Hergé : esquisses d’un artiste au Grand Palais

À l’instar de son héros, le reporter Tintin, pourquoi suivre les traces du dessinateur Hergé au fil du parcours d’exposition qui lui est consacré au Grand Palais jusqu’au 15 janvier 2017 ? 

Pour voir et revoir la ligne claire qui trace les contours de cette silhouette en trench bien connue de nos plus jeunes années. Une plongée dans le temps et la nostalgie, façon « madeleine de Proust », qui fonctionne parfaitement.

Pas moins de dix salles régalent ainsi notre mémoire visuelle au gré d’une déambulation riche en contenus. L’exposition nous invite à explorer « la face cachée » de la personnalité d’Hergé – de son vrai nom Georges Rémi – ses collections et ses réalisations, à travers une importante présentation d’albums, croquis et affiches…

On débute l’exposition par une double surprise : Hergé est un artiste et Hergé est un amateur d’art. Quelques uns de ses essais à la peinture – très proches visuellement du travail de Joan Miró – sont présentés en guise d’introduction. On y trouve également plusieurs toiles issues de sa collection personnelle, dont un portrait de Hergé rarement exposé, sérigraphié par Andy Warhol. Ce préambule pose d’emblée le parti-pris de l’exposition : les inspirations et le travail du dessinateur sont à considérer dans un ensemble artistique total et ce dernier ne peut être simplement relégué dans un classement artistique au rang de « 9ème art ».

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Peinture d’Hergé © Hergé-Moulinsart 2016

Car Hergé est un « romancier de l’image », convoquant plusieurs sources pour élaborer ses dessins. Ses croquis à la mine de plomb s’attachent particulièrement à modeler des personnages expressifs et sont comparés dans l’exposition à ceux des grands maîtres de la peinture tels Dürer, Holbein, Vinci ou Ingres… Emprunt de techniques cinématographiques et romanesques – ellipses, insistance sur la psychologie des personnages, cut-up – ses bandes-dessinées s’organisent aussi selon une pré-production soignée et un montage méthodique qui rappellent le travail du scénariste ou du réalisateur.

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Hergé et Andy Warhol © Hergé-Moulinsart 2016

Artiste-peintre, dessinateur hors pair, scénariste… Dans les années 1930, avec le lancement de l’Atelier-Hergé-Publicité, c’est aussi une belle leçon de graphisme que nous offre Hergé à travers la création de plusieurs affiches. Peu connues du grand public, elles nous invitent à apprécier le caractère épuré, les aplats colorés et la puissance du lettrage de ses « réclames ».

L’importance du lien social dans le travail de Hergé se superpose à la dimension artistique, notamment sa rencontre avec le jeune artiste chinois Tchang Tchong-jen, l’inoubliable Tchang de son album Le Lotus Bleu. On note également sa présence et ses conseils auprès d’apprentis à qui il conseille de « dessiner, dessiner et dessiner encore… et le faire d’après nature ». Un esprit impressionniste et naturaliste plane sur cette préconisation. Mais ses influences artistiques sont si abondantes qu’on pourrait aussi y ajouter quelques pincées de classicisme, de pop-art et de constructivisme.

Aussi généreuse et ingénieuse que son personnage principal, l’exposition Hergé au Grand Palais a le pouvoir de nous donner à voir les planches, objets et personnages que l’on s’attend à retrouver avec joie, tout en dévoilant l’artiste et humaniste qui se cache derrière la figure de Tintin : son père et double dessiné, génie incontesté de l’histoire de l’art et des industries créatives.

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Tintin © Hergé-Moulinsart 2016

Exposition Hergé
au Grand Palais du 28 septembre 2016 au 15 janvier 2017

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