« L’Île aux chiens » – L’épopée grandiose

Wes Anderson revient avec son dernier long-métrage, L’Île aux chiens (Isle of dogs). Une production haute en couleur pleinement representative du style Anderson, constituant un témoignage touchant sur l’enfance, l’aventure, et  la culture japonaise.

Difficile de passer à coté du phénomène Wes Anderson, objet d’étude passionnant du cinéma indépendant contemporain. Quatre ans après le culte The Grand Budapest Hotel, le réalisateur reconsidère les limites de son style dans L’Île aux chiens, usant de symétries parfaites, de couleurs édifiantes, de plans multiples appuyant sa narration, d’aventures intimistes, et de musiques feutrées.

Suite à une épidémie de grippe canine, les chiens de Megasaki sont envoyés à l’écart de la ville, sur l’île poubelle qui devient alors : l’île aux chiens. S’en suit l’épopée aventureuse du jeune Atari, parti à la recherche de son chien, Spots, il est rapidement rejoint par une troupe de cinq chiens, menée par Chief. Un scénario qui se dessine sur fond de manigances politiques et conflits historiques dans un Japon fantasmé.

Plus de deux semaines après sa sortie en France, le film continue d’attirer l’attention. L’Île aux chiens est un bijou d’animation, dès les premières images le film saisit le spectateur pour l’immiscer dans ce style si caractéristique esthétiquement. Le film transcende par une succession de tableaux plus jouissifs les uns que les autres, exaltant la couleur, les formes, l’effervescence de ce cinéma en mouvement.

Loin de tomber dans le cliché les décors et thématiques abordés sont soigneusement mis en valeur. La récurrence des couleurs rouges, jaunes, ocres, les valeurs de gris offre un ensemble uniforme qui ne peut qu’impressionner par sa maîtrise minutieuse. Wes Anderson parvient habilement au résultat escompté : un vibrant hommage au cinéma d’animation et à la méticulosité japonaise.

 

Neuf ans après Fantastic Mr. Fox, le réalisateur s’essaye une nouvelle fois au cinéma d’animation, en employant le stop motion. Une technique chronophage, soigneusement maîtrisée par une équipe de plusieurs centaines d’individus. Ici la prouesse technique est surpassée, résultat d’un travail technique titanesque appliqué en amont, sur plusieurs années de tournage. Le soin est apporté à tout une esthétique globale, aussi bien au son qu’à l’image.

Les voix sont également un élément moteur de la dynamique du film, ainsi les voix ont été tournées au préalable pour adapter l’animation au jeu des acteurs et pas l’inverse, pour la version originale. On retrouve ainsi Bryan Cranston, Edward Norton, Jeff Goldblum, Bill Murray, Tilda Swinton ou encore la jeune réalisatrice Greta Gerwig derrière ces marionnettes articulées. Des voix marquées, habitées, qui retranscrivent une réelle émotion dans ce long-métrage.

© Twentieth Century Fox

 

Ici le réalisateur reprend les thématiques qui ont fait son succès : les différents familiaux comme dans La Famille Tenenbaum ou A Bord du Darjeeling Limited ; le passage de l’enfance à l’adolescence comme dans Moonrise Kingdom ; l’aventure comme dans La Vie Aquatique ; les animaux comme dans Fantastic Mr Fox. Mais pour la première fois, il nous emmène au contact du Japon, loin de cette esthétique très occidentale à laquelle il avait habitué le spectateur jusqu’ici. Les personnages très “andersoniens”, poursuivent ainsi une quête identitaire ambivalente, à la fois violente et raisonnée.

Après plusieurs mois d’attente, ce film est une source se satisfaction pour le spectateur. Un film à ne manquer sous aucun prétexte au cinéma. Il reste alors à évoquer la musique qui rythme incessamment  cette production. Pour la musique, le réalisateur américain s’est adressé une fois de plus au compositeur français Alexandre Desplat (récemment oscarisé pour The Shape Of Water). La bande originale du film comprend ainsi 22 morceaux percutants, donnant un avant gout ou un souvenir ardent de cette aventure plastique qu’est L’Île aux chiens.

 

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