Cannes 2017 – The Square : l’insoutenable vacuité de l’art

Malgré son humour caustique et efficace, cette satire suédoise grinçante signée Ruben Östlund finit rapidement par se mordre la queue et noie le spectateur sous un torrent de sketchs sans fin.

Étrange objet que ce Square, proposé en pâture aux critiques cannois par le Suédois Ruben Östlund pour sa première en compétition officielle après le passage remarqué (et primé) de Snow Therapy à “Un certain regard” en 2014. Ruben Östlund impose ainsi son style dès les premiers plans du films, en ne s’embarrassant pas d’une fastidieuse exposition pour arriver directement dans le vif du sujet : une satire (tournant rapidement au jeu de massacre) de l’art contemporain et de la société occidentale à travers le prisme de Christian (Claes Bang, très bon), conservateur de musée d’art contemporain, père incompétent et avant tout être humain franchement médiocre. Ainsi, bien qu’un fil rouge parcoure le film (ce fameux carré, qui va entraîner la chute progressive du protagoniste), The Square fait plutôt figure d’un enchaînement de sketchs caustiques aboutissant invariablement à un mal-être à couper au couteau pour le spectateur.

Un jeu de massacre stérile ?

Et à ce jeu là, Ruben Östlund excelle : les situations sont souvent drôles et regorgent d’idées de mise en scène. Là où le bat blesse, c’est qu’une suite de sketches, aussi réussis soient-ils, ne suffit pas à faire véritablement un film. Ainsi, arrivé au deux-tiers des 2h20 du film, rapidement, la question se pose : à quoi bon ? Malgré la maestria évidente du réalisateur, force est de constater que fondamentalement, sa démarche peut sembler vaine. Critiquer l’art contemporain et la société contemporaine ne relève pas franchement d’un geste profondément novateur et surprenant, et malgré sa précision, Ruebn Östlund tire un peu sur l’ambulance, là où un certain Toni Erdmann excellait dans le même registre grinçant tout en étant émotionnellement bouleversant et politiquement beaucoup plus fort.

La dernière demi-heure fait ainsi très mal au film, en cultivant somme toute l’attente d’une véritable conclusion après une scène de happening sauvage aussi déplaisante que brillante pour au final n’aboutir sur rien au presque. Au bout du compte, The Square fait davantage penser à une gigantesque machine à fabriquer du vide qu’à une bonne œuvre d’art contemporain. Et même si cette démarche s’avérerait être assumée comme mise en abîme du sujet du film (ce qui est fort possible, au vu du cynisme d’Östlund), il reste bien difficile d’y voir une véritable proposition de cinéma.

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