Et la jungle n’était plus (ou presque)

Le lundi 24 Octobre, l’opération de « démantèlement » de la Jungle de Calais commençait, dans le calme. Chaque jour, les habitants du camp ont été envoyés dans des camps d’accueil et d’orientation (CAO) dans toute la France, afin d’y reconstruire leur vie, en commençant par prendre soin de leur santé pour pouvoir entamer les procédures administratives visant à leur permettre de rester sur le territoire. Aujourd’hui, les autorités prétendent que cette opération est terminée, mais il est probable que ça ne soit jamais vraiment possible.

La jungle de Calais désigne le camp de migrants installé à Calais ainsi que dans les environs. Là-bas, séjournaient des migrants de toutes origines – soudanais, érythréens, syriens…-, souhaitant passer la frontière pour aller en Angleterre, ou simplement attendant, qu’un monde meilleur s’offre à eux. Ce camp de réfugiés a longtemps été source de discorde parmi les politiques français, et toujours un indignement de la part de tous. Des réfugiés, chez nous en France ? C’est une honte, dira-t-on, ou bien on entendra qu’ils n’ont rien à faire ici.

Dans le camp, les conditions de vie étaient rudes et dégradantes humainement pour les personnes y vivant (on comprend alors mieux le terme de jungle, là où les animaux vivent, et non les humains). Alors, il a été décidé que le camp serait évacué – en février 2016, et cela n’a pas marché. Trop de violences, pas assez de solutions ? Une simple évacuation, en somme. En octobre 2016, l’opération aura été un « succès », peut-être parce qu’on y avait plus réfléchi.

Cette fois-ci, les migrants, pendant une période de quelques jours, ont été acheminés par bus dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO) dans toute la France, où ils pourraient alors entamer les procédures afin de pouvoir séjourner sur le territoire français. Des milliers de migrants sont partis dans toute la France, et il a été déclaré par le préfet du Nord-Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, que le camp était désormais vide et la jungle, oubliée. François Hollande a quant à lui exprimé son souhait qu’il n’y ait plus jamais de camp de migrants en France, semblant ignorer le fait qu’un autre camp est installé en plein cœur de Paris à Stalingrad.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. La honte et l’indignement n’ont pas mis fin à la crise des réfugiés. Chaque jour, des dizaines d’entre eux continuent d’affluer à Calais et dans les environs, dans l’espoir de pouvoir partir en Angleterre. Les mineurs non-accompagnés sont toujours dans le camp, puisqu’ils ont la possibilité de partir en Angleterre, qui a fermé ses frontières à tous les autres. De nombreux réfugiés sont restés dans la jungle, avec l’espoir de gagner l’Angleterre. Mais elle ne veut pas d’eux.

Dire que la jungle n’existe plus n’est pas suffisant pour la faire disparaître totalement : cela n’arrivera pas tant que le problème sous-jacent ne sera pas résolu, celui des pays qui persécutent leurs habitants au point de les faire s’exiler. Ces conflits internes sont la raison pour laquelle Calais représentait tant la misère. Ce qui n’est pas résolu non plus, c’est la question de ces migrants dans les CAO, que vont-ils devenir ? Admettons qu’ils aient la permission de rester en France, que se passe-t-il, une aide d’Etat pour leur trouver du travail et favoriser leur insertion dans la société ? Et si cette permission leur est refusée, ils retournent à la misère de la jungle ou de leur pays ? Dans le premier cas, la France tombe aux mains des extrémistes qui « n’en veulent pas », et dans le deuxième, elle peut cesser de se prendre pour un pays défendeur des droits de l’Homme ; peut-être ceux-ci sont nés dans notre pays, mais cette occasion marquera leur disparition.

La jungle de Calais pose de nombreuses questions et de nombreux défis à la France : le futur des réfugiés mais le nôtre également. Comment nous allons nous définir par rapport à cette crise qui touche l’Europe et le monde entier ? Allons-nous continuer de fermer les yeux tous ensemble, ou bien allons-nous agir ? Ce camp représente l’échec européen, de n’avoir pu surmonter les vagues de personnes désespérées fuyant la violence, la faim et la misère au Moyen-Orient et en Afrique. Le continent n’a toujours pas trouvé d’accord ou de position commune quant à cette crise.

Certes, peut-être que d’ici à quelques semaines, les plus larges groupes de migrants auront été évacués de la jungle. Peut-être que certains d’entre eux auront l’autorisation de rester en France et d’y construire leur nouvelle vie. Mais combien d’entre eux se retrouveront dans quelques mois, quelques années, dans une situation similaire, où rien ne s’est jamais amélioré pour eux, et où finalement la perspective de retourner dans leur pays détruit est aussi réjouissante que de se tourner vers un continent qui ne fait rien pour les aider ? Tout cela parce que nous avons été incapables de trouver une solution aux problèmes qui les accable. Même la fin de Calais ne signifie pas la fin de la crise des réfugiés, il est temps de s’en rendre compte. Rien n’est encore résolu.