Cannes 2018 – « The House that Jack Built », l’occasion fait le larron

Sept ans après son bannissement du Festival de Cannes pour avoir déclaré qu’il était nazi et comprenait Hitler en conférence de presse, Lars Von Trier revient en Hors Compétition avec son nouveau film. À la fois provocateur et génial, ultra-violent et prétentieux, The House that Jack Built a fait sortir des spectateurs de la salle et déçoit à plus d’un titre.

Lars Von Trier aux commandes d’un film de serial killer, c’était l’assurance d’une séance démente, de longs cauchemars pour les nuits suivantes. C’était la promesse d’un  scandale cannois et d’un violent moment de cinéma. Mais le cinéaste commence à raconter l’histoire de Jack (Matt Dillon) en nous disant, dans un dialogue de voix offs, que le film sera chapitré en « incidents », chaque incident étant grossièrement l’histoire d’un de ses meutres. Dès l’annonce du chapitrage, structure pourtant puissante dans ses films Nymphomaniac, Antichrist ou Mélancholia, on sait déjà qu’on va subir une variation de meurtres sordides commis par le même homme et que Lars Von Trier va tout faire pour nous choquer.

On aurait pu lui pardonner cette forme scénaristique un peu ennuyeuse si il avait tout misé sur la puissance visuelle de ses scènes ou de ses personnages comme il le fait d’habitude, mais il n’en est rien. Cette caméra épaule très nerveuse et ses jumps-cuts ne nous étonnent plus même si on les adore, et le personnage de Jack est aussi plat que les meurtres faux. Lars Von Trier essaie de nous tenir en haleine par une montée en violence de ses scènes, allant jusqu’à montrer frontalement des meurtres d’enfants au fusil. Mais ça ne fonctionne pas, et son film finit d’achever notre moral au moment où, dans un discours-collage faisant l’apologie du chaos et du pourrissement, le cinéaste se prend pour Jack et auto-cite ses films, les intégrant au milieu d’images d’archives d’Hitler et de Staline. Heureusement, Lars Von Trier sauve la séance avec un final grandiose, rouge et brûlant où on accompagne littéralement Jack en enfer et où le cinéaste semble s’amener lui-même.

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