DECRYPTAGE – Vers un nouveau système de retraite ?

Le président de la République a promis une nouvelle réforme des retraites : mais pour quoi faire exactement ?

Au fil des années, la question du régime des retraites revient constamment hanter le débat public, telle une boîte de Pandore que l’on rouvrirait à chaque quinquennat. Alors que le sujet a récemment été relancé et que les passions à son propos commencent à se déchaîner, un retour sur le nouveau système de retraite souhaité par Emmanuel Macron s’impose.

Voyage en terre inconnue

Sans doute conscient des difficultés à rassembler les différentes parties autour de cette thématique, Emmanuel Macron a joué le jeu de la démocratie participative en créant une plateforme de participation citoyenne et en instaurant une concertation avec les partenaires sociaux. A l’issue des premières semaines de discussions, les premières pistes d’un projet de loi qui devrait voir le jour au premier semestre de 2019 ont été dévoilées mercredi 10 octobre dernier par le haut-commissaire à la Réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye.

Comme pour chacun des précédents présidents s’étant attelé à cette tâche ardue, ce nouveau chantier risque de s’avérer explosif pour Emmanuel Macron. Pourtant, la refonte profonde du système de retraites était une mesure phare sur laquelle il a pu s’appuyer durant sa campagne à l’élection présidentielle. Ses promesses semblent avoir été tenues, et c’est bien vers un système universel venant supplanter les 42 régimes de retraite existant actuellement que la France semble se diriger.

Le système universel, mode d’emploi

Ce modèle, qui existe déjà dans d’autres pays européens, notamment la Suède dont Emmanuel Macron dit s’inspirer, repose sur un système dit « par points ». Sur le papier, le principe est simple : chaque euro cotisé donne lieu à des droits identiques, quel que soit le statut et le moment de la carrière de la personne qui cotise. Des points accumulés sur un compte unique qui seraient convertis en pension au moment du début de la retraite.

« Pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous. »

L’objectif de la réforme est clairement affiché : mettre un terme à l’existence de différents régimes  pour un créer un système commun indépendant du statut des individus. Ainsi, avec cette réforme, le gouvernement prétend simplifier un système jugé trop complexe et favoriser une fluidité accrue des parcours en sortant du carcan imposé par un régime de retraites fondé sur le statut professionnel.

Le passage du « régime en annuités » tel qu’est nommé notre système actuel, à un système par points, concernerait tous les actifs à partir de 2025 ; il n’y a donc pas d’inquiétude à avoir pour les personnes s’approchant à grands pas de leur retraite. De même, une phase de transition débuterait au moment de la mise en application de la réforme, afin d’assurer un passage de témoin abouti entre les deux systèmes, qui pourraient par ailleurs cohabiter durant quelques temps.

Une véritable révolution ?

Si cette refonte globale du système semble être un tsunami du fait du passage à un système par points, certains aspects ne sont pas pour autant bouleversés. Comme il avait été promis, l’âge légal de départ à la retraite demeurera fixé à 62 ans. De plus, le modèle français resterait basé sur la répartition, c’est-à-dire que les actifs actuels continueraient de financer les pensions des retraités actuels. Certaines spécificités seraient également prises en compte, notamment pour les indépendants, et une retraite minimale serait garantie par le biais d’un équivalent du « minimum contributif » tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Les premières critiques

Certaines voix dissonantes s’élèvent déjà face à l’annonce de ces dispositions. En premier lieu, est critiquée une incitation à peine dissimulée à travailler plus longtemps pour avoir une meilleure pension ; une parfaite illustration du « travailler plus pour gagner plus », mais une fois la retraite arrivée. D’autre part, certains partenaires sociaux ont émis leurs craintes quant à une éventuelle baisse des pensions si ce système venait à être adopté.

Alors que nous ne vivons que les prémisses de ce grand chantier, il est fort probable que ce projet, à l’instar des précédents en la matière, soit l’objet de nombreux débats dans les mois à venir, d’autant plus que certaines inconnues subsistent, en particulier du côté des droits à la retraite dits « non contributifs », ceux qui ne découlent pas des cotisations. L’avenir nous dira vite si cette réforme parvient à convaincre les Français et à poser les bases d’un nouveau système de retraite pour les générations futures.

Paul De Ryck

Diplômé de Sciences Po Toulouse. Adepte des phrases sans fin, passionné par la géopolitique et la justice transitionnelle, avec un petit faible pour l'Amérique latine. J'aime autant le sport que la politique et le café que la bière. paul@maze.fr

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