« Les garçons sauvages » – Une fille au masculin, un garçon au féminin

Le réalisateur du film Bertrand Mandico était présent au cinéma rouennais l’Omnia début mars.

Ce dernier s’est prêté au jeu des questions-réponses pendant près d’une demie-heure à l’issue de la projection auprès de spectateurs et de spectatrices parfois conquis·es, parfois confus·es, mais souvent troublé·e·s.

Primé dans de nombreux festivals, Les garçons sauvages raconte l’épopée de cinq adolescents de bonne famille qui, après avoir commis un crime abominable, sont envoyés sur le voilier du terrible Capitaine. Figure forte et dominatrice, il promet à leurs parents de les transformer et d’en faire des “êtres dociles”. Le voyage en mer des jeunes hommes, qui n’a rien d’une paisible croisière, les mènera sur une île à la faune et la flore luxuriante, terrain de leur métamorphose.

“J’ai besoin de tourner pour exister”

Jusqu’ici spécialisé dans la réalisation de court-métrages, Bertrand Mandico signe son premier long métrage. Décrit comme un “voyage fantasmagorique et sensuel” par Hervé Aguillard, directeur de l’Omnia, le film est imprégné de nombreuses influences littéraires et cinématographiques. Il n’est pas impossible de penser à Jules Verne, Cronenberg, Cocteau et Buñuel… Et bien sûr William S. Burroughs à qui le film emprunte le titre d’un roman.

Si le premier long-métrage de Bertrand Mandico à de quoi surprendre, c’est parce que le réalisateur semble avoir laissé libre cours à son imagination de manière parfois déconcertante. Le film est ponctué – si ce n’est martelé – de références et d’allégories sexuelles très visuelles qui peuvent être troublantes, voire dérangeantes. Bertrand Mandico donne à voir un érotisme souvent malsain ainsi qu’une forme de perversité à laquelle les spectateurs et spectatrices sont peu confronté·e·s. Le film sort des sentiers battus et s’émancipe des codes filmiques que nous avons l’habitude de voir au cinéma. Certaines séquences ont vocation à marquer, à interpeller et peut-être à déranger. Entre trouble et confusion, répulsion et surprise, Les garçons sauvages fascinera celles et ceux qui accepteront de se laisser embarquer dans cette expérience sensorielle unique (et un peu délirante).

Une esthétique particulière

Formé à l’école de l’image des Gobelins, Bertrand Mandico a rapidement développé un univers surréaliste très marqué. Cette inventivité débordante se traduit à l’écran par les choix esthétiques du réalisateur : si Les garçons sauvages apparaît majoritairement en noir et blanc, le film est entrecoupé de séquences colorées qui témoignent d’une réflexion esthétique indéniable. Celui pour qui “le tournage devient une sorte de performance” comme il a aimé le confier lundi soir, a opté pour l’utilisation de “vieux procédés remis au goût du jour” à l’image de la rétro-projection ou des effets de filtre et de fumée.

L’alternance entre les séquences en noir et blanc et la pellicule couleur permet de rendre cette dernière plus puissante. L’utilisation modérée de la couleur contraste avec la tropicalité de l’île sur laquelle les personnages font escale : “Je ne voulais pas que le vert [de la jungle] vienne polluer l’image”. Ces moments colorés et plus poétiques ponctuent le film tout en tranchant avec l’aspect parfois primitif et anachronique des séquences en noir et blanc. “Je vois le film comme un arbre noir porteur de fruits colorés”, les fruits représentent d’ailleurs un élément narratif primordial du film…

© UFO Distribution

 

“Les actrices deviennent de beaux garçons”

Attention spoiler : les cinq protagonistes sont en réalité incarnés par de jeunes actrices. Pauline Lorrilard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek et Mathilde Warnier ont été minutieusement choisies par le réalisateur et son équipe pour interpréter cette (joyeuse) bande. Ce jeu avec les genres a surpris et trompé plus d’un spectateur dans la salle, et c’était justement l’effet recherché par Bertrand Mandico : “Ce qui m’intéresse c’est le trouble que ça peut susciter chez le spectateur. Des actrices qui jouent des garçons, on le comprend, on le voit, on l’oublie ou on s’en doute”. Ce choix qu’il décrit comme faisant partie de “l’ADN du projet et du concept” participe à rendre l’atmosphère du film encore plus insaisissable. À l’écran, les poitrines des actrices sont dissimulées, leurs coupes de cheveux sont masculines et leurs voix judicieusement modifiées pour atteindre des tonalités plus graves. Ces détails vont de pair avec le jeu des jeunes femmes qui surprend par sa crédibilité tout en instaurant le doute dès le début du film.

Le réalisateur toulousain signe un premier long-métrage controversé, qui s’il ne fait pas l’unanimité, a le mérite de proposer un objet cinématographique hors du commun et qui s’éloigne du cinéma auquel nous sommes habitués.

 

Les garçons sauvages, de Bertrand Mandico, sortie le 28 février 2018, 1h50

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