Le roi est mort, la monarchie survit

Le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, surnommé Rama IX, est mort le 13 Octobre à l’âge de 88 ans. Il régnait sur le pays depuis son couronnement en 1946, et succédait à son frère qui est mort dans des circonstances inconnues. Aujourd’hui, c’est son fils, Maha Vajiralongkorn qui doit prendre sa place, mais non sans réticences.

Après la mort du roi Bhumibol en Thaïlande au mois d’octobre, le pays demeure en état de choc. Catastrophé. Pendant près de 70 ans, il avait été leur souverain, le père de la nation. Même ces dernières années, malgré une longue absence due à sa fatigue et ses maladies, le peuple lui est resté fidèle. Comme le veut la tradition, les funérailles du roi auront lieu dans un an, à la fin de la période de deuil national. Le peuple, vêtu de noir et blanc, couleurs officielles du deuil thaïlandais, pleure toujours son souverain.

Au-delà de la tristesse, il est également inquiet : en effet, le fils de Bhumibol, qui doit lui succéder, n’est pas un prince des plus à même de régner sur le pays. Si son père paraissait plus strict et sérieux dans sa représentation de l’Etat (même s’il a également été critiqué), Maha Vajiralongkorn au contraire, est connu pour avoir une personnalité sulfureuse, et une vie un peu compliquée. En plus de sa réputation de fêtard et de ses histoires amoureuses peu conventionnelles, le prince Maha n’est pas réellement impliqué en politique, et ses opinions sont tout à fait inconnues, ce qui inquiète la population.

Le problème de la succession

Désigné en 1972 par Rama IX comme son successeur officiel, Maha Vajiralongkorn n’est, semble-t-il, pas tout à fait prêt à gouverner. Il a demandé à retarder son couronnement, afin qu’il puisse avoir le temps de faire son deuil tout comme le peuple de Thaïlande. Cette demande inhabituelle n’est pas tout à fait rassurante pour le pays qui, en attendant son nouveau souverain, est gouverné par le président du Conseil Privé du roi, Prem Tinsulanonda, un général de 96 ans réputé pour ses mauvaises relations avec le futur prince.

La succession douteuse de Rama IX porte à croire que la transition entre lui et son successeur sera incertaine. L’économie est en berne et le pays, en crise depuis une décennie, est la proie d’un combat entre des forces politiques adverses. De manière cyclique, le pays subit des coups d’Etat entrepris par l’armée, fidèle au roi, afin de renverser des gouvernements civils considérés comme des menaces pour l’institution suprême qu’est la monarchie thaïlandaise. Depuis 2014, les militaires sont au pouvoir, et jouissent de capacités illimitées pour gouverner le pays. Ils souhaitent assurer une transition stable afin que le pays ne souffre pas de l’arrivée d’un nouveau prince.

Toutefois, au moment où il arrivera au pouvoir, le prince Maha, ou Rama X, devra faire face à plusieurs difficultés. D’abord, le doute et l’incertitude du peuple : d’après Thitinan Pongsudhirak, de la faculté de Sciences Politiques à l’université Chulalongkorn à Bangkok, « les gens sont anxieux et appréhendent l’avenir proche, parce que le roi a joué un rôle si fondamental dans la transformation de la Thaïlande en une nation moderne ». Mais aussi, il lui faudra établir un nouvel équilibre de pouvoir, principalement avec l’armée qu’il n’a jamais côtoyée mais qui était le principal allié de son père. Pour M. Pongsudhirak, « la junte militaire et le haut commandement joueront un rôle clé pendant cette délicate période de transition ».

Quel avenir pour la monarchie ? 

Cette situation pour le moins inconvenante nous fait pourtant réfléchir sur l’avenir de la monarchie en Thaïlande, mais également dans le monde. En effet, si l’on prend comme référence absolue un système démocratique, le problème de la succession monarchique se pose : personne ne choisit le souverain, il n’est pas élu, et il peut avoir des visions et pratiques politiques tout à fait opposées à ce que le pays souhaite. Sa seule légitimité vient de sa famille. Aujourd’hui, est-il possible de conjuguer monarchie et pouvoir légitime, dans un monde qui se veut démocrate mais où existent toutefois de nombreuses traditions ?

En Grande-Bretagne, si la monarchie et la famille royale sont des traditions que l’on associe bien volontiers au pays, une nouvelle opposition à la monarchie émerge et appelle à l’abolition du régime lorsque la reine, Elizabeth II, va mourir. Ils protestent contre son absence de légitimité, mais aussi contre le coût que l’institution représente pour la population. Toutefois la reine n’a qu’un rôle d’apparat et n’a aucun pouvoir décisionnaire dans le pays, ce qui ne semble pas poser de gros problème politiquement. En Thaïlande, le roi avait plus de pouvoirs, et selon le South China Morning Post en 2013, sa présence « empêche la démocratisation (du pays) et creuse la polarisation de la scène politique ».

Finalement, la question est de savoir si la monarchie est plus un archaïsme politique ou un véritable garant de la démocratie. Des régimes monarchiques peuvent-ils survivre encore longtemps dans notre monde démocratisé ? Ou bien sont-ils voués à échouer à terme, car ils ne sont que des vestiges de temps politiques anciens et désormais obsolètes ? Le futur nous le dira.

 

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