La sorcellerie moderne : entre effet de mode, engagement politique et spiritualité

Depuis septembre, les sorcières font leur grand retour en France dans le monde médiatique. Un come-back qui semble en dire long sur les questions de société aujourd’hui au cœur du débat.

Vous ne l’aurez certainement pas manqué, la sortie de Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet, journaliste et autrice, a récemment eu un fort retentissement sur les réseaux sociaux et plus largement sur internet. Un véritable pavé dans la mare qui semble faire se multiplier de jours en jours une communauté de sorcières modernes qui était déjà bien développée depuis quelques mois déjà.

Un  retour en force à l’écran

Cet engouement pour les sorcières et tout l’imaginaire qui les entoure n’a évidemment pas échappé aux showrunners. Comme dans une volonté de surfer sur la mode des sorcières, les séries traitant de la question ont refait surface. On pense notamment au reboot de Charmed, ou encore celui de Sabrina la Sorcière. Deux séries à succès dans les années 1990 qui se voient ici remises au goût du jour, s’imprégnant des questions de sociétés actuelles. Dans ces deux séries ou encore dans la dernière saison d’American Horror Story actuellement en cours de diffusion, ce sont des sorcières profondément indépendantes et fortes que l’on essaye de nous présenter avec plus ou moins de succès. Une nouvelle esthétique stéréotypée de la sorcière montrée à l’écran au ralenti, les cheveux aux vents, accompagnée de ses sœurs de convent.

La palme de l’opportunisme revient à American Horror Story qui parvient à recycler les sorcières sur lesquelles ils avaient déjà réalisé une saison complète en 2013. Coïncidence ? On en doute.

La sorcière, figure politique

On se souvient en février 2017 l’appelle faites aux sorcières du monde entier à jeter toutes ensemble un sort contre le président américain. Réunies sous les mots-dièse #BindTrump et #MagicResistance, elles se réunissent tous les mois depuis l’élection de Donald Trump pour souhaiter sa destitution. Un mouvement bien à part, rarement pris au sérieux, qui cache en réalité un engagement politique. La sorcière moderne incarne des valeurs féministes, écologiques et politiques fortes. Émancipatrices, elles se veulent également défenseuses de la cause des minorités LGBTQ+ et soutiennent le mouvement Black Lives Matters.

Witches against Donald Trump – ©YourTango

Des minorités bien trop souvent reniées et critiquées par le président à la mèche jaunâtre. La figure de la sorcière prend donc un tout autre visage que celui que nous connaissons si bien dans la pop culture. Une figure proche de la vision qu’en avaient les féministes italiennes dans les années 1970 lorsqu’elles annonçaient leur volonté de transgresser les règles établies sous le slogan « Tremate, tremate, le streghe son tornate » que l’on traduirait par : « Tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour ». Un slogan d’actualité, vous en conviendrez.

Une diversité des pratiques

Oubliez balais et chaudron magique, les sorcières modernes, ce n’est pas tout à fait ça. Si certaines utilisent de la sauge, des cristaux ou pratiquent les runes, il semblerait qu’une partie d’entre elles voient derrière l’appellation « sorcière » une façon de se définir en tant que femme. Une façon de se voir dans une continuité, dans une filiation, une sororité de femmes indépendantes. Pour la plupart d’entre elles, la sorcière est une figure subversive qui incarnent ceux à quoi aspirent les femmes aujourd’hui : la liberté, l’indépendance. Mais ne vous méprenez-pas, il n’y a pas de définition essentielle de ce qu’est la sorcière moderne. Il y a plutôt des sorcières modernes.

La sorcière est une figure subversive qui incarnent ceux à quoi aspirent les femmes aujourd’hui : la liberté, l’indépendance.

Les courants de sorcellerie ne manquent pas : le green witchcraft, le chaos magic, et bien d’autres. Les sorcières modernes peuplent internet et notamment Instagram où elles se réunissent sous le mot-dièse #witchofinstagram, déjà présent sous plus de 12.000 publications.

Là encore les esthétiques sont variées et des grands comptes de sorcières d’aujourdh’ui ont beaucoup de succès comme ceux de Thehoodwitch ou encore celui de Fay Nowitz. Deux comptes qui nous montrent bien la diversité des courants, des esthétiques et des représentations existantes de la sorcière.

Être une sorcière moderne, ça veut dire quoi ?

Pour tenter de répondre à cette question épineuse, deux pratiquantes on accepté de nous donner leur propre vision de la sorcellerie moderne. Témoignages.

Recherche d’indépendance et connexion avec le monde

S. tient le blog La Nuit / La Nuit et s’intéresse à l’ésotérisme depuis à peu près 15 ans. Toujours un peu sorcière au fond de son cœur, elle ne l’a jamais revendiqué publiquement. C’est pour elle un chemin personnel, une forme de développement personnel et spirituel : « depuis peu c’est vrai que la spiritualité et l’occulte sont de plus en plus présents. Un effet de mode ? Le besoin de se rapprocher d’une spiritualité ? Aucune idée. Je suis juste ravie de voir cet engouement ! » 

Mais au-delà des pratiques dites classiques, être une sorcière moderne c’est aussi vivre avec son temps pour S. « Le plus important c’est de ne pas se limiter à allumer une bougie. C’est tellement passionnant de voir le monde qui nous entoure autrement ou d’apprendre à mieux se connaître. Être une sorcière moderne c’est aussi être une femme indépendante, comme celles mises en avant dans le dernier essai publié par Mona Chollet. Mais pour moi, la modernité passe aussi par la technologie ! J’utilise des applications, je partage sur mon blog et les réseaux sociaux. »

« Être une sorcière moderne c’est aussi être une femme indépendante, comme celles mises en avant dans le dernier essai publié par Mona Chollet » – S.

Reconnexion avec la nature et bien-être

Dans sa biographie Twitter, on peut lire de @lunatrixls qu’elle se considère comme une « Green witch ». Sur son site, Koresponea, elle se propose « de mettre [sa] pratique du tarot divinatoire au service du bien-être de ceux et celles qui ont besoin de guidance. » Elle se donne donc pour mission de guider les autres mais c’est aussi pour elle un mode de vie à part entière. Ce qui s’implique au bien-être des autres s’applique donc aussi à elle.

©Korespoena.com
©Korespoena.com

« Être une sorcière ça veut dire être consciente du pouvoir de l’univers et de la nature et savoir écouter et recevoir leurs messages. C’est aussi utiliser les énergies environnantes pour améliorer notre vie et celle des autres. La sorcellerie c’est avant tout une question de spiritualité et de croyances, mais c’est aussi reprendre le contrôle et le pouvoir sur nos vies en s’ancrant dans l’instant présent et en se reconnectant à des traditions plus primitives et non polluées par l’humain. »

« Être une sorcière ça veut dire être consciente du pouvoir de l’univers et de la nature et savoir écouter et recevoir leurs messages » – @lunatrixls

Une vision très rousseauiste de la vie où le monde pollué par l’humain s’oppose à des pratiques traditionnelles et spirituelles. Une nouvelle clef de lecture pour mieux comprendre ces pratiques de plus en plus répandues.

Dans ces deux témoignages, on comprend bien la diversité des pratiques mais aussi une volonté commune de se reconnecter avec une forme de spiritualité. La sorcellerie moderne est une question à laquelle chacun y va de sa réponse subjective mais l’on peut émettre l’hypothèse qu’elle est un moyen pour ces sorcières modernes de se reconnecter avec soi et avec le monde environnant.

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