Les opioïdes : défi de santé publique aux Etats-Unis

« Avec environ 142 décès d’Américains chaque jour, les Etats-Unis subissent un nombre de morts équivalent à un 11 septembre toutes les trois semaines, » a souligné la Commission on Combating Drug Addiction and the Opioid Crisis (Commission chargée de combattre l’addiction aux drogues et la crise des opioïdes), dans son rapport intérimaire remis en mai dernier au Président Donald Trump. Quels sont ces produits ? Pourquoi parle-t-on d’urgence ? Retour sur quelques chiffres et de grands enjeux politiques.

Que sont les opioïdes ?

Les opiacés sont des substances issues de l’opium. Les plus connues sont la morphine et la codéine. Les opioïdes sont les drogues synthétiques dérivées partiellement ou totalement de l’opium et ayant des effets similaires. Les plus connues sont l’héroïne, la morphine et la méthadone. De nombreux autres médicaments contenant de l’alcaloïde, principe actif de la morphine sont également concernés. Depuis des siècles, ces substances sont utilisées par différentes civilisations dans la médecine pour leurs vertus analgésiques. On connaît également l’accoutumance et les addictions qui peuvent en résulter. Les produits prennent diverses formes : cachets, sirops, injections.

D’où viennent-ils ?

La majorité des opioïdes sont produits en Chine et dans le sud de l’Asie. Ils arrivent aux Etats-Unis par la terre ou par voie postale. Des laboratoires clandestins qui fabriquent des drogues synthétiques existent également sur le territoire américain et au Mexique. On peut les acheter dans la rue « à l’ancienne » mais aussi désormais sur internet en utilisant le « dark web » et en réglant ses achats en bitcoin.

Quel est problème ?

Dans les années 80, l’industrie pharmaceutique commence à vendre des opiacés tout en menant une campagne visant à nier les liens entre dépendance et médicaments à base d’opium. Dans les années 2000, les régulations deviennent moins strictes. Les prescriptions et la consommation d’opiacés explosent alors. Entre 1999 et 2014, selon le Centers for Disease Control (CDC), les prescriptions d’opioïdes ont quadruplé.

60 000 personnes sont mortes d’overdose de produits opioïdes en 2016 aux Etats-Unis selon les chiffres de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Les Etats-Unis consomment à eux-seuls près de 80% de la production mondiale d’opiacés. Les exemples dramatiques se multiplient : familles décimées, enfants morts d’overdose et bébés naissant en manque à cause de l’addiction de leurs mères.

Les Etats-Unis consomment à eux-seuls près de 80% de la production mondiale d’opiacés.

Les catégories de population concernées sont très diverses : ce n’est pas un problème propre aux communautés pauvres ou marginales comme l’imaginaire collectif pourrait le laisser penser. Les mères de banlieue bourgeoise, les athlètes se remettant d’une blessure, des adolescents : n’importe quelle personne ayant eu recours à un médicament pour une courte période peut développer une dépendance et tenter par la suite de se procurer encore plus de produits opioïdes.

Comment lutter contre ce fléau ?

« La crise des opioïdes est une urgence, et je le dis officiellement tout de suite c’est une urgence. C’est une urgence nationale. Nous allons passer beaucoup de temps, beaucoup d’efforts et d’argent dans la crise des opioïdes » a déclaré Donald Trump dans son discours le 8 août dernier.

L’une des premières luttes à mener est celle qui vise à empêcher les médecins et les pharmaciens de distribuer illégalement les opiacés. Mais il faut également lutter contre les individus qui trafiquent des ordonnances ou font la tournée des médecins pour se procurer des doses importantes d’opioïdes.

Mais cette lutte, démarrée par Barack Obama, n’est pas suffisante. S’ils ne peuvent plus se fournir chez les médecins et les pharmaciens, beaucoup d’accros se tournent vers le marché illégal. Le trafic de drogue illégal est également un grand chantier pour les pouvoirs publics. Le débat sur les meilleures stratégies pour éliminer le problème est encore loin d’être résolu.

Si la commission de lutte contre la dépendance aux drogues, créée par Donald Trump, a préconisé la déclaration de l’ « état d’urgence sanitaire » ce n’est pas seulement pour marquer l’importance de la crise, mais aussi pour débloquer des fonds qui permettraient de traiter la crise. Les gouverneurs des Etats tentent également de lutter contre ce fléau en prenant des initiatives à l’échelle locale. Par exemple, le gouverneur du Missouri, Eric Greitens, a lancé un programme de surveillance des prescriptions de médicaments en juillet 2017. L’efficacité de ces mesures reste cependant à vérifier dans les mois qui viennent.

Astrig Agopian

Provinciale provençale étudiante à Sciences Po Paris. Expatriée à la Missouri School of Journalism pour un an. astrig@maze.fr

1 commentaire
  1. Bonjour Madame,
    Pour votre information complémentaire sur le sujet je vous précise avoir publié en 1995 dans la revue d’évaluation sur le médicament “Dossier du Centre National d’Information sur le Médicament Hospitalier” ( le CNIMH) n°1995, XVI, 5-6 un article (pages 158 -163) intitulé Aspect psycho-affectif de la douleur dans lequel je mettais en garde les dérives de prescritions de dérivés morphiniques dans le traitement de la plainte douloureuse hors cancer et hors SIDA. J’écrivais alors: “La non prise en compte de la dimension affective et la recherched’une solution médicamenteuse expliquent, qu’au sein des structures spécialisées soinet rencontrés des pateints installés dans une dépendance médicamenteuse aux antalgiques, véritable toxicomanie iatrogène”. J’ai ailleurs (communications, enseignements et publications) insité sur ce facteur de risque. Les industriels du médicament ont certainement lu cet article à l’époque et je n’ai pas été très poulaire dans ce milieu. Ainsi, voyez-vous, ce qui était prévisible et signalé en 1995 semble devenir cosensuellement admis vingt ans après. Je n’ai fait que mon travail de médecin hospitalier, psychiatre, spécialiste des pathologies complexes. A votre disposition pour vous adresser une copie de l’article. Cordialement. Dr Mathieu DOUSSE, Paris France. mathieu.dousse@wanadoo.fr

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