« L’avare » au Théâtre de l’Odéon : le généreux numéro de Laurent Poitrenaux

Jusqu’au 30 juin au Théâtre de l’Odéon, vous pouvez découvrir l’adaptation à succès de L’Avare de Molière mis en scène par Ludovic Lagarde. Dans le rôle-titre, le tonitruant Laurent Poitrenaux qui porte presque à lui seul cette adaptation efficace mais sans grande originalité.

L’Avare c’est l’histoire d’Harpagon, un marchand (très) près de ses sous et que tout le monde craint, déteste ou tourne en ridicule, y compris ses deux grands enfants Cléante et Elise. Ces derniers tombent tous deux amoureux mais impensable d’envisager une union sans l’aval de leur père qui n’aura qu’un seul critère d’analyse: combien cela lui rapporte ? Tout se complique encore un peu plus quand Cléante découvre que son père, veuf, est résolu à se remarier avec la très jeune Marianne, la jeune fille qu’il voulait lui-même épouser… s’en suivent des quipropos et échanges rocambolesques qui mettent à nu les pires défauts du genre humain : l’avarice chronique d’Harpagon mais aussi la duplicité de tous les autres personnages qui cachent, flattent et mentent dès que cela peut servir leur intérêt… on comprend bien pourquoi le titre original de la pièce était L’Ecole du mensonge.

Harpagon et ses enfants (c) Pascal Gély

 

Laurent de Funès,  Louis Poitrenaux ?

L’Avare a beau être une pièce de théâtre, c’est aussi et presque surtout un film. Souvent regardé de haut car trop “populaire”, ce long-métrage de Jean Giroux et Louis de Funès a toutefois marqué l’histoire de cette pièce de Molière grâce à l’interprétation de De Funès. Excentrique, hystérique, tyrannique mais aussi touchant,  De Funès a semblé donner l’interprétation ultime du rôle d’Harpagon (qui lui permettra d’ailleurs de décrocher un « césar d’honneur »).

«  Quand j’ai découvert Harpagon, je me suis dit immédiatement : c’est pour Laurent ! Il est à la fois virtuose et comique, mais sait aussi être très sombre » (L. Lagarde)

Laurent Poitrenaux, complice habituel de Ludovic Lagarde avec lequel il a déjà collaboré dix-huit fois, s’inscrit dans cette lignée.  Son Harpagon est loufoque, il éructe, il bondit et nous conquit. On rit, forcément. On en viendrait même à lui trouver des raisons de priver ses héritiers d’enfants, oisifs et dépensiers, de ce qu’ils croient être leur dû… Face à cette performance physique et indéniablement généreuse (ironie !), le reste du casting se retrouve passablement relégué en fond de scène avec des répliques – et là il faut blâmer ce cher Molière – bien moins percutantes que celles du personnage principal.

(c) Pascal Gély

 

Satisfaisant, mais sans plus

D’une facture générale tout à fait satisfaisante, ce spectacle ne convainc toutefois pas complètement. Il faut dire qu’en l’absence de travail dramaturgique proposant une lecture originale du texte de Molière, on finit par se demander ce qui a intéressé le metteur en scène dans ce texte déjà maintes fois monté. Certes, il dit lui-même qu’au moment de la création en 2014, il cherchait alors une pièce grand public pour ouvrir la saison de la Comédie de Reims et qui ne demandait pas trop de moyens. Mais la capacité d’un texte à remplir des salles – notamment à coup de groupes scolaires – est-elle un motif suffisant au montage d’un spectacle ?  A vrai dire, en dépit de ses déclarations personnelles, dans ce qui nous est proposé sur scène, on a du mal à voir en quoi le thème de l’avarice a intéressé Ludovic Lagarde.

« Pour moi ce qui définit l’avarice, c’est la production de frustration. Harpagon est un être de la rétention. Il ne fait pas circuler l’argent : il créé de la privation, puisqu’il ne donne pas à ceux qui ne auraient besoin. Il bloque le don, la générosité, l’amour » (L. Lagarde)

Cette absence d’originalité dans le fond  se reflète passablement dans la forme et la scénographie actualisée proposée. Ici, point de costumes à rubans ni d’intérieurs bourgeois mais des personnages qui évoluent dans un entrepôt rempli (puis, progressivement, vidé), de caisses pleines de marchandises. On comprend l’idée : Harpagon entasse ses richesses mais sans en profiter et son avarice fait progressivement le vide autour de lui, les choses mais aussi les gens s’éloignent. Toutefois, au-delà d’illustrer littéralement ce que le texte dit déjà très bien, la pertinence de la réactualisation n’apparait pas.

Une fin magnifique

Néanmoins, toutes ses réserves sont presque oubliées lors de la scène finale, absolument magnifique. Sans trop en dire, ce passage est le seul qui propose un effet visuel non seulement beau mais aussi original.

Magnifique Poitrenaux (c) Pascal Gély

 

S’affranchissant des dernières scènes passablement inintéressantes du texte de Molière, Ludovic Lagarde nous fait directement passer au tout dernier moment dans lequel Harpagon reste seul avec son argent …le metteur en scène le fait demeurer seul en scène baignant et se recouvrant de son or: à la fois très bling et très sombre… et plus vraiment sympathique. Et alors ?


Informations pratiques : jusqu’au 30 juin au Théâtre de l’Odéon (Paris, 6ème) http://www.theatre-odeon.eu/fr/saison-2017-2018/spectacles/lavare

Chloë Braz-Vieira

Rédactrice en chef de la rubrique art. Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

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