Un homme idéal : en français dans le texte

Le cinéma français a pris l’habitude de nous servir soit des comédies aux acteurs interchangeables, soit des films dits “de société”. Parallèlement à cela il a tendance à snober allègrement le cinéma de genre quasi inexistant au pays de la Nouvelle vague. Après les échecs publics des pourtant réussis La Belle et La Bête et Mea Culpa l’année dernière, nos espoirs commençaient à sérieusement se dissiper. C’est donc une surprise de voir un thriller “made in France” exigeant, mais aussi salué par le public.

Le cinéma de genre en France, lorsqu’il existe, est généralement si excessif qu’il en devient élitiste et autiste. Avec Un homme idéal rien de tout cela. La mise en scène de Yann Gozlan prend le temps d’immerger le spectateur dans l’histoire, et de faire en sorte qu’il s’identifie au personnage principal. C’est bien là que réside le principal danger du film, faire en sorte que le spectateur reste toujours du côté de Mathieu (un Pierre Niney toujours juste) qui signe de son nom un journal d’un combattant de la guerre d’Algérie, ce qui va l’entraîner dans une spirale infernale. Ainsi le spectateur ne doit en aucun cas prendre du recul sur le personnage et le juger. Lorsque le héros se crée lui-même un personnage avec son histoire et endosse le rôle, devenant acteur, nous ne pouvons que difficilement le contester car nous nous demandons nous-même comment aurions-nous réagi. Cette suspension d’incrédulité tient durant tout le film alors même que le scénariste Guillaume Lemans prend un malin plaisir à la mettre à mal, la fragiliser notamment en jouant avec le spectateur lors de scènes oniriques. Cet exploit est soutenu par la caméra et le montage très immersifs qui arrivent à nous raconter uniquement par l’image les enjeux et les tourments des personnages. D’ailleurs, la scène où Mathieu succombe à la tentation du livre, la rencontre amoureuse, ou l’ascension du personnage sont des exemples parmi tant d’autres du savoir faire de conteur cinématographique du réalisateur. A ce titre il est rassurant de voir un film français avec un tel souci de mise en scène évocatrice, qui se passe de tout dialogue explicatif.

UN HOMME IDEAL, un film de Yann Gozlan avec Pierre Niney et Ana Girardot
Mars Distribution

Mise à part son rythme au cordeau, Un Homme idéal n’hésite pas à filmer des irruptions de violence frontalement et sans la moindre distanciation. Le film embrasse les codes du thriller avec respect, sans jamais se croire plus malin que le genre, mais avec la capacité de prendre du recul pour les adapter. Le film s’offre également le luxe de verser à la lisière du fantastique-horrifique lors de scènes de rêve déconcertantes, soutenues par un sens aigu du cadre. Le secret du retour du cinéma de genre est peut-être ici: vendre un film avec une campagne promotionnelle consensuelle (l’inévitable affiche fade) pour ne pas rebuter le public, et une fois qu’il est assis, lui livrer l’air de rien un thriller sans concession.

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