Avignon 2017 : Driftwood, du cirque poétique

Cirqulez, il y a tout à voir ! Le cirque enchanté du spectacle Driftwood de Casus Circus est à la Présence Pasteur, un lieu enchanteur d’ailleurs, à 14h15.

Cinq circassien-ne-s, une salle comble, une rencontre. En toute intimité, lumière tamisée, la représentation commence. Les costumes sont beaux, aux couleurs pastels, bleues et bordeaux. Les artistes se forment en fleur, et tout commence. Tout va très vite, la beauté des gestes et des corps s’agite sous les yeux du public. Les mouvements sont exécutés avec précision, les acrobaties s’enchaînent avec une minutie grandiose. Sans doute cela vient-il du fait qu’une confiance inouïe règne entre les artistes. Une circassienne devient corde à sauter humaine, une autre est tour à tour porteuse et voltigeuse. Tous les membres sont d’ailleurs extrêmement polyvalents, chacun-e a son numéro de voltige et chacun-e peut porter. Le cirque pratiqué par Casus Circus, une troupe australienne, est composé de chutes maîtrisées, pendant lesquelles le public laisse échapper des soupirs de frayeurs. L’air et le sol se mêlent avec brio, et les limites des capacités physiques et acrobatiques de l’humain sont parfois atteintes. Il y a quelque chose de grisant de voir ces hommes et ces femmes réaliser des choses qui, par excellence, ne peuvent être réalisées que par très peu de personnes. C’est un accomplissement. Le cirque de Driftwood fait un bien fou.

Du théâtre dans le cirque

La trame de Driftwood ne se résume pas à un enchaînement d’acrobaties. Non seulement certains passages sont dansés, mais la mise en scène est aussi au rendez-vous, portant en elle une grande et tendre poésie. L’occupation de l’espace est parfaite, chaque artiste-athlète rééquilibre en permanence l’espace quitté par l’autre, ce qui crée pour le public un effet d’harmonie (esthétique et sémantique) fabuleux. Les costumes s’effeuillent au fur et à mesure, laissant peu à peu apparaître une certaine nudité. Avec pour seul objet scénique une lampe suspendue, des apartés se créent (sans paroles), tels des moments de solitude émouvants sollicitant l’imagination : ils peuvent signifier le déséquilibre, la peur, l’incompréhension. En regard, apparaissent des scènes de drôleries toujours fines et élégantes. À la fois énigmatique et drolatique, Driftwood pratique un cirque raffiné et espiègle. Le choix des musiques, toutes empreintes de douceur, est absolument fabuleux. Driftwood au Festival d’Avignon est une bulle, une parenthèse enchantée pendant laquelle le public se sent avec la troupe, vibre à leur rythme, et se sent bien.

Hortense Raynal

Rédactrice Maze Magazine. Passée par Le Monde des Livres.

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