Centre Pompidou : derniers jours pour voyager jusqu’à Vitesbk avec l’exposition « Chagall, Lissitzky, Malévitch »

Le Centre Pompidou à Paris accueille jusqu’au 16 juillet 2018 l’exposition “Chagall, Lissitsky, Malévitch” qui célèbre le centenaire de la nomination de Marc Chagall au poste de Commissaire des Beaux-Arts.

Si l’exposition est, comme son nom l’indique, principalement consacrée aux trois figures emblématiques (Chagall, Lissitzky et Malévitch) du courant avant-gardiste russe, on y trouve également les travaux d’étudiants et d’enseignants de l’école de Vitebsk, créée en 1918 par Chagall. L’ensemble des œuvres et documents constitue ainsi un important témoignage de la vie artistique de la ville de Vitesbk durant les années post-révolutionnaires, loin des métropoles russes.

Marc Chagall, à l’origine de l’école d’art de Vitebsk 

Ce chapitre peu connu commence en 1918, lorsque Marc Chagall, peintre russe d’origine juive, a l’idée de créer dans sa ville une école d’art révolutionnaire, ouverte à tous, sans restriction d’âge et gratuite. En effet, le peintre est désireux de venir en aide aux jeunes artistes vitebskois, après avoir connu une période d’effervescence artistique suite au vote d’une loi abrogeant toute discrimination nationale et religieuse lui conférant un statut de citoyen russe à part entière. Parmi ses chefs-d’oeuvre de l’époque, sont notamment visibles au Centre Pompidou Double Portrait au verre de vin et Au-dessus de la ville, qui semblent tous deux être un hymne au bonheur du couple.

 

Double portrait au verre de vin, 1917 / Marc Chagall

 

Chagall, Lissitsky, Malévitch : les trois grands noms de l’école 

Le projet de Chagall, validé en août 1918 par Anatoli Lounatcharski (qui nomme le peintre Commissaire aux beaux-arts), est officialisé lors de l’inauguration de l’école en janvier 1919. Plusieurs professeurs se succèdent avant l’arrivée de Vera Ermolaeva, future directrice, et El Lissitzky qui prend en charge les ateliers d’imprimerie, de graphisme et d’architecture. Ce dernier insiste auprès de Chagall pour inviter le chef de file des mouvements abstraits, Kasimir Malévitch, à rejoindre l’école. Fort de son charisme, Malévitch réunit rapidement autour de lui de nombreux élèves ainsi que plusieurs professeurs avec qui il forme le groupe novateur Ounovis, “les affirmateurs du nouveau en art”. Carrés, cercles et rectangles colorés sont au centre de leurs compositions picturales. Avec son ensemble des Prouns notamment, Lissitzky est le premier à étaler le volume architectural au plan pictural. 

 

Proun 1 D, c.1919 / El Lissitzky / Huile sur toile, 71,6 × 96,1 cm

 

Succès de Malévtich et départ de Chagall 

En parallèle, Malévitch se consacre à la rédaction d’écrits théoriques et à l’enseignement, plus qu’à la réalisation de peintures. Tandis que ses cours attirent toujours plus d’étudiants, les classes de Chagall se vident peu à peu. Le peintre décide alors de quitter Vitebsk en 1920 pour s’installer à Moscou. Là-bas, il réalise des oeuvres, tel son Paysage cubiste, qui se lisent comme un règlement de compte avec les suprématistes sur un mode quelque peu ironique : au centre d’une composition futuriste, un tout petit personnage protégé par un parapluie vert (Chagall lui-même ?), semble être l’ultime survivant d’un chaos pictural.

 

Paysage cubiste
Paysage cubiste, 1919-1920 / Marc Chagall / Huile, mine graphite, enduit sur toile, 100 x 59 cm

 

1921-1922 : changement de climat politique et fin d’une aventure artistique

La fin de la guerre civile vers 1921-1922 amène un changement dans le climat politique. En effet, les autorités soviétiques cherchent à évincer tout courant artistique qui ne servirait  pas directement les intérêts du parti bolchévique, afin d’instaurer l’ordre nécessaire dans la sphère idéologique et sociale. La première et dernière promotion sort de l’école populaire d’art de Vitebsk en mai 1922. Ainsi, se termine l’aventure fantastique de l’école rêvée par Chagall, dont plusieurs chefs-d’œuvre demeurent néanmoins dans l’histoire, témoins de la créativité impressionnante de cette époque.

 

Informations pratiques : Jusqu’au 16 juillet 2018,  Musée du Centre Pompidou, tous les jours de 11h à 21h (jeudi jusqu’à 23h): https://www.centrepompidou.fr/

 

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