DECRYPTAGE – Trump vs Macron, combat de coqs ou véritables enjeux ?

En froid avec Emmanuel Macron depuis son déplacement à Paris pour la commémoration du centenaire de l’armistice, Donald Trump s’est fendu de plusieurs tweets incendiaires à destination du président français.

Le président américain, connu pour ses saillies régulières sur Twitter, n’a une nouvelle fois pas eu sa langue dans sa poche. On dépeint souvent Talleyrand discutant des intérêts de la France dans des dîners mondains et des salons cloisonnés ; Donald Trump vit à l’ère du numérique et tient souvent à le rappeler. 

Mardi 13 novembre, il n’est pas encore 7h du matin à Washington quand ce dernier lance sa première attaque à l’encontre d’Emmanuel Macron, fustigeant sa volonté de créer une armée européenne. Suivront quatre autres messages, dont un « MAKE FRANCE GREAT AGAIN » qui a déchaîné les passions de l’Internet mondial. 

Des tensions qui remontent à son séjour en France

Remontons un peu en arrière. Au soir du 9 novembre, Air Force One venait à peine d’atterrir à l’aéroport d’Orly, que le « leader du monde libre » en avait déjà profité pour s’insurger via Twitter, comme pour célébrer son arrivée sur le territoire français, des propos d’Emmanuel Macron tenus quelques jours plutôt sur Europe 1. Le président français avait en effet réaffirmé son souhait d’aller vers une Europe capable de se défendre contre les menaces extérieures, prenant la Russie en premier exemple, « sans dépendre des Etats-Unis et de manière plus souveraine ». 

Si l’Elysée avait tenté de refroidir les tensions en plaidant le quiproquo, le séjour de Donald Trump en France ne s’est pas déroulé dans des conditions idylliques. Outre les controverses autour de l’annulation de sa visite d’un cimetière américain, le président américain a surtout fait l’objet d’une critique à peine dissimulée d’Emmanuel Macron dans son discours lors de la cérémonie de commémoration du 11 novembre. Un discours dans lequel il a notamment opposé patriotisme et nationalisme, dénonçant implicitement la politique de l’ancien magnat de l’immobilier depuis son arrivée à la Maison Blanche. 

Absent de l’inauguration du Forum de la paix s’étant déroulée plus tard dans l’après-midi, Donald Trump n’a vraisemblablement pas bu les déclarations du président français. Ces attaques destinées au résident de l’Elysée, deux jours après son passage à Paris, ne sont donc pas si surprenantes ; leur véhémence, en revanche, peut-être un peu plus. 

Les raisins de la colère

La pomme de discorde réside dans la proposition d’Emmanuel Macron, notamment soutenue  par Angela Merkel, d’instituer une « initiative européenne d’intervention » (IEI). Lancée le 25 juin 2018 à l’occasion d’une lettre d’intention signée par neuf Etats européens, l’IEI vise à doter l’Europe d’une « force commune d’intervention», d’un « budget de défense commun » et d’une « doctrine commune ». 

Une initiative ad hoc, complémentaire des politiques communautaires et de l’OTAN. C’est donc face à cette volonté d’armée européenne que s’est dressé Donald Trump, exhortant le président français à d’abord « payer pour l’OTAN » avant de prétendre s’en détacher. 

Cependant, il ne s’est pas arrêté là, et a décidé de s’attaquer à Emmanuel Macron sur d’autres sujets, dont les taxes sur les vins américains importés en France, déplorant des frais de douanes élevés, « tandis que les Etats-Unis favorisent l’importation de vins français ». « La France fait un excellent vin, mais les Etats-Unis aussi », a-t-il également dit. Une phrase qui a eu le mérite de faire ressortir le chauvinisme de certains de nos concitoyens. Enfin, il a raillé la faible cote de popularité du président français, et le taux de chômage de 10% que ce dernier ne parvient à faire baisser.  

Des réactions en pagaille 

Un point est cependant resté en travers de la gorge de certains observateurs. Le président américain a en effet ironisé sur les Français durant l’occupation, qui « commençaient à apprendre l’allemand avant l’arrivée des Etats-Unis ». Une petite pique qui vient deux jours après les commémorations de l’armistice de la Grande Guerre, et le triste jour de l’anniversaire des attaques terroristes à Paris en 2015. Ce qu’on appelle avoir le sens du timing. 

Du côté du gouvernement français, le porte-parole Benjamin Griveaux, a d’ailleurs regretté un manque de « décence élémentaire ». Sur Twitter, de John Kerry au footballeur Benjamin Mendy, cette salve d’attaques a bien entendu déclenché de nombreuses réactions, rappelant au président américain le titre de champion du monde de l’équipe de France de football ou plus sérieusement le rôle décisif de La Fayette dans la guerre d’indépendance des Etats-Unis. 

 

Enfin, au-delà de la confrontation des deux dirigeants et des réactions qu’elle a suscitées, une question plus profonde subsiste : celle de l’Europe de la défense, une idée historiquement chère à la France, tout autant que son rapport amour-haine avec l’OTAN. Plus qu’un combat de coqs, cette polémique met donc en lumière un enjeu plus profond, celui des relations entre le vieux continent et le pays de l’Oncle Sam en matière de défense. Dans un contexte diplomatique fluctuant, entre l’instabilité chronique du président américain et le Brexit, les propos de Donald Trump sont peut-être plus importants qu’il n’y paraît. 

Paul De Ryck

Diplômé de Sciences Po Toulouse. Adepte des phrases sans fin, passionné par la géopolitique et la justice transitionnelle, avec un petit faible pour l'Amérique latine. J'aime autant le sport que la politique et le café que la bière. paul@maze.fr

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