« Saigon », d’une douce douleur

Saigon se joue jusqu’au 10 février aux ateliers Berthier de l’Odéon, porte de Clichy après le Festival d’Avignon 2017. Mise en scène par Caroline Guiela N’guyen, fille de Viet Kieu, cette pièce de 3h15 explore les blessures cachées de personnages dont le Vietnam a occupé une place particulière dans leur trajectoire de vie.

Un douce douleur…

“Douce douleur”, car elle est enrobée dans des couleur bleues, roses, aux tonalités de bonbon. Ce choix d’esthétique semble répondre à la question “comment une douleur si grande, si importante, peut-elle se banaliser ?”. La douleur d’un exil saisit donc le public d’emblée, par la voix off féminine française, un peu triste, nacrée d’un accent viêtnamien. On apprécie d’ailleurs cet ensemble hétéroclite de comédien-ne-s. Un exil qui s’installe, insidieux, dans la vie des personnages, de Saigon à Paris, avec l’ombre de la guerre du Vietnam qui plane sur les repas quotidiens. Attention, cet enveloppement dans une ambiance lisse mêlée à une intrigue qui ne comporte pas réellement de coup d’éclat (on s’attend aux révélations qui sont faites) peut se confondre avec une longueur pesante de la pièce.

…mêlée à l’esthétique du quotidien

La conclusion musicale d’une mélancolie qui prend au cœur sans ménager se joue sur la chanson “Je vivrai pour deux” de Sylvie Vartan, dont la torpeur étrange ramène à l’esthétique du karaoké, élément topique de la culture et du quotidien asiatique. Le quotidien est d’ailleurs un des fils rouges de la pièce, qui, même si elles touchent aux grandes douleurs métaphysiques de l’être humain – exil, douleur, jalousie, abandon, deuil, ignorance, solitude, isolement, attente – s’insère dans le cadre d’un humble restaurant. La recette du Thit kho (le porc au caramel) est donnée dans le carnet de la pièce et la cuisine, réelle, fait du spectacle, grâce à sa scénographie, une expérience olfactive si tant est qu’on se situe vers les premiers rangs. Réjouissant de se rendre compte que le théâtre est et demeure bien souvent un art vivant et total. On songe alors à l’épiphonème de Céline :

C’est par les odeurs que finissent les êtres, les pays et les choses. Toutes les aventures se finissent par le nez.

Même épiphonème qui tombe exactement au bon moment, extrêmement bien millimétré au niveau du timing, cette clausule conclusive, vient résonner en tête une fois la pièce finie.

C’est comme cela que les souvenirs se racontent au Viêtnam, avec beaucoup de larmes.

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Jusqu’au 10 février aux ateliers Berthiers, Odéon, Paris.
21 -23 février au CDN de Normandie, Rouen.
6-9 mars au CDN de Bourgogne, Dijon.
4-7 avril au théâtre de la Croix-Rousse, Lyon.
13-15 avril au Schaubühne, Berlin.
25-26 avril, CDN de Franche-Comté, Besançon.
15-18 mai, Théâtre National de Bretagne, Rennes.
29 mai-2 juin, Théâtre Olympia, CDN de Tours.
7-8 juin, Festival Theater Formen, Braunschweig.
13-14 juin, Holland Festival, Amsterdam.
23-24 juin, Poly Théâtre, Beijing.
29-30 juin, Oriental Arts Center, Shanghai. 

Hortense Raynal

Rédactrice Maze Magazine. Passée par Le Monde des Livres.

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