Entre « gilets jaunes » et journalistes, la confiance est brisée

En même temps que leur colère, la méfiance des « gilets jaunes » envers les journalistes s’est intensifiée. Facebook, qui a vu naître le mouvement, expose la vérité de chacun et rassemble de nombreuses fausses informations.

Depuis le 17 novembre, des milliers de Français se mobilisent pour protester contre la baisse du pouvoir d’achat et les mesures mises en place par le gouvernement d’Edouard Philippe qui l’impactent. C’est l’annonce d’une augmentation de la taxe sur le carburant, prévue pour le 1er janvier 2019, qui a été l’élément déclencheur. Concrètement, le litre d’essence coûte 4 centimes de plus et celui du diesel 7 centimes de plus. L’objectif est de rendre le diesel plus cher, car jugé plus polluant.

Cette mesure, bien que finalement annulée mardi 4 décembre, s’ajoute à de nombreuses autres. La grogne subsiste. Suppression de l’impôt sur la fortune (ISF), baisse  de l’aide pour le logement (APL) de cinq euros, autant de décisions qui font grandir la colère de ceux qui taxent Emmanuel Macron de « président des riches. » C’est une mobilisation des classes moyennes et populaires qui a lieu, celle de « la France des fins de mois difficiles », pour reprendre les termes de Jérôme Fourquet, responsable du département opinion de l’institut de sondage IFOP, sur le plateau d’Arrêt sur images. C’est une importante fraction de cette France qui exprime une profonde défiance envers les médias et qui appelle à s’en détourner.

Une crise de confiance

La crise engendrée par la mobilisation des « gilets jaunes » s’accompagne d’une exacerbation de la défiance envers le travail des journalistes et plus globalement des médias. Accusés de déformer la vérité, de caricaturer les « gilets jaunes », d’être du côté du pouvoir, les journalistes sont, au mieux, devenus une entité à éviter, au pire, devenus une cible.

Cette crise de confiance n’est pas nouvelle mais elle tend à s’amplifier. Les chaînes de télévision en continu telles que BFM TV ont perdu de leur crédibilité, accusées de ne montrer que la violence des mobilisations, notamment à Paris. Beaucoup de fausses informations circulent sur internet, presque plus crédibles que l’information des médias traditionnels. On a notamment vu que « Macron voulait vendre la France à l’ONU » ou encore que policiers et CRS jouaient le rôle d’agitateurs, sans uniforme, durant les manifestations à Paris.

Avec cette crise, on observe une volonté de nombreux Français de se détourner des médias dits traditionnels et de faire confiance à la société civile qui s’exprime sur les réseaux sociaux. Facebook est ainsi devenu l’outil principal d’information. Cependant, certains médias continuent de vérifier les fausses informations qui circulent sur internet. Parmi eux, AFP Factuel ou le service Check News de Libération. Il arrive souvent, par exemple, que des photos ou vidéos de manifestations sensées concernées les « gilets jaunes » soient en réalité issues de manifestations passées dans des pays étrangers.

La violence comme exutoire

« Je ne parviens pas à ressentir de compassion sincère pour ces journalistes. Leur niveau de corruption mentale, leurs mensonges et la désinformation qu’ils nous imposent, sont autant d’éléments qui justifient la colère. », c’est en ces termes que Sofia Chikirou, ex-directrice du Média et communicante de Jean-Luc Mélenchon (LFI), réaffirmait son hostilité envers les médias dans une publication sur Facebook datée de lundi 26 novembre. Elle faisait suite aux violences survenues à l’encontre des journalistes samedi 24 novembre (l’acte 2) lors des mobilisations des « gilets jaunes » dans toute la France.

Des journalistes de BFM TV et de CNews ont été agressés à Toulouse durant la mobilisation des « gilets jaunes » sur la place du Capitole. Alors qu’ils s’apprêtaient à réaliser un direct, ils ont d’abord été agressés verbalement puis des « gilets jaunes » ont couru dans leur direction. Maxime Sounillac et Jean-Wilfrid Forquès (BFM TV) et Jean-Luc Thomas (CNews), les journalistes concernés, ont porté plainte. Plus récemment, deux journalistes, dont une de La Voix du Nord, ont subi une grave tentative d’agression à Wingles (Pas-de-Calais) lors d’une manifestation de lycéens. L’un d’entre eux leur a envoyé une bouteille contenant de l’acide, qu’elles ont réussi à éviter.

Dans ce climat de peur et de colère, ces comportements violents ont poussé d’autres journalistes à réagir, avec le hashtag #PayeToiUnJournaliste sur les réseaux sociaux. La page Facebook rassemble notamment des témoignages d’agressions et plus généralement d’affront envers la profession. En dénonçant les agressions, ils appellent surtout à « renouer un dialogue avec les citoyens. » Car c’est là que démarre le rôle du journaliste : se faire l’écho de la parole des citoyens. De toutes les paroles. Gouvernés et gouvernants.

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