Zoo Project  « Pas encore d’ici, plus jamais de là-bas »

Il avait écrit cette phrase sur les murs de Paris surpeuplés par ses hommes à tête d’oiseau. Le street-artiste Bilal Berreni, alias Zoo Project, a été assassiné à Détroit en juillet 2013.  En mémoire de son œuvre, ses proches et ses collaborateurs lancent une campagne de financement collaboratif qui doit aboutir à un vaste hommage – film, livres, installation – au printemps 2018.

La dernière fois qu’on a eu des nouvelles de Bilal c’était en juillet 2013. Il était parti en mars aux Etats-Unis avec pour projet, entre autres, de descendre le Mississipi en radeau. Pour descendre le fleuve, une règle primordiale : avoir un bateau à moteur, mais pour Bilal ce n’était pas un problème : le moteur, il le peindrait sur les planches de bois.

Bilal Berreni, alias Zoo Project, était ce genre de personne qui, en quête de libertés toujours plus vastes, ne se laisse pas contraindre par les schémas que la société nous impose mais cherche à en redéfinir les frontières, les bousculer, les agrandir.

« Fasciné par la beauté de cet urbanisme en déclin et le climat qui y règne, par cette ambiance désordonnée qui offre un monde où tout est à réinventer »

Dès l’âge de 15 ans, Bilal commence à inonder les murs de son quartier, le XXe arrondissement de Paris, d’innombrables fresques en noir et blanc. Au travers de situations à caractère poétique et satirique, souvent peuplées d’hommes à tête d’oiseau, parfois accompagnées de phrases ou de citations, il trouve le moyen de partager ses convictions avec les passants. Pour lui « C’est à l’artiste de faire l’effort d’aller vers les gens, et pas le contraire ».

Jusqu’au jour où les murs ne suffisent plus : Bilal a besoin de voir plus grand, de voir ailleurs, de se renouveler. Il part en Tunisie en 2011, tandis que le Printemps Arabe bat son plein. Alors qu’il dessine au coin des rues, on lui demande de peindre le portrait des fils, des frères, des amis morts pour cette révolution, redonnant ainsi la parole à ces martyrs dont il expose le visage dans les rues de Tunis.

Bilal partira, n’importe où tant que la destination lui est inconnue : du camp de Choucha à la frontière libyenne, jusqu’aux Etats-Unis, en passant par Vladivostok, quand Bilal rentre à Paris il est toujours ailleurs, griffonnant en permanence dessins, pensées, projets en devenir…

Un an après Tunis et la Lybie, en plein hiver, c’est en Laponie qu’il se rend. À Abisko, après quatre heures de marche dans la forêt, il casse la fenêtre d’un cabanon et s’y installe pour deux mois. Il a pour seuls compagnons un poêle à bois, son matériel de dessin, des romans, des recueils de poésie, le fidèle l’Histoire de l’Art de Gombrich et quelques ours qui rôdent autour… Il documente de croquis et de notes foisonnantes cette immersion hivernale dans l’objectif de conter son expérience à travers un roman graphique.

En avril 2012, il entreprend un voyage majeur avec son ami et collaborateur, le réalisateur Antoine Page. Ensemble, ils prennent la route au volant d’une camionnette, direction : Vladivostok. Antoine filme, Bilal dessine. Il en résulte un documentaire narré comme un conte, au rythme des rencontres, des pannes et des fresques de Zoo Project… « No limit » est leur mot d’ordre. Mêlant leurs regards, ils peignent dans C’est assez bien d’être fou le portrait d’une Russie dont ils décèlent la beauté dans ses failles.

Aussitôt rentré, aussitôt reparti : cette fois aux Etats-Unis pour parcourir la route du Blues. Bilal travaille finalement comme livreur à vélo dans les rues de New-York avant de monter sur un train de marchandises, cherchant la liberté toujours plus loin. Son voyage s’arrête à Cleveland où il passe un bref séjour en prison avant d’atterrir à Détroit. Oubliée la route du Blues, oubliées les rues de New York : il découvre cette ville et son décor post-apocalyptique. Emerveillé par la beauté de cet urbanisme en déclin et le climat qui y règne, fasciné par cette ambiance désordonnée qui offre un monde où tout est à réinventer, c’est là qu’il décide de retourner quelques mois plus tard. Il y sera assassiné en juillet 2013.

Au delà de ses fresques, aujourd’hui quasiment toutes effacées par le temps, Bilal a noirci des pages entières de dessins et rempli d’innombrables carnets d’humour noir. Sa famille, ses amis et ses collaborateurs se sont réunis pour lui rendre hommage et travaillent depuis trois ans sur cet événement qui aura lieu au printemps 2018. Il s’articulera autour de trois axes : la sortie nationale du film C’est assez bien d’être fou, l’adaptation de l’installation Potemkine réalisée à Odessa en mars 2012 et l’édition d’un coffret de huit livres retraçant l’intégralité de son travail. Un financement collaboratif Ulule a été mis en place afin de permettre à cet hommage de voir le jour de manière indépendante et ainsi respecter son engagement pour un art s’adressant à tous.

Bilal ne fût pas tué au cœur de la révolution arabe, pas non plus dévoré par un ours, ni même noyé dans le Mississippi, il se trouva au coin d’une rue de Détroit, rattrapé par la société même à laquelle il cherchait de donner un sens.

Trop tôt, trop violemment, mais l’esprit de Bilal perdure, imprégné à coup de pinceaux dans le souvenir d’innombrables passants : « J’ai crié des mots. J’ai hurlé sur les toits. Société, tu m’aura pas. »*

*phrase peinte en regard d’une de ses fresques parisiennes

 

Pour plus d’information sur le projet et le soutenir :

https://fr.ulule.com/zoo-project-hommage/

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