En avant la musique ! Portrait de quatre jeunes aspirants compositeurs au Festival de musique de film d’Aubagne

Ennio Morricone, Nino Rota ou Hans Zimmer, et plus récemment Alexandre Desplat…  Alors qu’ils demeurent en général dans l’ombre des films et de leurs réalisateurs, voilà quelques compositeurs qui, à coup de récompenses et de B.O devenues mythiques, ont réussi à s’imposer dans le paysage cinématographique et à être un peu plus connus du grand public. Un Festival créé à Aubagne il y a 19 ans se charge de célébrer la musique de film et de dénicher, peut-être, les grandes stars de demain…

En tout, ils sont neuf, Français ou étrangers, sélectionnés pour intégrer la masterclass 2018 du Festival de musique de film d’Aubagne. Sept garçons, deux filles (un ratio qui reflète parfaitement le déséquilibre général de la profession en matière de genre…) qui, pendant plus d’une semaine, vont bénéficier de la présence de Stephen Warbeck, compositeur britannique oscarisé pour la bande originale de Shakespeare in Love.

Mais pourquoi un musicien choisit-il de se spécialiser dans la musique de film ?  Comment devient-on compositeur de film ? En quoi ce festival constitue-t-il une opportunité hors du commun ?

Réponses flash ci-dessous avec Diana (29 ans),  Stéphanie (29 ans), Henrik (31 ans) et Guillaume (21 ans).

Certain·e·s sont autodidactes, d’autres viennent du rap, de l’électro voire du métal symphonique, mais pour nos quatre interviewé·e·s, le parcours est plus classique…

Henrik : Moi je viens du classique, mais j’ai arrêté à quinze ans pour me mettre au jazz et ça fait désormais dix ans que je fais ça.

Diana : Je suis pianiste classique et je me suis progressivement mise à la composition contemporaine.

Stéphanie : Je viens aussi du classique, en violon, et je fais actuellement un master en composition au Québec.

Guillaume : Moi aussi je viens du classique et je suis toujours au Conservatoire (en trompette) où je prends également des cours d’analyse et d’écriture.

Ils et elles ne sont pas forcément cinéphiles. Alors, pourquoi la musique de film ?

Henrik : Pour moi c’est une question de public. On atteint plus de monde avec la musique de film, or tout compositeur veut se faire entendre. Le fait de faire se rencontrer des arts différents aussi (la musique, l’image), ça permet de sublimer chaque art convoqué et, pour moi, le cinéma sans musique n’existerait pas (et vice versa).

Diana : Pour raconter une histoire, soit en musique, soit en images. Pour moi, l’image est une source immense d’inspiration. L’image, les couleurs, l’ambiance, la lumière etc. Ce sont des éléments supplémentaires qui donnent vie à mon imagination de compositrice.

Stéphanie : Personnellement, et même si c’est aussi intéressant de travailler en dehors du rapport à l’image, j’ai toujours su que je voulais composer pour des films et ce dès que j’ai vu des films à l’adolescence.

Guillaume : Pour le challenge, parce que c’est dur d’écrire de la musique de film et que c’est plus dur d’écrire pour l’image que pour autre chose…

Les places étant chères et l’insertion sur le marché du travail compliquée, envisagez-vous de composer pour autre chose que des films ?

Henrik : Bien sûr ! Pour le théâtre, la danse etc. Je pense qu’on est tous ouverts à écrire pour différentes formes que ce soient des groupes, des chanteurs, du cinéma documentaire voire de la publicité. Ce n’est pas spécifiquement du cinéma mais c’est toujours enrichissant.

Diana : Pour moi l’important et ce qui m’intéresse avant tout c’est l’histoire qu’on va se raconter et elle n’a pas forcément besoin d’être sous forme d’images… Au-delà de l’histoire narrative d’un film, c’est l’histoire qu’on parvient à se raconter qui constitue pour moi le trajet le plus intéressant.

Stéphanie : Je viens de terminer une opérette alors oui. Je pense qu’en classique on développe tous différentes écritures, que ce soient des opérettes ou des contes symphoniques par exemple.

Guillaume : Je pense aussi qu’on peut tout à fait avoir envie de composer autre chose que pour des films ou des pièces « à programme ». On peut avoir envie de ne pas être dans la narration et composer de « simples » pièces pour piano ou jazz, voire de la musique pop.

© Festival International du film d’Aubagne

Qu’est-ce que vous apporte ce Festival et cette masterclass ?

Tous ensembles : Le travail en groupe !

Henrik : On est tous des solitaires au départ parce que c’est ce qu’implique être compositeur donc c’est évidemment hyper intéressant d’être tous ensembles H24…et de constater que tout se passe super bien !

Diana : Le travail de groupe, le partage des rôles dans l’écriture de la partition, le respect du travail des autres.

Stéphanie : C’est aussi une configuration qui permet le partage des connaissances. On a pas tous une formation classique, certains sont autodidactes donc c’est forcément intéressant de partager ces expériecnes.

Guillaume : Ça nous permet de voir que chacun à quelque chose à apporter, de travailler avec des choses auxquelles on n’aurait pas du tout pensé car on a tous des sensibilités très différentes. On constate aussi que, dès lors qu’on reste ouverts, on parvient tous à s’accorder et à composer ensemble.

Alors que vous débutez à peine votre carrière, quel serait le projet ou la collaboration rêvée ?

Henrik : l’envie ultime c’est de trouver quelqu’un avec qui mon style pourrait parfaitement coïncider, où ma musique ne se contenterait pas d’être au service de l’image mais où elle ne prendrait pas toute la place non plus. Parvenir à une symbiose. Ou composer pour Chaplin (rires).

Guillaume : Ce que j’aimerais vraiment ce serait créer la musique du film d’un ami et que la relation du film à la musique soit le reflet de notre relation. Ou alors composer pour Alfred Hitchcock (rires).

Stéphanie : Moi aussi je souhaiterais trouver le ou les réalisateur-ices avec qui constituer un couple de travail à l’image des couples réalisateurs/compositeurs mythiques. Du coup, je cherche…

Force est de constater qu’il y a (très) peu de filles dans ce milieu. D’ailleurs, l’année dernière la masterclass n’en comptait aucune. Alors, est-ce plus dur d’être une compositrice ?

Diana : Oui… mais il ne faut pas trop alimenter la phobie autour de cela. Si on voit du sexisme partout (et il est surement là), on le créé aussi. Il ne faut pas que, nous-mêmes en tant que femmes, nous pensions trop à cette différence entre les sexes. Ce qui importe avant tout, c’est d’être un artiste à 100% et c’est une confiance et une authenticité qu’on doit avoir en nous.

Des compositrices plus âgées m’ont raconté que pour être prises en considération il fallait qu’elles fournissent trois fois plus de travail, que leur portfolio prouve qu’elles sont capables de composer pour plusieurs genres de films… Mais pour moi, c’est presque une bonne chose puisque cela me force à me perfectionner et, finalement, m’enrichit.

Stéphanie : Oui c’est plus difficile ! Il faut briser les préjugés et notre présence ici, dans ce Festival et cette masterclass, sert aussi à ça. Par exemple, il peut arriver qu’on nous dise qu’on fait de la musique « émotionnelle » alors qu’on peut très bien composer pour des scènes d’action ou de poursuite. Ça provient surement d’un manque de culture et d’information… Mais au Québec, la situation est en train de changer car il y a des mouvements de femmes dans l’industrie du cinéma qui se mobilisent et qui revendiquent le fait d’être capables de faire la même chose que les hommes. Ça va bouger !

Infos:  http://www.aubagne-filmfest.fr/fr et https://www.instagram.com/festivalinternationalaubagne/

Chloë Braz-Vieira

Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.