Agendart – Voyage entre Troie et la Corée

Un dimanche sur deux, la rédaction vous propose une sélection événements culturels à ne pas manquer. Au programme, deux installations, du théâtre et de l’opéra…

Installation –  « Branco Luz » de Joana Vasconcelos au Bon Marché 

Après avoir été invitée au Château de Versailles en 2012, l’artiste portugaise Joana Vasconcelos investit un autre type de temple parisien : le Bon Marché. C’est dans ce haut lieu de la consommation de luxe que la plasticienne a installé sa dernière « valkyrie » en date. La sculpture symbole de la féminité, forme récurrente chez Vasconcelos puisqu’on a déjà pu admirer une version dorée à Versailles justement, se déploie gigantesque au-dessus des parfums et chaussures et s’entremêle aux escalators de la galerie marchande. Baptisée Simone en hommage à Simone Veil et Simone de Beauvoir, cette valkyrie a été réalisée sur commande du Bon marché qui n’avait qu’une exigence : qu’elle soit entièrement blanche. Mêler art et consommation de luxe, un exemple de ce que l’art contemporain a de plus hypocrite ? Pour Joana Vasconcelos, rien de plus faux. L’artiste fait le pari de la complexité des clients du Bon Marché (et des êtres humains en général) et estime qu’on peut tout à fait être consommateur à 12h et amateur sincère d’art à 14h. Mieux, on peut même aller au Bon marché admirer son travail et repartir sans rien acheter !

Jusqu’au 17 février au Bon Marché, 24 rue de sèvres, Paris. Entrée libre. 

Théâtre – La réunification des deux Corées 

Grand succès lors de sa création en 2013 à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, la pièce de Joël Pommerat revient au Théâtre des Amandiers de Nanterre jusqu’au 17 février. On retrouve presque tout, les costumes (un peu passés depuis), les inventifs jeux de lumière, les intermèdes musicaux poétiques et le dispositif bifrontal au milieu duquel la vingtaine de saynètes censées évoquer l’amour et ses déboires vont se dérouler. Pas question d’essai nucléaire ou de Kim Jong Un ici donc mais d’une tentative d’exploration et d’épuisement de la complexité du sentiment amoureux entre deux êtres (ou plus). Comme dans une bonne boîte de Célébrations, on ne peut toutefois pas aimer les vingts bonbons proposés:  trop de fragments reposent sur une vision erronée ou hystérique de l’amour, généralement confondu avec la haine, la passion ou la jalousie. Mais les quelques scènes où le sentiment amoureux prend la forme du désir frémissant (la fête foraine et les auto-tamponneuses) ou du souvenir du quotidien (la discussion entre un homme et son épouse amnésique) touchent très juste et émeuvent. Parfois, les deux Corées font la paix.

Crédit: Elizabeth Carecchio

La réunification des deux Corées de Joël Pommerat. Jusqu’au 17 février au Théâtre des Amandiers de Nanterre (RER A « Nanterre Préfecture »). Durée: 1h50. Informations et réservations:  http://www.nanterre-amandiers.com 

Installation- Une cabane géante à découvrir en plein Paris

Jusqu’au 6 avril, une cabane géante s’installe au MAIF Social Club, en plein coeur de Paris. Imaginée par l’agence d’architecture Michele et Miquel, l’installation « Dans les arbres, une cabane habitée » invite chacun à construire, découvrir, arpenter les lieux comme un habitat de demain pour répondre aux nouveaux besoins. Une expérience immersive qui questionne nos modes de vie urbains actuels à travers un parcours ludique. Entre les branches, le visiteur découvre de nombreuses activités : s’habiller, bricoler, « musiquer », se détendre, se rassembler, « se beauter», méditer sont autant de possibilités ouvertes aux curieux. Petits et grands s’y retrouvent, il est possible de jouer dans un coin, lire dans l’autre. Dès la semaine prochaine, les lieux s’animeront. Performances, créations in situ, débats d’idées et ateliers sont à découvrir en accès libre jusqu’au 6 avril. 

La cabane de l’agence Michele et Miquel
Crédit: Michele&Miquel

MAIF SOCIAL CLUB, 37 rue de Turenne, Paris – ouvert le lundi et samedi de 10h à 19h et du mardi au vendredi de 10h à 20h30 

Opéra – Les Troyens à l’Opéra Bastille et sur ArteConcert

Pour célébrer ses 350 ans et les 30 ans de l’Opéra Bastille, l’Opéra National de Paris s’est fait un beau cadeau à lui-même (et à ses spectateurs) avec la commande d’une nouvelle mise en scène des Troyens de Berlioz au russe Dmitri Tcherniakov. Le metteur en scène qui s’est déjà brillamment illustré sur Iolanta/Casse-Noisette de Tchaikovski (repris à l’Opéra Garnier en mai prochain) et sur Carmen de Bizet au Festival d’Aix en Provence en 2017, livre ici une nouvelle réussite. Le mythe archi-connu de la ville de Troie est transposé dans un décor léché évoquant une société post-soviétique, entre lambris et béton, et un hospice aux airs d’hôpital psychiatrique. Dans cette vision revisitée, pas de cheval mais une Cassandre prophète de malheur qui défile sur les chaînes d’informations en continu en demeurant toujours aussi incomprise. Comme à son habitude, Tcherniakov se distingue par son attention aux détails et à la direction d’acteurs et livre une relecture passionnante de l’oeuvre de Berlioz. Joyeux anniversaire !

Les Troyens – Crédit : Vincent Pontet
Chloë Braz-Vieira

Rédactrice en chef de la rubrique art. Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

1 commentaire
  1. Concernant le bijou théâtral de Pommerat avec La réunification des deux corées. L’amour n’est elle pas la mère de la passion, de la haine, de la jalousie ?Votre jugement sur la « vision erronée de l’amour » me paraît bien abrupte pour parler d’un texte qui sonde au plus profond les relations entre les êtres autour du sujet amoureux. Et vous avez là des acteurs d’une justesse magistrale au service d’un texte magnifique. Autre chose qu’une vulgaire boite de « Célébrations »…

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