Grave – Un film qui fait pas genre

Vous avez sûrement entendu parler de ce film qui a suscité de vives réactions lors de ses premières projections dans différents festivals : on s’y est risqué et ça en vaut la peine. Entre cannibalisme, puberté et sexe, Julia Ducournau propose avec Grave un film qui semble échapper à toute comparaison ou catégorisation (et ça fait du bien !).

Commençons par la fin, lors de la discussion organisée avec la réalisatrice à la fin de la séance, les questions partent dans tous les sens (difficile d’avoir les idées bien claires après ce genre de film). Interrogée au sujet de sa position au sein de la Fémis (dont elle a été diplômée en scénario quelques années auparavant) par un spectateur quelque peu surpris par l’excentricité du film, Julia Ducournau explique que c’est précisément la particularité de son univers qui lui a permis d’y entrer et nous donne dans le même temps une piste face à l’indiscernabilité du genre de son dernier film puisqu’elle se qualifie elle-même comme une adepte du body-horror. Ce sous-genre du film d’horreur, dont on retrouve les caractéristiques dans des films comme The Thing de John Carpenter  ou Rosemary’s Baby de Polanski par exemple, suppose que l’horreur passe par la transformation du corps humain. Dans Grave, c’est un double processus qui se développe autour du personnage principal, une jeune adolescente qui entre pour sa première année en école de vétérinaire, puisqu’elle découvre à la fois son propre corps (elle est présentée comme une fille réservée, vierge, au début du film) et son cannibalisme maladif (dont elle découvrira à travers le personnage de sa sœur que c’est une maladie héréditaire).

Le film doit une grande part de sa réussite au contexte dans lequel il se déroule et l’on reconnaît à travers les différents choix d’écriture scénaristique une véritable cohérence d’ensemble. Quoi de mieux que l’entrée d’une nouvelle promotion dans une grande école de vétérinaire -et les séances de bizutage ou de dissection que cela suppose- pour raconter un récit d’apprentissage autour du cannibalisme ? Dès son ouverture, le film met en place un univers qui tourne autour de la chair et du sang et dont la période de bizutage semble repousser toutes les limites vis-à-vis de la décence qu’aurait pu supposer une grande école. En effet, la qualité d’écriture de Grave se fait ressentir aussi bien à travers son rythme que la construction de ses personnages (doublée d’une interprétation prometteuse pour les trois jeunes acteurs principaux). L’innocence du personnage principal se trouve contrebalancée par les personnages de son colocataire (un jeune supposément issu des quartiers et à l’homosexualité finalement acceptée) et de sa sœur (qui est déjà en dernière année et qui prend donc le rôle de mentor).

© Wild Bunch Distribution

Là où Grave est loin d’être facile à classifier, c’est dans la manière où il vient toujours mélanger des éléments caractéristiques de différents genre. En faire un simple film d’horreur, ce serait le priver dans sa grande part de comédie (on peut saluer d’ailleurs sa capacité à provoquer, au sein d’une même scène, le rire et l’horreur) mais aussi sa dimension de récit d’apprentissage, de teen movie.

S’il y a une chose que l’on pourrait peut-être reprocher à Grave, c’est son absence de propos ; une fois l’arrière-goût de sang passé, on y repense plus tellement. Vous me direz, il n’y a rien qui oblige un film à tenir un propos sur un sujet ou un autre, Grave est d’ailleurs un bon exemple du parfait divertissement. Cela dit, il y a certains éléments qui étaient là, bien présents, comme le thème du bizutage, de la relation entre deux sœurs ou encore du cannibalisme, et sur lesquels le film ne nous donne rien à penser.

Si vous êtes lassés du film français comme vous l’aviez connu jusqu’au jour d’aujourd’hui, laissez-vous surprendre par la fraîcheur de Grave, le film de genre qui ne fait pas genre !

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