Ramadan sanglant, médias silencieux

Malgré les dernières violences internationales plutôt impressionnantes, le monde des médias français s’est avéré silencieux face à l’expansion de Daech : celui-ci gagne du terrain et il semble que la communauté internationale reste aveugle à la détresse des pays qui ne nous sont pas proches. Mais l’ignorance est grave, surtout face à ce genre de menaces.

Les dernières semaines ont été, médiatiquement parlant, plutôt monopolisées par de grands dossiers européens comme le Brexit, ses conséquences plus ou moins immédiates, mais aussi par l’Euro de football, qui a mobilisé les nations et les passions, et d’autres. Si de toute évidence tout cela a sa place dans l’actualité, il est toutefois clair que les médias français ont occulté des évènements internationaux bien plus importants, à savoir les derniers attentats imputés à l’Etat Islamique.

Ce mois de Ramadan 2016, comme l’explique Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po, a été ensanglanté du début à la fin, à cause des divers attentats qui l’ont ponctué. D’abord, deux attaques à Bagdad, puis l’attentat au Pulse d’Orlando mi-juin, l’assassinat d’un couple de policiers en France, les attentats en Syrie et de nouveau à Bagdad, puis au Yémen, au Bangladesh, et enfin, le dernier en date, l’attaque à l’aéroport Attatürk d’Istanbul. Parmi ceux-là, lesquels ont pu bénéficier d’une couverture médiatique aussi importante que les attentats du 13 novembre à Paris, les attaques de Bruxelles, ou même celui d’Orlando en Floride ? Aucun. Il semble que le monde pleure les pays riches et puissants, mais il est plus difficile de s’intéresser aux attaques lointaines, qui nous atteignent beaucoup moins.

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Si on en parle, ce n’est que brièvement, comme pour évoquer ce qui se passe dans un monde qui est éloigné de nous, pas si proche que ça, et où on ne peut pas intervenir. Si le monde a prié pour Paris, jamais il n’y a eu de mouvement de solidarité aussi grand et important pour Bagdad, Dacca, ou Istanbul. Pourtant, ce qu’on peut remarquer, c’est que loin d’être isolés, ces attentats sont revendiqués par le même ennemi commun contre lequel l’Ouest déclare se battre : l’État Islamique. Alors comment, dans ce cas, peut-on ignorer des attaques qui certes, se passent au bout du monde, mais sont également perpétuées par cette organisation meurtrière ?

Les mois de juin et juillet ont été catastrophiques concernant la lutte contre l’État Islamique : à trop vouloir se concentrer sur des dossiers purement diplomatiques comme le Brexit ou simplement sans grande importance comme le football, le monde a ignoré les nombreuses victimes des attentats de Daech, et il a laissé prouver à l’organisation islamique que celle-ci a une force de frappe qui est bien au-delà de ce que l’on aurait pu prévoir, faisant alors du groupe terroriste un ennemi bien plus dangereux que ce que l’on pensait.

En ne réagissant pas aux attentats et aux attaques, les dirigeants des grandes puissances laissent l’État Islamique se répandre à son aise et devenir plus fort. Sans vrai plan d’action international réellement efficace, il est certain que plutôt qu’ignorer la détresse de ceux qui nous sont inconnus, la prochaine fois nous pleurerons de nouveau nos voisins.