Vote au Venezuela : à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ?

Dimanche avait lieu au Venezuela le vote devant élire 545 membres de l’Assemblée constituante permettant au président Maduro d’accéder aux pleins pouvoirs et de ne plus avoir de comptes à rendre au Parlement dominé par l’opposition. Malgré une mise en scène des médias sous la coupe du gouvernement, les bureaux de vote ont été largement boudés, et les rues se sont une nouvelle fois embrasées.

Le soleil vénézuélien s’est levé sur un début de semaine particulièrement compliqué au pays sud-américain. Le week-end a été terrible et d’une rare violence ; 15 victimes sont venues alourdir le bilan déjà trop impressionnant d’environ 120 personnes décédées depuis le début du mois d’avril.

Très peu de citoyens se sont rendus dans les urnes, et c’est dans la rue qu’avait lieu le réel combat ; comme le décrit l’opposant de Maduro aux dernières élections présidentielles Henrique Capriles Radonski, « La journée se résume à deux mots : abstention et répression. Je croyais que la participation allait être plus importante, mais les gens se sont abstenus de participer à la fraude ». L’élection était considérée comme illégale, avec un mode de scrutin inédit combinant un vote par circonscription conçu pour favoriser les zones chavistes, et un vote par catégories socioprofessionnelles et nombre de fonctionnaires étaient sommés de confirmer par sms leur passage aux urnes, pour décourager l’abstention. Mais ça n’a pas suffit, seulement 12% de la population s’est rendu dans les bureaux de vote, avec un taux d’abstention de 88%, contre 41,5% de votants d’après le Conseil National Électoral (et donc, l’exécutif). Et sans surprise, l’Assemblée est 100% chaviste. Si les médias « officiels » du pays ont fait tourner en boucle les images des files d’attente interminables devant les urnes, les presses indépendantes n’y avaient pas accès et ont davantage dénoncé la réalité de ce week-end, sanglant et proche d’une guerre civile.

Une Assemblée Constituante non reconnue au sein du pays et au niveau international

Et si dans son cocon le Roi Maduro s’entoure des siens, sa femme, son fils et nombre de ses amis politiques siégeant désormais à l’Assemblée constituante, le président sud-américain est bien seul. Ni le peuple, ni le Parlement, ni nombre de chefs d’États ne reconnaissent la légitimité de l’Assemblée Constituante. Luisa Ortega, procureure générale de la République, ancienne chaviste ayant rejoint l’opposition, a ainsi déclaré dès lundi ; « Je m’adresse au pays pour refuser de reconnaître l’origine, le processus et le résultat présumé de la Constituante présidentielle amorale. Nous faisons face à une ambition dictatoriale ».

Dans la même lignée, la Colombie et plusieurs autres pays d’Amérique ont annoncé ne pas la reconnaître, et l’Union Européenne se dit inquiète de la situation et de l’application de la démocratie. Le pays ayant réagi le plus fort est une nouvelle fois les États Unis et ses représentants. Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a dévoilé un communiqué de presse dans lequel il annonce un gel de tous les avoirs que posséderait Maduro aux États Unis et une interdiction formelle à tout ressortissant américain de commercer avec lui sous peine de sanctions pour atteinte à la démocratie des institutions vénézuéliennes, et a ajouté ; « les élections illégitimes d’hier confirment que Maduro est un dictateur qui méprise la volonté du peuple vénézuélien ». C’est de ce même peuple dont se sert le président en question pour se défendre ; qu’il pense réellement avoir le soutien majoritaire de son peuple ou par fierté face à la « haine » populaire, Maduro a qualifié la décision américaine de « réaction de colère car le peuple vénézuélien et son président ont désobéi à son ordre de suspendre l’Assemblée nationale constituante. Qu’ils prennent les sanctions qui leur plaisent, mais le peuple vénézuélien a décidé d’être libre ». Paradoxal.

Dimanche 30 juillet à Caracas, @AFP

 

Quel futur pour le Parlement et les membres de l’opposition ?

Se pose alors désormais un problème de droit. Le Parlement et une grande partie de la population ne reconnaissent pas l’Assemblée Constituante élue avec un très fort taux d’abstention de la part des citoyens, qui eux mêmes ont élu les députés du Parlement en 2015. Si l’Assemblée Constituante dissout le Parlement, ce dernier compte perdurer mais dans quelles conditions ? D’autant plus que d’après les témoignages de certains députés, menaces et pressions étaient déjà leur quotidien avant les événements de ces derniers mois. Messager de la situation de son pays en Europe, le député d’opposition Rosmit Mantilla a témoigné auprès du journal Libération ; « Depuis un an, les députés de l’opposition ne sont plus payés, le budget de fonctionnement de l’Assemblée ayant été mis sous séquestre par le président Maduro. Nos lignes de téléphones et connexions internet sont coupées. Les gardes du corps nous ont été retirés ». Et mardi 1er août au matin, deux des principales figures d’opposition, Leopoldo Lopez et Antonio Ledezma ont été arrêtés à leurs domiciles respectifs, où il étaient d’ailleurs assignés à résidence surveillée, et emmenés par les services du renseignement. Leurs familles se sont exprimées ; elles ne savent pas où ils ont été emmenés, et leur sort est désormais entre les mains de Maduro.

Ce week-end était le point d’orgue de la crise, et les violences ne baissent pas d’un cran, puisque les deux camps semblent se radicaliser et les mesures s’intensifier. On déplore la mort de José Félix Pineda, candidat chaviste, assassiné dans la nuit du samedi à dimanche, second candidat tué depuis le début de la crise, ainsi que celle de plusieurs gendarmes et militaires contre qui les attaques se multiplient, preuve de l’escalade de violence et de l’exaspération des manifestants. Henrique Capriles, une autre figure forte de l’opposition avant annoncé dès ce week-end qu’ « à compter de lundi, la lutte entre dans une nouvelle phase ». L’Assemblée constituante 100% chaviste rentre en fonction dès mercredi, et ses premières mesures vont être très attendues. La crise semble s’installer pour perdurer au Venezuela, qui s’isole et plonge dans une crise économique de plus en plus sévère.