Donald Trump, honnête self-made-man ?

Au terme d’une enquête de longue haleine nécessitant le recueil et le décryptage de plus de 100 000 pages de documents, le New York Times publiait le 2 octobre un article de huit pages qui vient sérieusement écorcher l’image de self-made-man que Donald Trump prend soin d’entretenir : il aurait reçu plus de 400 millions de dollars de ses parents, en partie grâce à de l’évasion fiscale.

Le père de l’actuel président des Etats-Unis, Fred C. Trump, décédé en 1999, était un magnat de l’immobilier. Promoteur, il fait fortune en vendant des logements destinés à la classe moyenne new yorkaise, dans les quartiers de Brooklyn, de Staten Island ou encore du Queens. C’est là que grandit Donald Trump, cadet d’une fratrie de quatre enfants, né en 1946. Très jeune, il rejoint son père au sein de son entreprise, Elizabeth Trump & Son, et apprend à ses côtés les ficelles du métier de promoteur. Vient ensuite le moment de se lancer seul. Seul ? “Avec un petit prêt d’un million de dollars” de son père, comme il le confiera à la NBC en 2015 dans un interview. Dès les années 70, il prend la tête de l’entreprise familiale qu’il renomme The Trump Organisation. Donald Trump étend au fil des ans les zones et champs d’activités de l’entreprise et fait l’acquisition de golfs ou de casinos, lance sa compagnie aérienne et investit l’univers médiatique en devenant animateur TV ou en rachetant les programmes de concours de beauté Miss Univers, Miss USA et Miss Teen USA. La fortune personnelle de Donald Trump est aujourd’hui estimée à hauteur de 3,1 milliards de dollars, ce qui fait de lui la 259ème fortune américaine selon Forbes.

“Rien n’a été facile pour moi. J’ai commencé à Brooklyn, mon père m’a fait un petit prêt d’un million de dollars.”

De self-made-man à l’imposture d’un héritage

Au fil de ses interventions médiatiques et particulièrement lors de sa campagne pour briguer la maison blanche, Donald Trump et ses équipes ont pris soin d’entretenir le storytelling selon lequel l’homme d’affaire aurait construit son empire, seul, tel un successful self-made-man. Seulement, les révélations et soupçons soulevés par l’enquête du New York Times mettent à mal cette image. S’ils n’ont pas eu accès aux déclarations d’impôts de Donald Trump, ce dernier ayant toujours refusé de les partager durant la campagne présidentielle, les équipes du journal expliquent avoir exploité celles de Fred C. Trump ainsi que des archives publiques, des rapports confidentiels et des témoignages d’anciens employés et conseillers du père de l’actuel président.

L’enquête montre clairement qu’à chaque étape de la vie de Trump, ses finances étaient imbriquées avec, et dépendantes de la fortune de son père.

L’article du quotidien explique que “l’enquête montre clairement qu’à chaque étape de la vie de Trump, ses finances étaient imbriquées avec, et dépendantes de la fortune de son père”. Dès son plus jeune âge et très régulièrement, Donald Trump, tout comme ses frères et sœurs, aurait perçu des sommes astronomiques. Selon le quotidien, il recevait de ses parents pas moins de 200 000 dollars par an, si bien que le 45e président américain était déjà millionnaire à l’âge de huit ans. Et les montants augmentaient au fil du temps, atteignant plus de 5 millions annuels entre ses 40 et 50 ans. Son père le nommait à des postes prestigieux, le comblait de cadeaux et lui faisait des dons sous multitudes de formes ; ventes de coopératives, paiements hypothécaires, baux fonciers… L’article révèle que “pendant près de cinquante ans, Fred C. Trump a créé 295 sources de revenus pour enrichir son fils”. Sa famille a épaulé et soutenu financièrement Donald Trump lors des débâcles financières qu’a connues son entreprise ; six de ses hôtels et casinos ont fait faillite entre 1991 et 2009, et il a dû revendre plusieurs de ses activités déficitaires, comme c’est le cas de sa compagnie aérienne. Au total, l’enquête du Times estime que Donald Trump, tout comme ses frères et sœurs, aurait hérité d’au moins 413 millions de dollars.

L’art d’exploiter les failles juridiques

Ce n’est pas tant le fait que Trump ait bénéficié d’une aide financière de son père que son manque potentiel d’honnêteté que pointe le Times du doigt. En construisant sa légende, d’une part, mais aussi aux yeux de la loi. En son rang de président, on attendrait de lui qu’il soit irréprochable et son absence d’humilité en fait d’autant plus une cible de choix. Ce qui retient l’attention de la sphère médiatique et de l’opinion publique, c’est le fait qu’une partie de cet argent proviendrait d’opérations borderline visant à contourner le fisc. Le New York Times souligne que “la limite entre l’optimisation fiscale légale et l’évasion fiscale illégale est souvent trouble” et accuse les Trump de l’avoir franchie. Selon les journalistes du quotidien, Donald Trump aurait ainsi aidé son père à sous évaluer ses avoirs immobiliers, bénéficiant alors de millions de dollars de déductions fiscales pour réduire les impôts à payer lors des droits de successions.

L’opération la plus importante et la plus rentable qu’ils auraient menée serait d’avoir monté une société écran, en 1992, pour dissimuler les dons des parents Trump à leurs enfants ; “All County n’était une société que sur le papier”, résume le Times. La raison d’être officielle de l’entreprise était d’acheter des produits de maintenance pour les immeubles gérés par Fred C. Trump. En réalité, “c’était un moyen de siphonner du cash à Fred C. Trump, en gonflant des factures déjà réglées par ses employés”. Les enfants Trump auraient reçu des millions de cette façon.

Le clan Trump s’insurge et se défend

Donald Trump a réagi aux accusations du New York Times à sa façon, sur Twitter. Pour le 45e président des Etats-Unis, le journal n’a pas digéré sa victoire et leurs pronostics erronés durant la campagne. Il minimise alors l’impact de l’article et ironise ainsi : “un papier à charge, très vieux, ennuyeux et déjà vu me concernant. Au total, cela signifie que 97% de leurs histoires me concernant sont négatives”. Son frère, Robert Trump, affirme quant à lui que “toutes les taxes dues ont été payées” et appelle à “respecter la vie privée de nos parents décédés”. L’avocat de Donald Trump, Charles Harder, précise qu’en plus du fait “qu’il n’y a pas eu de fraude ou d’évasion fiscale par qui que ce soit”, Donald Trump lui-même “n’avait quasiment pas été impliqué dans ces histoires“.

Un papier à charge, très vieux, ennuyeux et déjà vu me concernant.

Si le clan Trump balaie d’un revers de main les soupçons de fraude soulevés par l’article du New York Times, l’un des portes paroles du service des impôts de l’Etat de New York a confié à l’AFP que l’autorité “passe en revue les accusations dans l’article du New York Times et explore avec détermination toutes les pistes d’enquête“. Le journal craint que le président soit à l’abris de toute poursuite et qu’il y ait prescription, les faits remontant à un certain nombre d’années, mais précise qu’il n’y a “pas de limites, cependant, pour les amendes civiles sur la fraude fiscale“.

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