“ABC Duchamp” – L’expo complètement Dada

À l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de l’artiste normand, le Musée des Beaux Arts de Rouen accueille l’exposition-événement “ABC Duchamp : l’expo pour comprendre Marcel Duchamp”, jusqu’au 24 septembre. Surréaliste pour certains, dadaïste pour d’autres, Duchamp a profondément bousculé l’art du XXè siècle.

Rouen, la “ville aux cent clochers”, a été fortement marquée par l’empreinte et la présence de Marcel Duchamp. Né à Blainville-Crevon, une commune voisine, Duchamp passera une partie de sa jeunesse dans la capitale normande. C’est donc tout naturellement que la ville qui l’a vu faire ses premiers pas en tant qu’artiste a décidé de le mettre à l’honneur. Depuis le début de l’année 2018, des dizaines d’événements mêlant conférences, performances artistiques, concerts et bien sûr expositions sont organisés un peu partout dans la métropole rouennaise. Ces rendez-vous culturels s’inscrivent dans le projet “Duchamp dans sa ville” porté par l’Université de Rouen Normandie et l’Institut Flaubert. Le but de l’opération n’est autre que de faire “connaître et reconnaître Marcel Duchamp dans sa ville”. Les Rouennais (et autres curieux de passage) sont donc invités à se familiariser avec l’œuvre et la personnalité de Duchamp en découvrant l’héritage indéniable laissé par cet artiste précurseur.

© Compte Twitter @louvrepourtous

 

Un abécédaire pour tout savoir de Duchamp

La forme de l’exposition aurait certainement plu à Duchamp : utiliser l’alphabet pour en apprendre plus sur une des figures artistiques les plus marquantes du siècle dernier. Cet abécédaire permet de dresser un portrait dynamique et ludique de Duchamp. A travers un parcours intelligent et décalé, les vingt-six lettres de l’alphabet invitent les visiteurs à découvrir l’image de l’artiste. Chaque lettre permet d’en apprendre davantage sur le créateur des ready-made : ses inspirations, ses rencontres, ses créations…

L ’exposition, rendue possible grâce à un partenariat avec le Centre Pompidou et la Réunion des Musées Métropolitains, est partagée entre les œuvres emblématiques de Duchamp et des documents d’archives, moins connus et plus intimes. Entre deux ready-made, vous pourrez également en apprendre plus sur les identités plurielles de l’artiste qui s’est autrefois fait appeler Richard Mutt ou encore Rrose Sélavy, son alter-égo féminin. C’est d’ailleurs sous ces pseudonymes qu’il signa plusieurs de ses œuvres. Les notions de transformation, de détournement et de travestissement étaient particulièrement appréciées de Duchamp qui n’hésitait pas à jouer avec les codes artistiques de son époque.

Cette exposition permet donc de découvrir l’artiste mais aussi l’homme, amateur d’échecs et de jeux de mots, comme en témoigne la désormais célèbre légende “LHOOQ” dont il a affublé La Joconde de Léonard De Vinci en 1919.

© Compte Twitter @louvrepourtous

 

R comme Ready-Made, oui, mais pas seulement

Duchamp se qualifiait lui-même d’anartiste, ce qui signifie “ni artiste, ni anarchiste” mais aussi l’un et l’autre. L’anartiste prétend s’affranchir de la définition moderne du mot “artiste”, il tire sa légitimité de sa seule puissance créatrice. L’évolution artistique de Duchamp l’amène rapidement à délaisser la peinture et le dessin pour se tourner vers des objets qu’il ne fabrique pas lui-même, des objets “tout-faits” sélectionnés pour leur neutralité esthétique et sur lesquels il appose simplement sa signature. C’est le début des “ready-made”, ces objets manufacturés érigés au rang d’art par la volonté seule de l’artiste. Duchamp transforme alors la fonction d’un objet sans en altérer la forme : les plus connus, Roue de bicyclette (1913), Porte-bouteilles (1914) ou encore Fontaine (1917), un simple urinoir renversé, font bien entendu partie de l’exposition. Sa démarche ouvrira la voie à de nombreux artistes après lui qui choisiront de travailler avec des matériaux récupérés.

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Mais au-delà des ready-made qui ont (grandement) participé à la renommée de Duchamp, ABC Duchamp cherche à mettre en lumière l’ensemble du parcours de l’artiste. Les premières salles sont consacrées à des œuvres réalisées par des membres de la famille Duchamp (ou Duchamp-Villon) ainsi qu’aux débuts artistiques de Marcel Duchamp : ses esquisses, dessins et premières toiles permettent déjà d’identifier l’omniprésence de l’humour et du langage dans son travail. Les mots permettent à Duchamp de repousser les limites de l’art, de briser les codes et d’explorer de nouveaux domaines. Pionnier à plus d’un titre, il s’intéresse à la décomposition du mouvement et à la géométrie euclidienne, au travail autour de l’espace, de la lumière et des ombres colorées. Ses travaux sur la science optique aboutissent à la réalisation de ses célèbres roto reliefs, que l’exposition propose de découvrir. 

Pari réussi pour le musée des Beaux Arts de Rouen qui parvient à lever un peu plus le voile sur l’énigme Duchamp à travers une exposition intelligente et abordable.

 


Informations pratiques : Musée des Beaux Arts de Rouen (Esplanade Marcel Duchamp), jusqu’au 24 septembre 2018. Horaires : tous les jours de 10h à 18h. Tarifs : 6€/3€

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