« La mauvaise réputation » — Le choc des cultures

Dans son dernier film, Iram Haq nous plonge dans un drame bouleversant qui mêle famille, tradition et identité.

Sorti en France le 6 juin dernier, La mauvaise réputation (Hva vil volk si)  est une œuvre semi-autobiographique où Iram Haq raconte l’histoire de Nisha (Maria Mozhdah), jeune Norvégienne de parents immigrés du Pakistan. Élevée dans la culture occidentale, l’héroïne s’habille à la dernière mode, communique avec ses amis sur son smartphone, et le soir elle fait le mur pour les rejoindre en soirée. Jusque-là, la vie de Nisha semble être celle d’une adolescente plutôt ordinaire. On apprend en passant que sa famille est clivée dans les traditions et les mœurs de leur culture d’origine : tout prend un tournant lorsqu’un soir, surprise dans sa chambre avec un garçon, la jeune fille va être envoyée de force par son père (Adil Hussein) au Pakistan, chez une tante qui va essayer de la façonner aux coutumes du pays.

La rancœur d’Iram Haq au cinéma…

Comme Nisha, Iram Haq est née et a grandi en Norvège dans une famille pakistanaise conservatrice. Comme son héroïne, aussi, elle est enlevée par sa famille et envoyée, contre son gré, au Pakistan. C’est un sentiment de colère qui guide la trame du film : les personnages outre Nisha sont dépeints violents et cruels – Iram Haq ne chercherait-elle pas à prendre sa revanche contre ces gens qui l’ont enlevé du pays qui l’a vu naître ?

La rancœur de Iram Haq se traduit aussi dans la réalisation : la plupart des scènes se déroulent dans l’obscurité, avec des tons majoritairement bleus. On ressent aussi une violence latente tout au long du film, qui ressort lorsque Mirza, le père de Nisha, trouve Daniel dans la chambre de sa fille, ou encore quand l’héroïne et son cousin se font agresser dans un coin de rue par la police. Ces scènes insoutenables sont tout de même équilibrées par des scènes plus bienveillantes, lorsque Iram Haq amène Nisha et le spectateur à découvrir le Pakistan : les cerfs-volants dans le ciel, le marché coloré et ses commerçants, les paysages ensoleillés, les couchers de soleil sur les toits…

Nisha et son père, Mirza – © TIFF

Le film est troublant, mais beau et touchant à voir, illustrant les nuances de la culture qui a mené Nisha à se faire enlever par sa famille. Une culture riche et belle, mais dont les traditions et les clivages sont tellement ancrés dans le pays et dans la communauté que la femme en est la première victime, même lorsqu’elle habite à l’étranger.

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