Où sont les femmes ? Le monde du cinéma passe à l’action

En France, 60% des effectifs sortant de la Fémis sont des femmes et 21% des films agréés par le Centre National du Cinéma (CNC) sont faits par des femmes. Après l’affaire Weinstein et le débat qui a suivi sur les violences sexuelles et le consentement, l’industrie du cinéma se penche sur une question qui n’a rien de nouveau : où sont les femmes ?

La technologie s’en mêle

Afin de voir des films qui sont faits par des femmes, encore faut-il savoir où les trouver. Et c’est cette idée qui est à la base de l’application Tanji. Lancée par Melinda Fox, l’objectif de cette application mobile est de promouvoir les films écrits, réalisés, produits, incarnés et centrés sur les femmes. Des blockbusters comme Wonder Woman à des films indépendants, vous pouvez découvrir des œuvres faites par des femmes, sur des femmes. La devise de l’équipe : #RepresentationMatters – la représentation compte.

Dans le même esprit, un site internet, The Director List : women at work, est une base de données en ligne avec des noms de femmes qui travaillent dans l’industrie du cinéma. Si vous êtes vous-même une femme dans le cinéma, vous pouvez vous inscrire et gagner en visibilité. Le site souhaite également développer un esprit de sororité et de solidarité dans le milieu du cinéma et propose de s’inscrire à une newsletter pour rester au courant des derniers évènements et campagnes de soutien. Mais comment faire pour ne plus avoir à chercher les femmes ainsi ?

S’inspirer du monde de la musique

En février dernier, une quarantaine de festivals de musique européens et américains se sont engagés à atteindre la parité d’ici à 2022. L’initiative venait de la fondation britannique PRS Foundation for Music, alors que qu’un mois plus tôt, un rapport publié par le think tank The Annenberg Inclusion Initiative soulignait que les inégalités de genre dans l’industrie musicale sont au plus fort depuis des années.

En France, le Printemps de Bourges respectera une parité parfaite pour sa 42èmeédition. Une première, qui inspirera sans doute d’autres festivals. Le Gilles Peterson’s Worlwide Festival de Sète et le Midem se sont déjà engagés à faire du 50/50.

Le secteur public et les quotas

Du côté du Ministère de la Culture, la ministre Françoise Nyssen s’était déclarée favorable à des quotas. En mars, sur l’antenne d’Europe 1, elle avait déclaré « Le CNC attribue des aides en fonction de critères et cela (les quotas, ndlr) peut tout à fait rentrer, aussi, dans une réflexion et dans des critères ».

Elle réagissait alors à une tribune publiée dans Le Monde par un collectif de professionnels du cinéma qui demandaient la création de quotas dans le financement du cinéma. Parmi les signataires, Juliette Binoche, Antoine de Caunes, Agnès Jaoui ou encore Abderrahmane Sissako.

Dans les autres pays

Aux Etats-Unis, le débat existe, la revue IndieWire publiait en mars dernier un article se demandant pourquoi les festivals de cinéma ne suivaient pas les festivals de musique, et selon le journaliste Dan Schoenbrun une solution pourrait être de commencer par les plus petits festivals et circuits locaux. Aucun des grands festivals du pays ne respecte la parité aujourd’hui, mais le festival new-yorkais Tribeca y travaille. En 2018 par exemple, 46% des films présentés sont faits par des femmes.

Du côté du Canada, le festival de film documentaire Hot Docs a décidé de respecter la parité homme/femme à partir de cette année, tandis que de nombreuses initiatives régionales et nationales sont prises pour promouvoir la place des femmes dans l’industrie cinématographique.

Un travail de fond

A Cannes, cette année, la parité est respectée dans le jury. Le président est une présidente, l’actrice australienne Cate Blanchett. Mais concernant les films en compétition… Il reste du travail à faire. Seulement trois réalisatrices en compétition sur les vingt réalisateurs de la sélection officielle 2018.

Les femmes ne sont pas sous-représentées dans les écoles de cinéma, mais à la sortie, la majorité des réalisateurs sont des hommes. Il faut donc continuer à se demander pourquoi, et chercher des solutions dans tous les domaines. Est-ce plus difficile de trouver des financements pour les cinéastes femmes ? Quelles sont les raisons d’abandon de carrière ?

L’idée que la représentation est essentielle et qu’il faut commencer à éduquer et ouvrir les possibilités dès le plus jeune âge fait son chemin. Mais en attendant, le fossé entre hommes et femmes que ce soit dans leur nombre, leur visibilité ou leur salaire existe toujours. Les quotas dans les festivals de cinéma, que ce soit dans des petites compétitions ou des grandes messes du septième art, paraît donc être une solution temporaire tout à fait envisageable.

Mais des contre-arguments existent. Bien sûr les arguments qui valent pour tous les quotas sont repris par ceux qui s’opposent à cette idée : les quotas peuvent être injuste, et c’est le talent qui devrait compter avant tout. La présence des femmes choisies pour respecter des quotas, ou pour respecter la parité, serait moins légitime. Des quotas imposés par le gouvernement peuvent être vus comme anti-libéraux et coercitifs. Il y a également ceux qui affirment que les choses changent petit à petit. Mais il semble que la multiplication des affaires et la remise en question des relations des entre les hommes et les femmes, ait provoqué une chose : l’envie de donner plus de rythme à ce changement. Finalement, c’est peut-être ce que sont les quotas et sélections respectant la parité – un coup d’accélérateur.

 

Astrig Agopian

Secrétaire générale de la rédaction du magazine Maze. Provinciale provençale étudiante à Sciences Po Paris. Expatriée à la Missouri School of Journalism pour un an. astrig@maze.fr

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés