Chypre, réunifier pour mieux régner ?

Lundi 12 novembre, nous apprenions que deux nouveaux points de passage allaient être ouverts entre le nord et le sud de l’île de Chypre. Une première en près de dix ans pour ce pays divisé depuis plus de quarante ans, et un espoir de réunification pour la communauté internationale.

Nikos Anastasiades, président de la République de Chypre, et Mustafa Akinci, dirigeant chypriote turc, l’avaient annoncé fin octobre. Si jusqu’en 2003 les communautés turques et grecques de l’île vivaient chacune de leur côté, il existe depuis le 12 novembre neuf points de passage pour rejoindre le nord et le sud de Chypre. Quinze mois après l’échec du dernier cycle de négociations pour la réunification de l’île, l’espoir renaît pour beaucoup. Focus sur un pays à l’histoire complexe.

Un pays divisé par l’Histoire

A son indépendance en 1960, la population se répartissait en deux communautés principales : l’une grecque, l’autre turque. C’est pourquoi le Royaume-Uni, la Grèce et la Turquie signent ensemble un “traité de garantie”. Cela signifie que les trois Etats sont garants de l’équilibre constitutionnel de l’île. Il leur accorde un droit d’intervention militaire sous certaines conditions.  Or, en juillet 1974, la garde nationale, dirigée par des officiers grecs, lance un coup d’Etat. L’objectif ? Rattacher l’île à la Grèce. En vertu du traité de garantie et bien décidée à protéger la population turque vivant à Chypre, la Turquie lance une offensive militaire, nommée “opération Attila”. Rapidement, elle parvient à occuper 38% du territoire. Finalement, la République chypriote est restaurée et les velléités grecques sont mises au placard. La Turquie, quant à elle, refuse de se retirer et impose la partition du pays de part et d’autre de la “ligne verte”.

Le territoire est séparé en deux depuis 1974, entre la République de Chypre et la République turque de Chypre du Nord (RTCN)

Depuis, rien n’a réellement bougé. L’île se trouve toujours divisée. Le tiers nord s’est autoproclamé République turque de Chypre du Nord en 1983, reconnue uniquement par la Turquie. Le sud, quant à lui, est connu sous le nom de République de Chypre. Reconnue par la communauté internationale, elle fait même partie de l’Union européenne. Cependant, si la République de Chypre est censée exercer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, ce n’est pas le cas. Elle n’a, depuis 1974, toujours pas le contrôle sur le tiers nord.

Une réunification difficile

Le timing est parfait pour l’ONU. En effet, l’annonce tombe justement quand l’organisation tente une énième fois de relancer les négociations pour une réunification chypriote. Cependant, la création de ces deux passages est porteuse d’espoir mais ne signifie en rien une victoire en faveur de l’unité. Si ces passages sont un élément indispensable à la restauration progressive de la confiance entre les deux communautés, il reste difficile d’imaginer un accord si soudain. Et pour cause, malgré la présence de dirigeants pro-réunification des deux côtés de l’île, aucun des deux camps n’a l’air disposé à faire de compromis sur un point précis et important du dossier.

Des soldats turcs lors des célébrations marquant le 33e anniversaire de la fondation de la RTCN @AFP

En effet, les deux responsables se sont mis d’accord sur plusieurs points. Ils souhaitent mettre en place un Etat fédéral avec présidence tournante et une clé de répartition des terres. Cependant, la question du rôle des garants de l’île reste épineuse. La République de Chypre souhaite un retrait total des 30 000 militaires turcs dans la région nord de l’île. Ankara, qui contrôle la zone, souhaite, quant à elle, son maintien et se réserve un droit d’intervention. Face à ce point de divergence, rien ne semble pouvoir permettre un potentiel accord. Un accord pour que Chypre puisse n’être plus qu’un seul Etat dans la théorie, mais surtout dans la pratique. Si le gouvernement de Nikos Anastasiades reste optimiste, Mustafa Akinci a, quant à lui, souhaité “bonne chance aux prochaines générations“.

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