« Il était une fois demain », dans les yeux de Boris Wilensky

À 44 ans, Boris Wilensky, photographe passionné, a parcouru de nombreux kilomètres. Avide de rencontres et de diversité, son regard s’est posé sur Tokyo, avant et après Fukushima. Dix ans de voyages et 15 000 photos plus tard, Hurban Vortex est né. Rencontre avec un artiste hors les murs.

Originaire de Saint-Nazaire, Boris Wilensky avoue qu’il était « tout sauf destiné à la photographie. » Cette rencontre inattendue, il l’a faite lors de ses nombreux voyages. « Depuis plus de dix ans, je voyage de pays en pays », confie-t-il. Son fil conducteur ? Le cinéma. À chaque voyage, un film l’inspire. Va, vis, et deviens, l’emmène en Israël et en Palestine, La cité de Dieu, au Brésil et Lost in translation, au Japon où il connaît ses premiers émois pour la photographie.

À tête reposée, après ces divers voyages, il confie : « Je voyageais toujours seul et en sac à dos. Je me sentais un peu comme un gosse, en émerveillement constant face à tout ce qui m’entourait : les odeurs, les saveurs, les cultures… Quand on est seul, on est obligé de se tourner vers les autres. »

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« Je me suis retrouvé à photographier mes idoles »

Au début de ses périples, Boris se contentait de « prendre des clichés avec un petit appareil photo jetable. » Puis au fil du temps, il commence à se prendre au jeu, et s’éprend pour la photo. En 2008, une amie, touchée par son travail, lui propose d’exposer dans un petit café du 2ème arrondissement de Paris. « Je pensais que c’était ma seule et unique chance de faire une expo. J’ai préparé ça comme un dingue. J’angoissais, je n’avais aucune idée du résultat que ça allait donner », résume-t-il.

Ce soir-là, il rencontre quelques personnes travaillant pour un label de musique. Ces derniers l’interrogent « Tu fais quoi la semaine prochaine ? » et l’emmènent dans son univers musical fétiche : le hip-hop. « J’ai fait divers portraits de stars du hip-hop. C’était une très belle expérience. Je me suis retrouvé à photographier mes idoles. » Oxmo Puccino, Kool Shen, Kerry James, IAM… « Au total, on a dû faire 26 heures de shooting. »

À partir de cet instant, Boris conçoit ses voyages et ses photos non plus comme du tourisme, mais comme de la photographie, un art, à part entière. Quelques shootings de people par-ci, des plateaux ciné par-là… Il se cherche, et finit par comprendre. « Ce qui me plaît, c’est l’humain. Au fil de mes rencontres, j’ai voulu choper une parcelle de leur humanité, et la retranscrire. »

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Lumière, sourire, décombre et regard profond

L’Asie devient vite son continent privilégié dans l’élaboration et la construction de son œuvre. Le projet, qu’il intitule Hurban Vortex, naît de deux voyages au Japon, avant, puis après la catastrophe nucléaire de Fukushima. En 2009, il découvre Tokyo et y pose son regard. « Cette ville aux milles lumières 24h sur 24, dans l’excès total, entre vie et intensité, a été en quelque sorte ma muse. » Deux ans plus tard, après Fukushima il découvre une ville assombrie, « au sens propre comme figuré. Dès 22h, plus aucune lumière n’éclairait la ville, les Japonais commençaient pour la première fois à se soucier de l’environnement, du climat, à manifester. »

Dans son travail, Boris fait appel à une technique particulière : la surimpression, « c’est-à-dire quand on met en parallèle deux photos, l’une sur l’autre. » En observant ses photos, on capte l’évolution de la « ville lumière », jusqu’à sa dégringolade. D’un visage souriant ou absorbé par l’écran de son téléphone, on passe à un visage vieilli par la douleur du temps, ridé, le regard creux et empreint d’émotions. En arrière-plan, les décombres des grandes maisons et des hautes tours, réduites à néant, jonchent le sol.

Dans cette vision qui peut paraître pessimiste, Boris fait appel à un signe, tout simple, pour réveiller une lueur d’espoir : la lumière. Cachée dans un lampadaire en fond au loin, ou dans les reflets des grosses lunettes fissurées que portent ces modèles. Elle revient sans arrêt. Il convient à chacun de l’interpréter comme bon lui semble : un reflet de leur passé ? Ou une lueur vers l’avenir ? L’artiste questionne, et se contente d’exposer, pour susciter une réflexion sur une thématique connu de tous : l’environnement.

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Origins, Collapse, Post

Dans son bouquin, intitulé Hurban Vortex « un mix entre urbanité et humanité », le photographe décline ses œuvres en trois phases distinctes. Dans Origins, les photos transmettent l’image actuelle de Tokyo, on y voit l’enfance, la ville, la musique, la vitesse, « tout est en mouvement constant. »

La deuxième phase de son travail, intitulée Collapse, porte sur l’effondrement. « Je voulais montrer la ville sous un autre angle, détruite, elle dévore peu à peu l’humanité. » Chacun de ses modèles y porte des lunettes rondes opaques, parfois cassées et un masque à gaz. « En perdant le regard du modèle, cela retranscrit le vide qu’a engendré cette catastrophe chez les habitants. »

« Pour moi, la photo, c’est comme un texte de rap, on a un message à passer, à faire entendre »

Si le photographe admet la dureté de ses clichés, il souhaite avant tout interpeller. « Je ne suis pas militant au quotidien, mais dans mon travail, oui. Pour moi la photographie, c’est comme un texte de rap. On a un message à passer, à faire entendre. » Boris admet « l’idée n’est pas de transmettre un point de vue objectif. Chaque photographe fait à sa façon, c’est toujours très personnel. »

La dernière étape de son œuvre, Post, essaie d’apporter une touche d’espoir parmi les décombres des bâtiments et les visages cernés qu’il a photographié. « Ici, la ville vient manger le quartier populaire de Shanghai. Mais l’humanité reprend le dessus à travers le regard illuminé des habitants. »

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Ce projet, cela fait maintenant trois ans qu’il le porte. Six mois sur place, plus de 15 000 clichés et l’aide de son assistant Chan Makara, lui ont permis d’arriver à maturation. Désormais, Boris se démène pour faire connaître son travail. Jusqu’au 22 avril, il expose ses clichés, dans l’exposition qu’il a intitulé Il était une fois demain, au 4, place Jussieu, dans le campus, galerie la Passerelle, à Paris. Entrée libre.

Plus d’informations sur le site de Boris Wilensky.