« Paris 1968 » : l’exposition Gilles Caron à l’Hôtel de Ville

Cinquantenaire de l’évènement oblige, l’Hôtel de Ville revient sur Mai 1968 et expose le travail du photographe Gilles Caron. Jusqu’au 28 juillet.

A l’occasion du 50ème anniversaire de Mai 1958, l’Hôtel de Ville de Paris et la Fondation Gilles Caron présentent les clichés du photographe et reporter  – 30 ans à l’époque – brillamment saisis lors du mouvement de révolte.

L’exposition ne propose pas que des photographies mais s’attache, au moyen d’indications historiographiques, à revenir sur les faits, les origines et le déroulement de Mai 1968 à Paris et ailleurs. Le visiteur dispose donc d’une peinture détaillée des événements de l’année à Paris et dans le monde, du Mouvement du 22 mars à la manifestation du 6 Mai en passant par la guerre du Biafra.

En parcourant plus de 300 clichés, pour la plupart en noir et blanc, certains redécouvrent ce qu’ils ont plus ou moins activement vécu tandis que les jeunes générations mettent des images – et quelles images – sur les mots.

Si l’exposition donne à voir les icônes des années 1960 et les clichés des dernières « années De Gaulle », elle se concentre majoritairement sur le mouvement étudiant et les manifestations parisiennes. C’est d’ailleurs pour avoir effectué des chroniques des grands conflits contemporains que Gilles Caron s’est fait connaître ; on se retrouve donc au cœur du sujet de Mai 1968 à Paris, devant des photos qui ne masquent ni la violence, ni les émotions fortes lisibles sur les visages. Même ceux qui ne l’ont pas vécu sortiront de l’exposition avec l’impression d’avoir fait l’expérience de quelques chose de mai 68.

« De Gaulle, dernières icônes »

En 1968, le président de la République exerce son second mandat et est âgé de 78 ans. La même année, Gilles Caron l’accompagne dans deux voyages officiels en Turquie et Roumanie. Mais le voyage en Roumanie est écourté par l’appel à la grève générale des organisations syndicales lancé le 13 mai 1968.

S’il songe à repartir le lendemain de son arrivée en Roumanie, le président de la République reste d’abord imperturbable et Caron capture ce que ce dernier cherche à exprimer par son absence. Le photographe réalise des « têtes d’expression » plus que des visages ; il tente de capturer les expressions du général De Gaulle en multipliant les plans rapprochés et scrutant les variations d’un visage qui traduit le doute sur l’avenir du pays et préfigure son départ.

(c) Gilles Caron

Gilles Caron saisit le mythe mais l’humanise, rendant ainsi hommage au « dernier des grands hommes » qui quitte le pouvoir en 1969 et s’éteint l’année d’après.

A l’icône fanée du général De Gaulle s’oppose celles de la jeunesse, jeunesse qui ne se reconnait pas dans les valeurs traditionnelles de la France gaullienne et constate un décalage considérable entre ses aspirations en tant que groupe et les pratiques sociales en vigueur. Gilles Caron immortalise la jeunesse des années 1960 et en révèle ainsi les icônes, de Cohn-Bendit aux anonymes plein de convictions.

« Nanterre, image d’une utopie »

L’exposition prend soin de rappeler que Nanterre et le « mouvement du 22 mars » sont le berceau de cette intense période d’effusion. Après l’arrestation de l’un de leurs camarades dans une manifestation contre la guerre du Vietnam, les étudiants de Nanterre déclenchent une mobilisation inédite dans cette université neuve censée répondre à l’explosion démographique mais déjà surpeuplée.

Les clichés de Gilles Caron montrent l’occupation des pelouses du campus, devenues forum d’une jeunesse qui se revendique et improvise des débats. Il comprend bien l’importance de Nanterre, lieu qui « contient tous les ingrédients d’une révolte » : architecture abrupte, jeunesse passionnée et présence de chantiers et d’ouvriers. Le photographe immortalise la mobilisation et s’attache toujours à capturer des expressions.

(c) Gilles Caron

      

 

 

 

 

 

 

 

« La manif, une représentation politique »

De plus en plus récurrentes, les manifestations sont l’occasion d’ériger des symboles : slogans, références à l’Histoire, banderoles, etc. Lorsque les foules se réunissent, Gilles Caron tente d’immortaliser ces multiples symboles sans toutefois « tomber dans les stéréotypes ».

Les manifestations sont aussi synonymes de clans opposés : il y a les étudiants, les ouvriers, les pro-De Gaulle et les anticommunistes. Le photographe s’efforce de capturer des émotions singulières dans les foules, contrastant ainsi avec l’anonymat du nombre. Il veut faire transparaître le collectif mais incarné.

(c) Gilles Caron

 

 

 

 

 

 

 

 

 L’insurrection, un “théâtre photographique »

Caron tente de traduire le passage de l’expression symbolique à la lutte des corps, c’est-à-dire photographier la dégénération des manifestations, qui atteignent parfois un degré insurrectionnel. Par souci de justesse, il restitue les deux points de vue et place alternativement son appareil du côté de la police et de celui des manifestants.

Il permet au spectateur – notamment celui qui n’a pas vécu Mai 1968 – de mettre des images sur la violence, des lancés de pavés aux voitures brûlées en passant par les réponses violentes des forces de l’ordre. Il restitue à Paris son rôle de théâtre des événements et en montre les coulisses : l’Opéra, le Quartier Latin ou le Louvre.

  

« Paris s’éveille »

Gilles Caron suit les manifestations et les violences nocturnes mais il se rend à nouveau sur les lieux au petit matin pour observer le réveil de Paris et les conséquences des échauffourées. Il y observe par exemple des ruines de barricades et des « DS » ayant payé le prix d’une révolution anticapitaliste.

Il s’efforce aussi de décrire les grèves et, pour cela, capture des images de la pénurie d’essence ou de la grève des éboueurs (immenses monceaux de cageots sur les bords de Seine).

(c) Gilles Caron

 

 

 

 

 

 

 

1968 ailleurs qu’à Paris

Mais Gilles Caron aimait aussi donner à voir l’actualité mondiale : en 1968, il couvre plusieurs mouvements de révolte dans le monde. C’est notamment le cas du drame du Biafra, cette guerre au sud du Nigéria qui a tourné au désastre humanitaire et fait prendre conscience au monde entier la réalité du tiers-monde. Terrible mais nécessaire.

(c) Gilles Caron

Informations pratiques: Hôtel de Ville jusqu’au 28 juillet. Horaires: du lundi au samedi de 10h à 18h.  Tarif: gratuit.

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