Les guerriers Massaï : une guerre pour la préservation

Dans son rapport de mai 2018 sur les guerriers Massaï, l’ONG Oakland Institute tire la sonnette d’alarme. La vie et la culture des Massaïs, emblématique peuple de Tanzanie et du Kenya, est mise en danger par les compagnies d’écotourisme qui volent leurs terres, avec l’accord du gouvernement, pour s’approprier les ressources.

 

Les Massaïs, un peuple indigène au regard du monde

On ne présente plus les guerriers Massaïs, qui vivent en Tanzanie et au Kenya. Cette population semi-nomade est l’une des préférées du grand public occidental. Leur culture et traditions avait fait au moins l’objet d’une émission de «Rendez-vous en terre inconnue» en 2014. C’est un guerrier Massaï qui fait aussi la couverture du livre du photographe Jimmy Nelson «Before they pass away» de 2014, un ouvrage salué par la critique artistique, mais qui ne présente pas les violences auxquelles les ethnies photographiées en communion avec la force de la nature sont exposées dans la vie réelle.

Les Massaïs depuis 1950 sont chassés de leur terre par les lois sur la «conservation» des terres et de la faune dans le nord de la Tanzanie. Ces lois ont été adoptées progressivement pour réduire les droits de pâturage pour les bétails et les droits de cultiver des Massaïs. Pourtant, alors que le droit national la met en danger, cette tribu africaine reste assez populaire au niveau international pour que des safaris soient organisés sur le thème d’une rencontre avec leur culture. Il faut dire que l’immense parc de Serengenti, terre habitée par les Massaïs et objet de l’inquiétude de l’ONG Oakland, est un des plus idéales pour un safari grâce à la grande richesse de sa faune et de sa flore. Or, si les Massaïs participent à la préservation et à la mise en valeur de leur terre, car ils sont aujourd’hui employés par des ONG avec succès pour participer à la préservation d’espèces en danger comme le lion, l’ONG Oakland Institute dénonce les pressions exercées par deux compagnies d’éco-tourisme et le gouvernement, qui visent à expulser les Massaïs pour y développer le tourisme et la chasse, qui sont très rentables.

La popularité des Massaïs est telle que l’acteur américain Edward Norton avait invité trois Massaïs à participer avec lui au marathon de New-York afin de lever des fonds et soutenir un programme de protection et de développement de la tribu Massaï. Si les fonds ont sans doute contribué à envoyer les enfants Massaïs à l’école ou à engager leurs parents dans la protection de la nature, il reste que la prospérité de la tribu est mise en danger car la Tanzanie ne se montre pas favorable, elle, à ce projet de préservation selon le rapport de l’ONG Oakland Institute de mai 2018, ce que le pays dément cependant.

jimmynelson.com

De nouveaux modernes qui n’ont pas acheté leur terre

L’ONG Oakland Institute, qui a beaucoup travaillé afin de faire pression sur les gouvernements pour une justice pour les populations les plus faibles, s’alarme de la situation des Massaïs et du vol des terres ainsi que du non-respect des droits des hommes avec l’investissement international sur des terres ancestrales. Le phénomène constaté est mondial et les Massaïs qui habitent sur une zone très riche en faune et flore n’y échappent pas. Selon le rapport «Losing the Seregenti: The Maasai Land that was to Run Forever», la loi en Tanzanie se veut complice des deux entreprises étrangères Tanzania Conservation Ltd (TCL) organisatrice de safaris et Ortello Business Corporation (OBC) des Etats arabes unis où les membres de la famille royale sont friands de chasse. TCL est accusée d’interdire l’accès des Massaï à l’eau et à la terre et d’envoyer la police les battre et les arrêter. Quant à OBC, leur licence exclusive d’exploitation aurait conduit à la destruction des maisons de Massaïs en y mettant le feu et à la perte d’un certain nombre d’animaux et au déplacement du bétail des Massaïs. Les entreprises d’écotourisme n’auraient pas hésité à faire valoir leur droit de propriétaire terrain pour se retourner contre les Massaïs qui n’ont eux aucun droit à être là si on ne prend en compte l’occupation passée qu’ils ont faite de la région.

Si une telle situation est possible, c’est parce que les Massaïs n’existent pas en tant que tribu indigène selon la position plus ou moins sincère du gouvernement tanzanien. Celui-ci affirme que les Massaïs ne sont pas indigènes puisqu’ils sont pastoraux et qu’ils ne chassent plus, ce qui les exclut de la définition. Il pense aussi que les ONG manipulent l’image des Massaïs alors qu’ils sont loin d’être indigènes, certains enfants éduqués étant devenus professeurs par exemple. Les Massaïs sont ainsi au regard du droit des hommes ordinaires qui ne possèdent pas la terre.

Dans les années 1980, des terres auraient été vendu à TBL, bien après les périodes de colonisation. Mais il n’y avait pas de protection pour les Massaïs dépossédés de leurs terres par l’investissement. En août 2017, le Ministère des ressources naturelles et du tourisme de Tanzanie aurait émis l’ordre de brûler les habitations traditionnelles Massaïs au motif de préserver les écosystèmes. Des habitats ont été brûlés et des milliers de Massaïs déplacés, affectant leurs cheptels. Dès juillet 2016, les arrestations de Massaï ont commencé. Elles ont fait des blessés parmi les membres de la tribu sur lesquels la police a tiré au fusil.

liligo.fr

Les solutions proposées par les Massaïs écartées

Les Massaïs sont obligés de se tourner vers la communauté internationale afin que leurs propositions soient prises en compte. Parmi celles-ci, celle de reconnaître les droits de propriété de la communauté Massaï, l’accès aux points d’eau, l’établissement de règles claires pour faciliter le lien entre des Massaïs et l’exécutif.

Les Massaïs ont espoir que les enfants éduqués reviendront préserver la culture de leurs parents et leurs terres ancestrales, épaulés par les ONG internationales.

governorscamp.com

En 2014, un appel à l’aide des Massaïs contre les violences de la police a été lancé sous la forme d’une pétition mondiale afin de tenter de mettre fin aux expulsions des terres au profit des concessions de chasse. L’ONG Oakland Institute dénonce aujourd’hui la complicité du gouvernement tanzanien avec les entreprises touristiques qui violente les populations Massaï. Début juin 2018, 24 Massaï ont été incarcérés. Ils ont été interdit d’assister à leur audition à la cour de justice d’Afrique de l’Est. Les charges opposés étaient l’interdiction d’aller en justice contre le gouvernement sans permission, verser de l’argent à leurs avocats sans la permission du gouvernement ou encore avoir participé à présenter de fausses allégations dans le rapport de l’ONG Oakland Institute. A la suite du rapport de l’ONG, le gouvernement se montre très menaçant envers les Massaïs.

Ils restent très populaires. La sagesse Massaï fait l’objet d’article de grande presse. Les pratiques interdites de cette tribu ne sont presque plus de l’ordre du jour. Depuis que la chasse aux lions est contre la loi, les Massaïs protègent au contraire l’espèce dont le nombre a triplé depuis, et les ONG continuent de se battre contre la barbarie de l’excision des jeunes filles selon la tradition.

closermag.fr

Les médias se focalisent aujourd’hui toujours sur le grandiose d’une culture indigène d’Afrique traditionnelle dans un décor immaculé qui provoque la convoitise des entreprises de l’écotourisme en essor. Par exemple, la philosophie Massaï ou encore leur récente volonté d’imposer des droits d’image rémunérateurs sur la médiatisation de leur culture est plus médiatisée que la violence discriminatoire et les bouleversements climatiques dont ils sont victimes.

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