« Le Rire de ma mère » – Un drame courageux

Sorti en salle le 16 janvier, le film de Colombe Savignac et de Pascal Ralite est une réussite. Le drame du deuil, pas facile à traiter, est pourtant mis en scène de manière juste, propre (trop propre ?), touchante et… courageuse.

Suzanne Clément, bluffante et vivante

Comment réagir face à la mort de sa mère ? Adrien, enfant timide et silencieux, ne le sait pas trop. C’est son point de vue que le film adopte et suit, même dans ses lacunes. Suzanne Clément, dans le rôle de la mère nommée Marie, est bluffante, mais cela revient à des banalités que de le dire, tant l’actrice est au sommet dans tout ce qu’elle fait. Son personnage, qui déteint sur l’actrice (ou vice-versa ?), est une lionne blessée, une folle que la vie voudrait ranger, une jeunette que le cancer voudrait tuer… “Mourir, cela n’est rien, Mourir, la belle affaire ! Mais vieillir… Oh ! vieillir”, chante Brel, et c’est ce bout de chanson qui revient lorsque Marie refuse de vieillir, et, excentrique et rêveuse, débarque dans son manteau de fourrure multicolore et son grand sourire devant l’école de son fils.

J’ai envie de boire des coups, j’ai envie de parler fort, j’ai envie d’être vivante, tu vois, vivante.

Une ode à la vie et au courage

“Tu crois qu’on peut apprendre à être courageux ?” Se demande Adrien, incarné par le poétique et doux Igor Van Dessel, promis à une belle carrière. Au carrefour des disciplines, le théâtre trouve une place de choix dans ce film où tout est bien réglé cinématographiquement. Point de sueur dans les cadrages, mais de la sueur sur les planches où se joue L’Oiseau bleu de Maurice Maeterlinck. Adrien y teste ses limites, tout de bleu vêtu, – L’Azur ! L’Azur ! L’Azur ! dirait Mallarmé. Une esthétique faite de ce bleu qui colore le ciel, de ce bleu qui entoure l’écume, de ce bleu qui construit les rêves et l’espoir. La pièce de Maeterlinck met en scène des enfants tentant de trouver le remède (l’oiseau bleu) à la maladie (le malheur) d’une petite fille et, à travers cette intrigue, dévoile en réalité le combat, banal mais si grand et courageux, de la vie. Avec l’idée que l’espoir demeure. Une quête initiatique en écho à celle d’Adrien, qui tente, comme tout un chacun, irrémédiablement, de tenir debout malgré les peines.

Alors, courage.

Hortense Raynal

Rédactrice Maze Magazine. Passée par Le Monde des Livres.

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