Parlez moi d’asso #4 – Le Genepi, une association menacée d’extinction

Militante et engagée, le Genepi, association étudiante œuvrant pour le décloisonnement des prisons, a appris le 20 septembre la suppression des 50 000 euros de subventions annuelles qui lui étaient allouées par l’administration pénitentiaire depuis sa création il y a quarante-deux ans.

Comptant 900 bénévoles dans 39 groupes locaux, le Genepi est aujourd’hui un poids lourd dans le monde associatif carcéral. Eva Ramillien, déléguée régionale Auvergne-Rhône-Alpes, a accepté de nous présenter l’association et de s’exprimer sur la récente décision de la direction de l’administration pénitentiaire.

Dans quel contexte et comment est venue l’idée de créer l’association ?

Dans les années 70, lors de la campagne présidentielle, il y a eu un gros contexte de rébellion et de mutinerie dans les prisons. Les détenus étaient en révolte, ils ont fait des grèves de la faim, des prises d’otages. Les institutions carcérales françaises connaissaient une période de troubles qui a même mené à des morts. A l’issue de ces élections, c’est Valéry Giscard d’Estaing qui est élu. Il a été l’un des premiers présidents à se rendre en prison. Surtout, le premier à serrer la main de détenus, ce qui a permis d’apaiser les tensions. Il a par ailleurs décidé de se faire seconder sur la question des prisons par Lionel Stoleru, qui a fondé le Genepi en 1976. Son idée était de faire rentrer des étudiants en prison dans le but de tendre la main à ceux qui n’avaient plus rien.

Comment définiriez-vous le Genepi et quelles sont ses missions ?

Nous sommes une association étudiante nationale qui lutte pour le décloisonnement des institutions carcérales. Notre mission est d’ouvrir les portes de la prison vers l’extérieur. On tente de créer du lien entre les personnes détenues, les bénévoles, et surtout la société civile. On se rend en détention pour faire des activités avec les personnes détenues, ça peut être du socio-culturel ou encore du soutien scolaire. Il s’agit d’une horizontalité totale, tout le monde apporte quelque chose. Mais aussi, on se sert de ces actions en prison pour parler de ce qu’il s’y passe, de ce que l’on voit. On en parle à la société civile et on casse les préjugés du type “ils sont nourris, logés, blanchis“. On a un devoir de témoignage essentiel, c’est d’ailleurs notre mission principale et on est une des rares associations à le revendiquer.

La direction de l’administration  pénitentiaire (DAP) a décidé de suspendre, à la rentrée 2018, les subventions qui vous sont allouées depuis votre création. Pour quelles raisons selon vous ?

Il y a une raison principale, c’est une sanction politique. C’est d’ailleurs ce qu’a dit la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, au micro de France Inter. Nos choix politiques sont à l’origine de cette décision. On a un devoir de témoignage qui prend de plus en plus de place. En effet, depuis 1981, le Genepi prend position sur des sujets. On utilise le terme “radical”, c’est-à-dire qu’on n’hésite plus à communiquer. Par exemple, des groupes locaux ont décidé de ne plus intervenir en raison des fouilles à nu systématiques à la sortie des ateliers. C’est cela que l’on nous reproche : de trop communiquer, de trop user de ce devoir de témoignage. Cependant, dans la convention avec l’administration pénitentiaire, on parle de liberté d’expression, ce qui fait défaut aujourd’hui.

Quel(s) impact(s) a déjà ou va avoir la décision de la DAP sur votre activité ?

Le premier, c’est la fermeture de l’accès aux prisons. On peine de plus en plus, on nous ferme la porte à cause de cette suppression. Depuis le 20 septembre, une trentaine de prisons nous ont déjà refusé l’accès. Le deuxième impact, c’est plus sur un plan moyen ou long terme. Nous perdons 50 000 euros et risquons de perdre d’autres subventions. On peut se poser la question du contexte financier de l’association et comment elle va survivre. Il y a quatre salariés et dix-huit services civiques. Sans argent, l’association telle qu’elle est aujourd’hui, notamment auto-formée, ne pourra certainement plus exister. Sans ces subventions, c’est l’arrêt de la transmission de savoir. On ne sait pas ce qu’il adviendra. Tout ce que nous demandons c’est que la Garde des Sceaux annule cette décision et remette en place la convention.

 

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