Colombie : la paix, enfin ?

Si le Brexit attire tous les regards en Europe, c’est un autre référendum qui polarise l’attention de la Colombie. Les Colombiens devront d’ici peu décider si oui ou non, l’accord de paix signé avec le réseau terroriste du pays, les FARC, devra être ratifié par la président colombien, Juan Manuel Santos. Alors, une issue évidente ? Pour le moment, la prudence recommanderait plutôt de garder le champagne au frais.

L’acronyme des FARC rappelle peut-être à certains quelques vagues images des retrouvailles d’Ingrid Bettencourt avec sa famille. Enlevée par ces rebelles marxistes et libérée au terme de sept années de détention, cette française fait partie des cinquante-neuf otages politiques et huit cents otages civils, un jour aux mains du réseau terroriste. C’est de cette manière que les FARC – Forces Armées Révolutionnaires de Colombie – menaient un bras de fer avec le gouvernement en Colombie, depuis plus d’un demi-siècle.

Le mouvement prend ses racines dans la guerre civile entre libéraux et conservateurs, qui déchire le pays de 1948 à 1953. La phase de dictature qui succède au conflit, acceptée par les uns pour mettre fin aux massacres, est refusée par les autres, qui se constituent alors en milices d’autodéfenses paysannes en 1964. Les FARC sont nées.

Depuis le début du XIXème siècle, quand la plupart des États d’Amérique du Sud se targuent d’avoir éradiqué les formations terroristes sévissant chez eux, longtemps la Colombie a fait figure de brebis galeuse. Mais en 2012, l’espoir a refait surface avec la mise en place de négociations entre les deux parties à la Havane. Quatre ans plus tard, le 23 juin 2016, le cessez-le-feu devient définitif et depuis, les discussions tournaient autour des modalités pratiques d’une normalisation des relations entre l’État et les ex-combattants. Après tant de discussions, pourparlers et autres tergiversations, un accord définitif a finalement été conclu ce 24 août 2016 entre le président Juan Manuel Santos et les guérilleros Colombiens.

Le oui au référendum ? Incertain

Ce terrain d’entente miraculeux ne saurait pour autant signifier « la Paix », titrées aux unes du monde entier… Un référendum sera l’ultime mise à l’épreuve. Le 2 octobre 2016, les Colombiens devront voter pour approuver ou refuser l’accord et ses termes. Et si les 260 000 morts au moins, 45 000 disparus et 6,6 millions de déplacés à cause du conflit font apparaitre le oui comme l’issue évidente du scrutin, la réalité paraît plus nuancée. Les sondages annoncent ainsi régulièrement une hausse des intentions de vote pour le “non” tandis que le “oui” suivrait la tendance inverse. Bien que les résultats varient certes notablement, sondages après sondage, c’est en tout cas une partie importante de la population qui désapprouve certains points de l’accord. La transformation du réseau terroriste en parti politique pleinement intégré est, par exemple, une pilule difficile à avaler, pas moins d’ailleurs que l’impunité judiciaire, prévue en cas d’aveux de participation à la guérilla et considérée comme une profonde injustice.

Le risque d’une paix mafieuse semble également faire hésiter les votants : Frédéric Massé, directeur de recherches à l’Université Externados de Bogota, estimait pour RFI qu’un accord de paix pourrait jouer comme une sorte de « pacte de silence ». Différents acteurs, continueraient d’agir et de contrôler certaines zones isolées grâce aux activités illégales, profitant d’autant plus de la normalisation des relations avec le gouvernement.

Les réseaux sociaux quant à eux facilite la circulation en Colombie d’un grand nombre d’informations erronées, la plupart contre l’accord : les auteurs de montages photos et informations mensongères sur Facebook et Twitter s’en donnent à cœur joie, avec une violence non dissimulée.

Le président négociateur ? Loin d’être célébré

La tache incombe au président Juan Manuel Santos de rallier son peuple à sa cause. Mais inspirer la confiance n’est pas chose facile pour le chef de l’État : les écriteaux dans les rues ne célèbrent pas un messie mais dénoncent plutôt un Judas. « Non à l’immunité » et « Santos Traitre, démission » sont quelques uns des cris de ralliement en vogue durant les multiples manifestations. À ces slogans courroucés succèdent également les insinuations selon lesquelles le Président Colombien ne serait motivé que par la perspective d’un prix Nobel.

Car il faut ajouter à ce ciel dépourvu de tout nuage que Juan Manuel Santos doit affronter les critiques portant sur la situation économique du pays, qui semble en berne. Un bâton de plus dans ses roues : dans un pays comme la Colombie, à la culture du référendum inexistante, le risque est grand de voir émerger un vote sanction et non pas une réponse à la question initiale concernant la ratification de l’accord avec les FARC, signale Frédéric Massé.

Mais gardons espoir de voir la paix revenir, les Colombiens l’attendent malgré tout avec impatience depuis 52 ans.

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