques semaines après l’épilogue).

Mélancolie des derniers instants

Le choix d’un noir et blanc froid vient renforcer les imperfections des visages, les ridules, les creux. Il participe à renforcer cette ambiance, cette année 1981, dans laquelle on s’immerge – par sa musicalité, par ses volutes de fumée. Il est aussi une forme de transposition de l’intériorité du personnage à son environnement, le mélange intérieur de celle qui est dépeinte, entre luminosité et noirceur, hésitant en permanence entre une vie et une autre, idéale, fantasmée, illusoire. C’est comme un mensonge de choisir le monochrome, c’est rappeler que toutes les nuances complexes de la réalité sont ici camouflées par une direction photographique, par des éclairages, des choix de cadrages. Plutôt qu’un mensonge, c’est une manipulation. C’est l’autre thème du film : tout le monde est manipulé, est guidé, orienté. Il faut respecter les règles du centre de thalassothérapie pour aller mieux. Le journaliste veut pousser à bout l’actrice – il est littéralement un « requin »…

Le spectateur aussi est, d’une certaine manière, manipulé par l’actrice principale du film. La ressemblance avec Romy Schneider est par moment troublante. Selon les scènes, les réactions, les gestes, on y croirait. Marie Bäumer n’a pas volé son Lola de la meilleure actrice. En fait, c’est tout le problème qu’a connu Romy Schneider de son vivant : qu’est ce qui est vrai, et qu’est ce qui ne l’est pas ? En choisissant un rôle, en l’interprétant, en étant acclamé pour celui-ci, est-ce qu’elle ne devient pas, justement, le personnage ? Ou du moins, est-ce qu’elle ne lui donne pas quelque chose d’elle – en plus d’un visage, d’une posture, d’une voix ? C’est le problème du réel, de la réalité, de sa nature, insoluble, qui se pose. Peut-être que dans cette nuit noire, dans ce fromage blanc, sur cette plage où la mer s’échoue au rythme lent et régulier, peut-être que là bas, Romy Schneider aura, en réalité, vraiment trouvé un moment de paix intérieure.

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