« Synonymes » – Ne jamais s’arrêter

Après deux premiers long-métrages, Le Policier (2011) et L’Institutrice (2014), le réalisateur israélien Nadav Lapid sortait le 27 mars dernier le grandiloquent Synonymes.

Véritable bombe à retardement, Synonymes, semble tout à la fois prévisible et soudain marquant la nécessité évidente d’un cinéma urgent, en mouvement, à contresens, prenant le spectateur de cours. Un film à prix de toute évidence, comme en témoigne l’Ours d’Or qui lui a été décerné lors de la Berlinale en février dernier.

Tout droit débarqué d’Israel, Yoav (Tom Mercier) se retrouve dépourvu de moyens dans un appartement vide, il est rapidement aidé par Caroline (Louise Chevillote) et Emile (Quentin Dolmaire) bourgeois réservés qui deviendront ses amis. L’image même de la France dans le regard de ce jeune homme, il découvre Paris sa culture ambivalente, et les différents aspects que suppose son identité ici en France, il déclame son histoire, ces histoires qui font ce qu’il est.

La force de Synonymes c’est ce jeu transcendant qui nous ballotte entre une détestation et une adoration la plus totale. Le film de Nadav Lapid est autobiographique, critiquant tout sans jamais être à charge, sans jamais vraiment heurter, le film dit tout haut les sentiments et exprime en couleurs des émotions indescriptibles, un ton qui se divulgue dans la bouche de ce personnage, et quel personnage, qui hurle, qui parle fort, et articule sans cesse.

Synonymes est percutant dans toutes ces questions qu’il soulève ici et là, Nadav Lapid n’y apporte aucune réponse concrète, laissant simplement les émotions et impressions en suspend, ce film se veut contemplatif et pourtant très révolutionnaire dans son approche totale de la réalité. Synonymes incarne une crise identitaire effrénée, comme en témoigne ce refus de Yoav de parler un seul mot d’hébreu, excepté dans une scène où celui-ci est poussé dans ses retranchements.

Le film mérite d’être revu, pour être compris une nouvelle fois, rien que pour des scènes déjà cultes comme celle qui remet à l’honneur les années 90 avec le morceau Pump Up The Jam des Technotronic, où le personnage principal se retrouve propulsé dan un univers décalé et très jet set, loin des paysages où il évoluait auparavant, ou cette succession incandescente de synonymes :

« Je suis arrivé en France pour fuir Israel, fuir cet état méchant, abominable, odieux, lamentable répugnant, détestable, abruti, étriqué, bas d’esprit, bas des coeurs »

Synonymes est presque documentaire, au plus près du personnage, au plus près de son intériorité et de son entièreté. Nadav Lapid fait le pari osé d’une caméra toujours en mouvement suivant ce mouvement continu conférant une dynamique unique à ce long-métrage, inclus dans un montage soigné où tout semble à sa juste place.

Nadav Lapid propose une narration riche et envolée qui ne se pose aucune limite toujours dans l’audace. Et si le film semble parfois afficher une certaine forme de suffisance, (reproche évident et qui mérite des éclaircissement c’est ce choix détonnant de représentation sociale, riche, vivant dans le luxe le plus total, comme un catalogue irréel), le film n’en est pas moins exaltant quant aux crises que traversent les sociétés aussi nombreuses soient elles représentées : Israel, France, France, Israel, ailleurs.


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