« Une intime conviction » – La voix du doute

Premier long métrage d’Antoine Raimbault, Une Intime convictions’amuse du doute et de la vérité. Au plus près de l’affaire Viguier, le réalisateur filme avec intensité trois gigantesques comédiens français : Marina Foïs, Olivier Gourmet et Laurent Lucas. 

Nora (Marina Foïs), personnage de fiction dans une affaire de justice bien réelle. Vision subjective du réalisateur, regard du spectateur ou encore allégorie de la justice. Cheffe dans un restaurant, elle s’improvise assistante juridique d’un des plus grands ténors du barreau, Éric Dupont-Moretti (Olivier Gourmet). Nora, comme unique point de vue à cette histoire vraie et singulière racontée par Antoine Raimbault. Il insuffle du cinéma et de la puissance dramatique au sein même de la cour d’assises. Cette mère célibataire emploie la fille de Jacques et Suzie Viguier pour donner des cours de mathématiques à son fils.

Appelée comme jurée elle assiste au premier procès où Jacques Viguier (Laurent Lucas) est acquitté en 2009 avant que le parquet ne fasse appel pour tout recommencer. Un deuxième procès pour le coupable idéal au crime parfait. Convaincue, de l’innocence de cet homme elle s’apprête à mener un combat personnel pour le prouver afin que les trois enfants puissent échapper à l’effroyable équation évoquée par le réalisateur : «Maman a disparu et papa est accusé de l’avoir tuée». 

L’affaire Viguier est complexe. Le 27 février 2000, alors que Suzie Viguier passe la soirée avec son amant et que celui affirme l’avoir ramenée chez elle au petit matin, elle disparait et son corps n’est jamais retrouvé. Tous les éléments semblent accuser le mari du meurtre de son épouse. L’amant quant à lui lance une cabale médiatique contre le prévenu et alimente les rumeurs dirigées vers Jacques Viguier. Pourtant, la première scène du film montre l’acquittement de cet homme et le spectateur devra adopter la même intime conviction que son héroïne : l’innocence.

Copyright Séverine Brigeot

Surgit alors le célèbre avocat médiatiquement connu pour obtenir des non-lieux dans des affaires difficiles, Éric Dupont-Moretti. Nora fait appel à lui pour reprendre le dossier et éviter une supposée erreur judiciaire. Grâce à l’écriture et au montage garant d’un rythme enlevé, Antoine Raimbault va alors mener un récit captivant entre deux personnages en force et en fragilité. Le jeune réalisateur maîtrise avec brio la puissance de jeu de Marina Foïs et d’Olivier Gourmet – qui n’est jamais dans l’imitation de l’avocat. Deux acteurs physiques dont les corps sont en tension permanente.

Interroger le réel

Le cinéaste est documenté avec précision puisqu’il a assisté aux deux procès de Jacques Viguier, qu’il a été en contact avec la famille et a respecté avec soin tout ce qui a été dit aux procès. Or, ce qui l’intéresse vraiment c’est d’interroger le terme même de justice et son institution, de faire résonner les zones d’ombres de l’enquête où se glisse le doute, la calomnie, la culpabilité, l’obsession et bien sûr les convictions individuelles. Existe-t-il une vérité judiciaire quand il n’y a pas de preuves ? Cette fascination pour cette affaire a fait naitre le personnage fictionnel de Nora. Elle guide la mise en scène dans sa folie. La dynamique du suspens remplace rapidement les plans larges par des cadres resserrés sur Marina Foïs. Symbole de l’importance de l’enquête sur sa vie personnelle à elle, qu’elle finira par évincer que ce soit son travail, son amant et même son propre fils.

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La détermination de cette jeune femme transforme le film en polar haletant rythmé par les écoutes téléphoniques de l’affaire et les post-its recouvrant les murs de son appartement, activité chronophage qui occupe Nora durant une grande partie du procès. Là, où la quête de vérité la fait sombrer dans la folie et devenir accusatrice sans aucune preuve, l’avocat se protège des rumeurs.

D’ailleurs, le véritable Éric Dupont-Moretti rappelle les paroles de son maître, l’avocat toulousain Alain Furbury : « la justice, c’est cette erreur millénaire qu’on ait attribué à une administration le nom d’une vertu ». Seul le doute persiste dans cette affaire et pousse à réinterroger la justice française. Dès lors, loin des scènes de procès grandiloquente de la justice américaine, Antoine Raimbault nous offre un thriller de mots, trouvant son apogée dans la puissante plaidoirie finale orchestrée par Olivier Gourmet. Il y a tellement de cinéma dans Une intime conviction, que l’on a déjà oublié qu’il ne s’agit là que du premier long-métrage de son réalisateur.

Diane Lestage

Une étudiante en Bachelor Journalisme à l'ISCPA Paris qui entretient une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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