La COP22 vue de l’intérieur

 

La COP22 se tenait à Marrakech du 7 au 18 novembre, en présence de représentants de plus de 200 pays. Censée aborder l’accord de Paris ainsi que d’autres enjeux cruciaux pour la préservation de notre environnement, la conférence s’est concentrée sur l’importance de l’établissement de normes et mesures pour le réchauffement climatique au-delà des discussions sur l’accord de Paris. J’ai rencontré le jeune délégué hongrois aux Nations Unies, Andras Volom, qui a participé à la conférence le temps de quelques jours.

 

Quels sont les principaux sujets qui ont été abordés à la conférence de cette année ?

Andras : Comme vous le savez, l’année dernière s’est déroulée la COP21, et cette année de fructueuses négociations ont mené à la signature de l’accord de Paris sur le climat. En novembre, la COP22 s’est beaucoup concentrée sur cet accord, bien qu’il soit extrêmement vaste et que d’autres problèmes aient été discutés. Concernant l’accord de Paris, à la suite de son adoption notamment par le Parlement Européen en octobre 2016, les pays participant à la conférence sont désormais, au-delà des négociations, entrés dans la phase de mise en place des mesures discutées. Une fois la conférence terminée, ils devront rentrer dans leur pays avec une liste de choses à mettre en place afin de respecter les objectifs de l’accord. Les délégués des différents pays ont rapporté leur progrès national et leur engagement à enrayer le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés Celsius, comme le stipule l’accord de Paris.

Les soucis environnementaux sont très larges, du coup les discussions n’ont pas uniquement porté sur l’accord, mais sur tout ce qui s’en rapporte. L’éducation des populations aux enjeux climatiques, le rôle des entreprises et de l’industrie dans la lutte contre le réchauffement global… Même si on ne s’en rend pas compte, l’environnement touche à de nombreux autres champs de la politique et de la vie quotidienne.

L’accord de Paris, tel qu’il existe aujourd’hui, est-il suffisant pour résoudre le problème du réchauffement climatique ?

La coopération internationale requise pour construire un tel texte a été fantastique. L’accord en lui-même est très bon, et il donne aux états une bonne structure pour aborder le réchauffement climatique. Mais je ne pense pas qu’il soit suffisant, sur le long terme. Aujourd’hui, nous avons cet accord qui nous aidera dans le futur, mais il faut quelque chose de plus. Par cela, j’entends qu’il faudrait plus d’engagement de la part des états afin d’éviter la croissance du réchauffement global, que ces états prennent plus de mesures et se rendent compte de la catastrophe environnementale à laquelle ils contribuent. A laquelle nous contribuons tous, malheureusement.

L’accord de Paris permettra de changer certaines choses, je l’espère, comme nos perceptions des enjeux environnementaux globaux, mais rien ne peut empêcher le réchauffement climatique. Nous ne vivons pas dans un monde statique mais dans un monde constamment en mouvement, et nous n’avons pas les capacités d’arrêter le changement climatique. Nous pouvons aider à ce qu’il soit le plus minime possible, et pour cela, nous avons besoin que les états fassent des efforts d’engagement pour l’environnement. L’accord présente un progrès indéniable en matière de lutte contre le réchauffement climatique, mais un beau texte sans engagement des nations ne risque pas de changer la donne. Il faut que chacun comprenne les enjeux et fasse de son mieux.

Comment le regard de la communauté internationale a-t-il changé envers le réchauffement climatique ?

Je crois qu’aujourd’hui les gens commencent à se rendre compte que le réchauffement climatique affecte tout le monde, ce n’est pas seulement un problème pour les partis écologistes. On réalise de plus en plus que tous les problèmes de société aujourd’hui ont une conséquence pour l’environnement, comme les migrations de masse, par exemple. Et bien que les structures européennes et internationales puissent, selon moi, se charger de la migration, il est plus difficile de résoudre le réchauffement climatique. Les gens réalisent également qu’il ne fera pas seulement un peu plus chaud, mais que cela va entraîner des mutations économiques, politiques et géopolitiques dans nos sociétés. Bien que l’idée du réchauffement climatique ne soit pas nouvelle, c’est surtout dans les dernières années que l’on prend conscience des conséquences que ça peut avoir. C’est déjà un grand avancement de reconnaître que l’on est face à un problème, et qu’on doit faire de notre mieux pour le résoudre.

Puisqu’il y a cette reconnaissance internationale du problème environnemental, comment expliquer que les partis écologistes n’aient pas plus de succès et que ces thèmes ne soient pas abordés plus que ça dans la société ?

Au niveau international, tous les pays ne sont pas touchés également par le changement climatique. Quelques pays, surtout les îles, font l’expérience du réchauffement climatique et disparaîtront sûrement dans les dizaines d’années à venir. Ces pays-là comprennent l’importance du problème. Je pense qu’au fond, la relative absence de ces problèmes sur la scène internationale est due à la dynamique générale de la politique : les politiciens veulent parler de choses qui inquiètent et intéressent la population. Dans les pays où on ne voit pas directement les effets du réchauffement climatique, les gens ne veulent pas en entendre parler, et ne souhaiteront pas non plus écouter les discours politiques sur le sujet. En politique, on parle de ce qui intéresse les gens pour maximiser ses votes, mais cela ne veut pas dire qu’on peut parler de tout ce qui est important.

Si les politiciens sont visionnaires, ils vont s’emparer des problèmes environnementaux et les discuter quand même au niveau national, mais parfois les gens ne veulent juste pas en entendre parler. Que faire de la démocratie dans ce cas ? On ne peut pas aller contre la volonté du peuple.

Quelles différences entre les pays développés et en développement ?

Les pays en développement voient le problème d’une manière totalement différente. Si bien souvent ils ne se préoccupent pas énormément de la question, ils pensent que les pays développés ont atteint leur position internationale actuelle par les processus qui ont causé le réchauffement climatique (comme l’industrialisation, par exemple). Les pays en développement veulent atteindre les mêmes critères de vie que les pays développés, ils veulent avoir les mêmes avancées en matière d’industrie, de commerces, etc. Ils veulent bien se plier aux règles internationales mais désirent sincèrement les mêmes standards de vie, et pensent souvent que ce sont les pays développés qui doivent prendre la responsabilité financière pour leur transformation de leur société (en passant par leur économie, leur production, leur industrie). Ce serait alors un moyen de réparer l’erreur des pays développés qui ont entraîné le réchauffement climatique. Mais devrait-on financer les pays en développement pour les amener aux mêmes degrés de vie que nous, sous prétexte que nous avons causé les problèmes environnementaux ?

Alors, pourquoi les gens ne sont pas intéressés par le réchauffement climatique et l’environnement ?

Le réchauffement climatique est similaire à tous les autres problèmes globaux. C’est quelque chose de loin, qu’on ne connaît pas et dont on n’a pas l’expérience. On ne ressent pas ses conséquences, et on ne sait pas à quoi ça ressemble. Dans certains pays, les gens vivent en plein conflit et ne savent même pas s’ils vont pouvoir se nourrir ; comment peuvent-ils s’occuper d’un problème qui à première vue ne les touche même pas ? Peut-on leur en vouloir ?

Dans les pays plus développés, les conséquences ne sont pas non plus très ressenties. On voit quelques personnes qui sont opposés à l’idée d’un changement climatique – ce qui est très irrationnel… Les gens ne s’en préoccupent pas puisqu’ils ne voient pas le changement et ne le ressentent pas, personne ne leur a appris ce qu’est le réchauffement climatique, et l’importance des enjeux environnementaux. La discussion qui se passe internationale sur ces enjeux ne les atteint pas. Il n’y a pas assez d’éducation. Les gens ne savent pas grand-chose, ou peuvent parler de la banquise qui fond, des gaz à effets de serre… Mais ils ne savent pas ce que ça signifie, ils ne font pas la progression logique entre l’Arctique qui fond et le niveau des mers qui augmente. Sans l’éducation appropriée, on ne croit pas que de telles choses puissent se passer. Et pourtant, la plupart des états vont se protéger d’une manière ou d’une autre contre le changement climatique, et cela est permis par l’argent du contribuable, ce même contribuable qui ne se rend pas compte de l’urgence de la situation environnementale. Les états dépensent leur argent dans des choses que le peuple ne comprend pas.

Il faudrait donc plus d’éducation au niveau national et international, pour rectifier le problème de l’ignorance ? 

C’est certain qu’il manque cruellement d’éducation dans certains pays et pour toutes sortes de population. Au niveau international, l’UNESCO fournit des structures, des directives et des recommandations pour les états sur l’éducation, la pauvreté, et le développement durable. Au niveau national, il est impératif d’intégrer ces principes de développement durable dans les programmes scolaires, afin d’éduquer la population sur les missions des Nations Unies et ce qui est important de combattre dans le monde. Il faut également penser aux personnes qui ne sont plus à l’école, les adultes ou les jeunes hors du système, et pour éviter que ces personnes-là se retrouvent sans connaissance du monde et des enjeux qui les entourent, il faut entamer des campagnes de sensibilisation sur les sujets tels que la pauvreté, l’environnement, la santé. Les politiciens ont un rôle crucial et doivent prendre cette initiative, qui sauvera peut-être la communauté internationale par le savoir. Les enjeux globaux vont changer notre futur, et nous devons tous être éduqués quant à leurs conséquences.

Selon vous, de quelle manière la jeunesse peut avoir un impact sur des enjeux globaux tels que le changement climatique, et quel est son intérêt à agir ?

Les jeunes ont un grand intérêt à prendre part dans la résolution des problèmes globaux. Nous allons vivre dans un monde qui sera affecté par ces problèmes, nous allons voir le monde du réchauffement climatique. C’est pour ça que nous devons l’aider. Notre rôle est de parler du changement climatique et d’inciter nos gouvernements à suivre les directives des Nations Unies et de la COP22 pour honorer les promesses qui ont été faites internationalement, notamment de limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius. Nous devons faire en sorte que l’éducation dans nos pays soit correcte et complète, que les populations soient sensibilisées, et que tout le monde ait un savoir même basique des problèmes environnementaux actuels. Nous devons être inclus dans le processus de décision national, surtout sur des problèmes comme le réchauffement climatique.

En tant que jeunes représentants nationaux, nous devons pousser nos gouvernements à poursuivre des objectifs plus ambitieux dans certains domaines. C’est dans notre intérêt, sinon le monde de demain ne sera pas bien. J’espère que plus de pays vont prendre l’initiative d’envoyer des jeunes représentants aux conférences telles que la COP22 et aux Nations Unies. Les générations précédentes doivent se rendre compte de l’importance de la jeunesse, et c’est ce que nous essayons de leur faire comprendre.

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