« Jurassic World : Fallen Kingdom » – Bayona, bâillonné

A la sortie du premier Jurassik World en 2015, nous nous étions promis qu’on ne nous y reprendrait plus. Plus jamais nous nous ferons subir plus de deux heures de vide, avec des dinosaures qui gesticulent. Pourtant, nous attendions fiévreusement cette suite. La raison tenait au seul nom inscrit au générique : Juan Antonio Bayona.

 

Pour ceux qui ont vu les trois premiers films de l’espagnol Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat, The Impossible, Quelques minutes après minuit), il était évident que ce jeune cinéaste de 43 ans était le digne héritier de Steven Spielberg. D’ailleurs, de son propre aveu, s’il a accepté de réaliser ce second volet, c’est uniquement pour pouvoir travailler avec son maître à la production.

Mais malgré tout l’espoir que l’on plaçait en lui, nous savions qu’il ne faisait pas le poids face aux exigences du studio. et à la présence néfaste de Collin Trevorrow au scénario, réalisateur du premier.

Copyright Universal Pictures International France

 

Bayona contre Goliath

Tous les défauts du scénario de Jurassik World premier du nom, se retrouvent ici. Le couple de personnages peine à être consistant et on en créée d’autres qui servent uniquement à faire avancer l’action suivant le besoin. Sans oublier les citations au premier Jurassik Park qui sont redondantes et creuses, à l’instar du T-rex en Deus Ex Machina omniprésent.

L’incapacité à construire correctement une dramaturgie vient même amoindrir l’impact de l’argument central du film : la destruction de l’île par une éruption volcanique. Elle est tellement scindée en petits sketchs, qu’elle en perd toute tension.

Malgré de jolis tableaux, la mise en scène de J.A. Bayona ne suffira pas à rehausser l’histoire. Pire, on s’étonne à être déçu par son savoir-faire, notamment lors d’un plan séquence sous-marin qui rate sa cible. Là où on nous avait promis de la tension, les scènes d’attaque des dinosaures, bien qu’étant joliment cadrées, peinent à être efficaces.

Néanmoins, ici et là, la mise en scène s’envole. On pense notamment à une utilisation habile de la lumière en arrière plan, qui guide le regard du spectateur pour introduire le personnage de la petite fille.  On pense aussi aux nombreux mouvements de caméras chorégraphiés qui permettent habilement de localiser géographiquement chaque personnage. Mais on pense surtout à un tableau ecclésiastique d’un dinosaure, seul, entrain de mourir au bout d’un ponton.

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L’orphelinat jurassique

Alors que nous étions prêt à nous contenter d’un joli livre d’images, le dernier acte du film est apparu. Pour la première fois dans un blockbuster depuis bien longtemps, le film s’autorise à s’éloigner radicalement de sa zone de confort pour nous donner du jamais-vu.

Sans crier gare, Jurassik World se transforme en un véritable film de manoir hanté, dans la pure tradition, avec des dinosaures.

C’est dans ce dernier acte que le film délivre son cœur, et que Juan Antonio Bayona prouve tout son intérêt.

Il se sert alors de son expérience dans l’épouvante gothique, à tendance hispanique, avec L’Orphelinat et la série Penny Dreadful, dont il a établi la charte graphique en réalisant les premiers épisodes.

Le parquet qui grince, la pluie, la chambre d’enfant plongé dans la pénombre, le monstre qui hante les lieux…tout est réadapté à la sauce préhistorique.

Soudain, la durée des plans s’allonge et des scènes entières deviennent silencieuses. Le passage dans une chambre d’enfant est visuellement un sans faute, tant par les jeux de lumière avec la silhouette du monstre, que par la construction des cadres. Enfin nous voilà apeurés.

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Le cinéma de J.A. Bayona n’en ressort pas forcément gagnant, mais le cinéma de divertissement, oui. Espérons que ce film représente pour le réalisateur espagnol un passe d’accès pour ses futurs projets hollywoodiens.

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