Le Mondial du tatouage 2017 entre tradition et universalité de l’encrage des corps

Il n’existe pas vraiment de patrie du tatouage et pour cause : aucun pays ne peut être considéré comme son seul berceau. Chaque style est historiquement  rattaché à une culture précise et ne saurait se confondre avec les autres. Pourtant ils témoignent tous d’un certain rapport au corps mis en valeur et non pas dissimulé, et surtout l’imprègnent d’une symbolique éminemment artistique. C’est au Mondial du tatouage 2017, représentatif de ce qui se fait actuellement en matière de conventions, que l’on a vu le plus significatif des mélanges entre respect des traditions géographiques et partage universel du tatouage.

Affiche officielle du Mondial du tatouage 2017

 

Le Mondial du tatouage, qui a lieu régulièrement à La Villette depuis 1999, a ainsi une fois encore affirmé son attachement à la transversalité de cette pratique artistique. Lors des 3, 4 et 5 mars 2017, ce sont 420 tatoueurs venus du monde entier qui sont venus installer leurs stands et présenter leur passion et leur savoir-faire par des réalisations éclectiques. Les places sont chères et, pour obtenir leur entrée dans cette convention renommée, les tatoueurs doivent se faire remarquer entre toutes les nationalités présentes ; plus de 40 pays ont ainsi été représentés, et parmi elles la France bien sûr, avec 90 artistes.

Avec de tels chiffres, le mot d’ordre semble être celui de “diversité”, bien présent dans la multiplicité des styles qu’on y a retrouvé ; du traditionnel intégral japonais au kawaii tout en passant par des designs très graphiques et presque abstraits, tous les clients et autres curieux de passage ont pu y trouver leur compte. Et cela se retrouve aussi dans les prix décernés durant ce week-end, qui honorent régulièrement des réalisations que l’on ne classe pas par technique – ce serait trop réducteur – mais selon des critères de taille et de couleur : petits, larges, dos et “best of day“, en noir et blanc ou en couleurs, sont autant de catégories objectives qui laissent place à la créativité et à la personnalité des artistes.

Second Best of the Day du vendredi, par Debora Cherrys – Photo : Debora Cherrys

 

Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas uniquement mis en concurrence, mais participent à des collaborations artistiques. Cette année, la culture japonaise fut en effet mise à l’honneur à travers la réalisation de cerfs-volants japonais peints par des grands noms du tatouage (le Kintaro Kite Project) qui ont pris à cœur de coller au thème malgré des origines géographiques bien différentes. Les prix accordés aux gagnants des concours signalent aussi un certain attachement à la tradition en prenant la forme de “Builders”, les toutes premières machines à tatouer mécaniques. Le souci du détail et de la qualité de ces objets sont particulièrement significatifs : en référence à la sonnette d’Edison, ce sont vingt-cinq mécanismes d’époque qui ont été assemblés à la cloche ciselée et incorporés à des bois d’essences différentes selon le rang du gagnant. L’artisanat conserve ainsi une place d’honneur dans ce monde du tatouage que les effets de mode occidentaux – inspirations maori, lettrage kitsch et mini-pièces – pourraient menacer de ridicule.

L’événement affiche aussi un certain intérêt pour des causes en apparence bien éloignées ; la présence de Sea Shepherd, organisation internationale à but non lucratif de conservation de la faune et de la flore marine, mais aussi de l’association Team Galgo, qui lève des fonds pour un refuge espagnols pour les lévriers maltraités, montre un certain souci universaliste et humanitaire de la communauté des tatoueurs et des tatoués. Huit tatoueurs ont ainsi gracieusement réalisé des dessins en rapport avec ces pauvres “galgos” qui, une fois vendus sous la forme de prints pendant le Mondial, ont permis de lever des fonds bien utiles. On voit ainsi se profiler cette tendance humaniste et solidaire qui semble imprégner l’ambiance du Mondial : au fil des déambulations parmi les stands, vous pourrez être sûr que personne ne viendra critiquer votre apparence ou quoi que ce soit d’autre. Ici, pas de jugement, tout le monde est accepté dans ce qui constituait auparavant une frange renégate de la société.

Visuel de La Team Galgos

 

Le Mondial du tatouage 2017 a donc offert quelques surprises quant à son contenu périphérique bien éclectique. Mais si l’on creuse ce qu’il se cache derrière cette volonté d’accueillir des projets tout aussi différents que la customisation de chaussures ou l’aide financière pour des animaux du monde entier, on retrouve bel et bien le sens que Tin-Tin, son organisateur renommé, donne à cette convention internationale : la “convivialité” tout comme la “découverte”, selon lui, ont une place centrale dans cet univers qui a pour cœur, rappelons-le, le rapport entre les hommes et leurs différentes cultures.

 

Emma Henning

Aime la culture, TOUTE la culture, et l'anonymat. Pas facile d'en faire une biographie, dans ce cas. Rédactrice et Secrétaire de Rédaction pour Maze. Bonne lecture !

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