La pédophilie, le cancer de l’Eglise

L’Église catholique fait face depuis les années 1990 à des révélations accablantes d’abus sexuels sur mineurs et d’actes pédophiles commis par des prêtres et des religieux. La multiplication des scandales à travers le monde affaiblit nettement l’Église.

Jugée « crise historique » par Mgr Luc Crepy, évêque et président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie, les réactions des Églises dans le monde varient d’un pays à un autre. Si pour certains la prise en charge de cette affaire par l’Église a été immédiate, pour d’autres l’État a dû intervenir.

Dernière en date à réagir : la France. Et pourtant, les premières révélations d’actes pédophiles remontent à 2015 avec l’affaire Bernard Preynat. Ce prêtre lyonnais a été accusé d’agressions sexuelles et de viols par d’anciens scouts de 1972 à 1991. Par la suite, de nombreuses associations d’écoute et d’aide aux victimes se créent comme la Parole libérée ou la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie. De plus, en France comme ailleurs, les agissements pédophiles ont souvent été étouffés par les autorités ecclésiastiques et les communautés chrétiennes. « La plupart d’entre eux savaient mais ne disaient rien. », précise Mgr Luc Crepy dans une interview pour le Monde.

Il a fallu attendre le 7 novembre dernier pour que l’autorité épiscopale se décide à réagir fermement. A Lourdes, la Conférence des évêques de France a décidé de créer une commission indépendante chargée de faire la lumière sur les crimes pédophiles dans l’Église depuis 1950. Cette étude de faits récents comme anciens permettra de comprendre les raisons qui ont favorisé la manière dont ont été traitées ces affaires. Cette commission sera composée d’experts dans différents domaines tels que des juristes, des historiens, psychologues ou encore sociologues. Tous seront sous la direction de Jean-Marc Sauvé, vice-président honoraire du Conseil d’État.

Cette initiative, décidée par l’épiscopat sous la pression de l’opinion publique, est une alternative à la commission d’enquête parlementaire qu’avaient réclamée les sénateurs socialistes.

L’Église sous la contrainte

Australie, Irlande, Chili ou encore États-Unis : tous ont dû faire face aux scandales de pédophilie. Dans des pays où le catholicisme occupe une place majeure, les autorités ont pris en main les enquêtes sur ces affaires. Le gouvernement s’impose et exige que des rapports soient effectués et des commissions créées. En Australie, une enquête a débuté en 2013 à l’initiative du gouvernement. 4444 cas d’abus sexuels ont été répertoriés entre 1980 et 2015, qui incriminent 1900 religieux.

L’Église forcée de reconnaître les travers de ses prêtres, a été et est toujours en position de faiblesse. En Irlande, le rapport Murphy publié en 2009 a lui aussi été commandé par le gouvernement. Il a permis de découvrir qu’au cours des trente dernières années, plus de 400 enfants ont été sous le joug pervers d’au moins 46 prêtres dans le diocèse de Dublin. L’intervention de l’État dans ces pays a souvent été salutaire pour obtenir un état des lieux sur les actes de pédophilie. La justice et l’objectivité recherchés par les gouvernements a permis de contrer les témoignages fictifs des autorités ecclésiastiques complices des pédophiles.

Aux États-Unis, c’est la justice fédérale elle-même qui a pris en charge les recherches. Cette enquête a permis alors de mobiliser des moyens renforcés. Une première qui démontre la gravité des abus commis par les ecclésiastiques. Le procureur de Pennsylvanie détaille dans son rapport que plus de mille enfants et adolescents ont subi des abus par au moins 300 prêtres dans six diocèses de l’Etat pendant près de cinquante ans.

Si dans la plupart des pays touchés par le scandale l’Eglise ne fait que subir l’enquête des autorités des pays, certains épiscopats prennent les devants.

Faire justice soi-même

L’épiscopat allemand décide par exemple de mener l’enquête lui-même. Cependant, il s’est très vite retrouvé confronté à un autre problème : des documents ont été détruits. Le consortium de chercheurs responsables de l’étude n’a eu accès qu’à des dossiers et manuscrits sélectionnés et transmis par l’Église. Même si elle se dit « couverte de honte », aucun des vingt-sept diocèses soumis à l’étude n’ont ouvert leurs archives. Les 38 000 dossiers et manuscrits sélectionnés et transmis par l’Église ne reflètent pas vraiment la réalité du scandale pédophile allemand. Pour Harald Dressing, l’un des coordinateurs de l’étude : « le rapport ne dévoile que le sommet de l’iceberg ». Cependant, les chiffres restent accablants : 1670 membres du clergé allemand ont agressé sexuellement 3677 mineurs, en majorité des garçons âgées de moins de treize ans. Ils ont tous été des victimes entre 1946 et 2014.

Le rapport révèle aussi que les clercs accusés étaient souvent transférés sans que les fidèles soient avertis du danger potentiel pour les enfants. Seul un tiers des suspects a fait face à des procédures en vertu du droit canonique. De plus, les sanctions étaient minimes voire inexistantes.

Aux Pays-Bas aussi, l’Église a pris les devants. En août 2010, la commission d’enquête indépendante Deetman a été créée. L’objectif était, comme pour tous les autres rapports, de faire la lumière sur le scandale pédophile. La Conférence épiscopale néerlandaise et la Conférence des instituts religieux néerlandais avaient souhaité une enquête « large, externe et indépendante ». Le rapport là encore est sans appel : vingt des trente-neuf cardinaux, évêques et évêques auxiliaires néerlandais ont été impliqués dans des affaires d’abus sexuels entre 1945 et 2010. Il souligne aussi que quatre d’entre eux ont abusé d’enfants et seize autres ont permis le transfert de prêtres pédophiles susceptibles de faire de nouvelles victimes. Même si les évêques cités sont pour la plupart morts ou en retraite, l’Église catholique subit encore une fois la révélation d’un autre scandale qui vient s’ajouter aux nombreuses autres découvertes depuis le début du siècle.

Toutes ces révélations, qu’elles soient menées par l’épiscopat lui-même ou les autorités remettent en cause durablement l’Église catholique et son rôle. Cette « culture du silence » qu’entretient l’Église depuis des décennies est mise à mal par toutes ces enquêtes à travers le monde.

Cependant, il est clair que les autorités cherchent dans leur rapport une certaine objectivité, ce qui n’est pas toujours le cas des enquêtes menées par l’épiscopat. En effet, elles présentent certaines failles quant à l’éternelle protection des accusés par l’Église et aussi parfois des communautés chrétiennes.

Le pape François, quant à lui, se doit de réagir. Après avoir prononcé à plusieurs reprises des paroles de contrition, le pontife évoque une « tolérance zéro » à ce sujet scandaleux. Il prévoit même de convoquer pour février 2019 une réunion au Vatican de tous les présidents des conférences épiscopales dans le monde pour aborder le thème de « la protection des mineurs ». En effet, l’église se doit d’être un lieu où les croyants se sentent en sécurité. Ce n’est plus le cas, surtout pour les enfants puisque certains rapports ont montré que la plupart des victimes avaient moins de 13 ans.

 

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