L’Aquarius, symbole de la faillite de la politique migratoire européenne

L’Aquarius débarquait il y a quelques jours sur les côtes maltaises avec cinquante-huit personnes à son bord.

58 personnes réparties par la suite entre le Portugal, la France, l’Espagne et l’Allemagne. Les difficultés du « Bateau citoyen » pour trouver un pays prêt à accueillir les personnes sauvées en mer démontrent les limites de l’Europe pour s’accorder sur une politique migratoire commune.

Un bateau européen à la dérive

L’Aquarius est affrété depuis février 2016 par l’association SOS Méditerranée pour sauver les migrants en mer Méditerranée tentant de rejoindre l’Europe et bien souvent l’Italie. S’il a secouru pas moins de 29 000 personnes depuis 2016, certains pays européens le perçoivent comme un fléau. Les délais entre le sauvetage et le choix du pays prêt à les accueillir s’allongent. C’est là un des nombreux signes de la défaillance de la politique européenne. Une semaine d’attente a été nécessaire à l’Union Européenne pour décider qui de la France ou de Malte accueillera les personnes secourues.

Depuis 2015, les pays européens peinent à se mettre d’accord sur la marche à suivre pour accueillir les migrants et se les répartir équitablement.

@Gustave Deghilage / Orient XXI

Le règlement Dublin III : la bonne excuse

Signé en 2013, ce dispositif sur l’asile européen cristallise les tensions sur la crise migratoire. Dublin III délègue la responsabilité de l’examen de la demande d’asile d’un réfugié au premier pays qui l’a accueilli. Si un réfugié enregistre sa demande d’asile dans un autre pays que celui qui l’a accueilli, il y est renvoyé et devient un dubliné.

Souvent, c’est à l’Italie et à la Grèce que revient la charge de traiter les demandes d’asile, considérés comme principaux pays d’entrée pour les migrants.

Mais ce règlement a une faille : chaque État reste autonome pour décider ou pas d’accorder l’asile aux personnes le lui demandant et des différences de traitement sont constatées d’un pays à l’autre de l’Union.

La mise en place de quotas pour répartir les candidats d’asile au sein l’UE semble être la solution…en théorie. Dans la pratique, comme elle n’est applicable qu’en cas de situation exceptionnelle (comme c’était le cas en 2015), il en est tout autre. La France n’en a accueilli que 4 000 sur les 30 000 demandeurs d’asile impartis.

Si chaque pays ne respecte pas son quota, d’autres auront plus de demandes d’asile à traiter et le délai de premier instance s’allongera automatiquement. Ce manque de solidarité déclenche la colère des pays de première entrée comme l’Italie.

Les pays signataires se redonnent les demandeurs d’asile d’un pays à un autre sans pour autant en accueillir suffisamment pour alléger les pays de première entrée.

Un manque de coopération

Ce manque de coopération ne fait qu’aggraver la crise migratoire alors que le nombre de migrants entrant en Europe a considérablement baissé depuis 2015.

En 2017, l’Italie continue d’accueillir 120 000 migrants mais ne reçoit aucune aide de la part des autres pays européens. Ce problème était un des sujets forts des législatives italiennes de mars 2018. Matteo Salvini, élu ministre de l’intérieur, déclarait : « Nous ne serons plus le camp de réfugiés de l’Europe ».

Confirmant son ras-le-bol, le gouvernement italien a adopté le 24 septembre 2018 des mesures anti-migrants sans précédent. Les grandes lignes ont été annoncé par Matteo Salvini dans la presse : suppression de la « protection humanitaire » pour les demandeurs d’asile, durée maximale de la rétention administrative allongée à 6 mois ou encore la déchéance de nationalité pour les faits de terrorisme.

Des mesures qui confirment les limites de la politique migratoire européenne et son inefficacité. Dans l’Union européenne, chaque pays en accuse d’autres de ne pas faire les efforts nécessaires mais aucun d’entre eux ne semble être prêt à s’entendre sur une politique migratoire commune. Depuis plus de deux ans, ils tentent de s’entendre sur la RAEC (réforme d’asile européen commun). Censée être signée en juin 2018, l’entente est un nouvel échec : chacun campe sur ses positions et défend ses intérêts. Sur ce sujet, l’individualisme prime et l’Aquarius en est une des illustrations majeures.

@PBar / SOS Méditerranée

Les pays européens se désolidarisent peu à peu de l’Aquarius. Un mois après que Gibraltar lui a retiré son pavillon en prétextant un non-dit sur sa mission exclusive de sauvetage, le Panama, sous l’influence de l’Italie, l’enlève à son tour. L’Aquarius se dirige désormais vers Marseille pour une escale technique et pour rechercher un nouveau pavillon. Le bateau était le dernier navire de sauvetage en Méditerranée. Une pétition européenne, à l’initiative de SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières, a été lancée pour « sauver l’Aquarius et le sauvetage en mer ».

Les citoyens mobilisés espèrent faire, enfin, réagir les dirigeants des pays européens sur la faillite de la politique migratoire européenne.

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