Pour fêter les 70 ans de l’oncle Picsou, Don Rosa à la Comic Con de Paris

Bon anniversaire, Oncle Picsou ! Cette année, le personnage le plus pingre de la pop culture fête ses 70 ans. A cette occasion sortent un documentaire, une tournée européenne de son plus célèbre dessinateur et des éditions spéciales du Super Picsou géant et de Picsou magazine. Retour sur un événement clé de la Comic Con 2017 de Paris, qui a eu lieu du 27 au 29 octobre : la présence de Don Rosa en dédicace sur l’ensemble des trois jours. Un invité qui pèse lourd dans le programme.

Le plus riche des canards ©Glénat

A la Comic Con 2017, l’une des célébrités-phare de cette année n’apparaissait pourtant pas en tête d’affiche : nul besoin, en effet, de présenter Don Rosa à ses fans français, venus en nombre impressionnant former une très longue file d’attente au milieu de l’étroite Artist Alley de la grande halle de la Villette. Dès l’ouverture à 10h, le vendredi, le stand de Don Rosa a été pris d’assaut. Une famille, arrivée parmi les premiers, a même attendu jusqu’à 16h30 pour pouvoir enfin approcher leur dessinateur préféré des Ducks ! Mais qu’importe puisque, d’après les fans plus que patients présents dans la queue parfois une journée entière,

©Jano Rohleder

attendre en moyenne entre trois et six heures valait largement le coup : tout est oublié une fois arrivé face au géant Don Rosa, qui prend le temps de discuter chaleureusement avec chacun de ses fans, de leur faire une dédicace ou un dessin, et même de leur glisser dans la poche un des piments multicolores qu’il cultive lui-même avec sa femme et ses deux chiens et qu’il distribue tout au long de ses tournées.

 

Don Rosa, figure majeure de la bande dessinée pour enfants ?

Don Rosa et son personnage fétiche : un petit air de ressemblance ? – ©Jano Rohleder

Le dessinateur originaire du Kentucky est très peu connu aux Etats-Unis, pourtant berceau des aventures de la célèbre famille de canards de Walt Disney. Cela fait en effet quarante ans qu’il a disparu des rayons de ses libraires tandis qu’en France les maisons d’éditions négocient les rééditions collector de La jeunesse de Picsou. Pour sa tournée européenne, Don Rosa s’attend d’ailleurs à voir affluer les fans en nombre, de tous âges et de toutes tailles. En effet, si son dessin est “facile d’accès pour des enfants”, nous dit Camille, 35 ans, qui lisait dans les années 90 les Mickey Parade grâce à son grand frère, son style est tout aussi riche pour les adultes nostalgiques ou admiratifs. Don Rosa précise justement, dans la bande-annonce du documentaire à venir qui s’intéresse à sa manière de dessiner les Ducks, qu’il ne s’adresse pas spécialement aux enfants mais surtout aux adultes.

Le processus de création de chacune de ses bandes dessinées pour Walt Disney, arrêtées il y a onze ans, est en effet très dense puisque chaque nouvelle aventure de Picsou entraîne un gros travail de recherches sur les légendes, pays et événements qui y sont évoqués. Et c’est justement ce travail de fond qui rend chaque histoire aussi passionnée et passionnante : jouant avec le réel et le fantasme de certains trésors cachés que Picsou recherche activement avec ses neveux, ces périples dessinés fourmillent de détails visuels et amusants dans les fonds des cases ou en demi-teinte derrière l’intrigue.

Un exemple de case qui mérite qu’on s’y arrête pour en déchiffrer tous les détails – ©Glénat

 

Ainsi, dans sa jeunesse, Picsou traverse nonchalamment des épisodes-clés de l’histoire américaine, rencontrant sans le savoir un président des Etats-Unis, participant à la ruée vers l’or dans le Yukon, ou faisant ses armes dans le commerce fluvial en plein développement. “Ce sont des BD plus intelligentes que les autres”, décrète Clément, 21 ans, et ancien lecteur de Picsou Magazine. S’il s’est intéressé de plus près au style de Don Rosa, c’est certes parce que lui-même dessinait déjà beaucoup petit, mais surtout parce que son style “très détaillé” a suscité son intérêt. Dans ses influences, il croit d’ailleurs retrouver des dessinateurs américains des années 30, des comics très sérieux que “Don” parodie dans ses histoires. Clément évoque notamment le célèbre Norman Rockwell en qui il voit une des ses références pour les fameux détails dans l’arrière-plan.

©Glénat

Aux Etats-Unis, la culture du comics ne s’est pas formée de manière linéaire et chronologique : à l’instar des comics de super-héros, qui possèdent chacun différentes versions parallèles, surajoutées et différant toujours selon les auteurs, les aventures de Donald et Picsou ont été dessinées par une multitude d’artistes, à commencer par leur créateur, Carl Barks. Véritable modèle pour tous ses successeurs, et beaucoup regretté à sa mort en 2000, c’est à lui qu’on doit toute l’origine de cet imaginaire, dont les droits appartiennent pleinement à Walt Disney. Et, pour caricaturer, chaque dessinateur embauché pour poursuivre les histoires des Ducks est toujours payé de manière fixe et limitée, indépendamment de son succès. C’est ce qui explique la simplicité de la retraite de Don Rosa, géant inégalé des aventures de Picsou depuis Carl Barks, et qui n’a jamais reçu ce qu’il méritait, comme l’estiment bon nombre de fans. Un peu triste de ne pouvoir reprendre à son compte des personnages appartenant à la firme de Disney, il regrette de ne pouvoir mettre autant de passion dans un projet original.

La Jeunesse de Picsou, en particulier, remonte aux origines de cette personnalité de self-made man hors normes, et chatouille à un niveau émotionnel – ©Glénat

 

Ce personnage de Balthazar Picsou, dont il a développé de multiples facettes et qu’il a tant enrichi au fil du temps, demeure sa plus belle réussite, et ce sont surtout les visages émerveillés de ses lecteurs qui le lui rendent bien.

 

 

 

Un documentaire pour célébrer les meilleures aventures de canards jamais dessinées

Le projet lancé sur Kickstarter pour le documentaire Le Mystère Picsou ( The Scrooge mystery en anglais) a dépassé son objectif de près de trois fois en juin dernier. Il y s’agit de suivre Don Rosa qui nous explique son processus de création et nous montre, grâce à une technique de tournage empruntée à un célèbre documentaire de Clouzot du début du XXème, Le Mystère Picasso, comment il dessine ses personnages de manière précise et infaillible. Portant donc en particulier sur Don Rosa en qualité de plus célèbre des dessinateur de ses aventures après l’indétrônable Carl Barks, son créateur, son tournage doit se terminer courant janvier. Quant à sa sortie… rien n’est encore sûr, mais la communauté très forte qui a appuyé son financement permet de garantir que le projet est bien lancé et promet d’être un succès en Europe.

 

Abasourdi par cet engouement, Don Rosa avoue humblement, durant le panel dédié de la Comic Con le dimanche 29 octobre, qu’il n’y croit pas, que tout lui semble totalement surréel. Et pourtant il comprend que ces personnages continuent de plaire aux lecteurs en grandissant et touchent autant de générations différentes : “je n’ai jamais vu de canards”, dit-il en évoquant ses lectures de jeunesse des œuvres de Carl Barks, “ce sont des humains”. De vrais être humains, avec leurs défauts, leurs désirs et leurs rêves, et surtout leur formidable capacité à traverser les épreuves en famille. Balthazar Picsou n’est pas qu’un vieux pingre ronchon, Donald un colérique frustré et Riri, Fifi et Loulou trois garnements insupportables. Don Rosa, en les mettant dans une multitude de situations variées, souvent adossées à des légendes ou des pans d’histoires fantastiques, les ancre tout de même dans une réalité prenante, celle de leurs relations complexes. On découvre au fil des pages des qualités insoupçonnées à ces canards qui en deviennent attachants, mais surtout, au travers de leurs souvenirs, on comprend la formation du caractère de l’Oncle Picsou, qui semblait, jusqu’à l’arrivée du dessinateur, n’être qu’un simple grincheux antipathique.

 

Le choix de Don Rosa pour raconter l’histoire de Balthazar Picsou est donc loin d’être un hasard. Étroitement lié à son histoire et à son développement, c’est à lui qu’on doit le style final dans lequel il est dessiné, et surtout l’engouement intergénérationnel de fans du monde entier pour des histoires de canards humanisés qui parcourent la planète lors d’aventures plus ou moins extraordinaires. A l’occasion des 70 ans du personnage, il méritait donc largement sa place à la Comic Con de Paris parmi les plus grands artistes de la pop culture.

Et, pour nous faire vibrer à chaque fois que l’on rouvre l’une de ses BD, nous lui disons, du fond du cœur, un grand merci.

 

Emma Henning

Aime la culture, TOUTE la culture, et l’anonymat. Pas facile d’en faire une biographie, dans ce cas.
Rédactrice et Secrétaire de Rédaction pour Maze.

Bonne lecture !