Présidentielles 2016 au Pérou : l’heure du “Kambio” a-t-elle sonné ?

Les électeurs de Pedro Pablo Kuczynki fêtent depuis quelques semaines la victoire in extremis de leur candidat. Son adversaire, la coriace Keiko Fujimori, échoue pour la seconde fois à remporter le second tour… d’un scrutin pour le moins laborieux. Entre la gauche évincée dès le premier tour, le spectre populiste et la majorité fujimoriste au Congrès, le pays est-il prêt à se délester de ses nombreux boulets pour permettre le changement ?

En arrivant sur le site internet officiel de Pedro Pablo Kuczynski, « PPK » pour les intimes, le rose fuchsia explose aux yeux, de la même manière qu’a explosé la joie de ses électeurs le 5 juin 2016, au Pérou. Vainqueur du scrutin présidentiel à 77 ans, le candidat du parti Peruanos Por el Kambio (centre-droit), faisait pourtant pâle figure à côté de la favorite Keiko Fujimori, 41 ans et un sourire ultra-bright.

Mais le désormais Président du Pérou a, en réalité, pu compter sur bien des atouts. Sans refaire sa biographie, il est important de noter des études pour le moins prestigieuses à Oxford et Princeton, une carrière émérite de banquier à Wall Street, à quoi s’ajoute une véritable malle politique (notamment deux mandats de Ministre et un de Président du Conseil des Ministres). Non, décidemment, après un échec aux élections présidentielles de 2011, où il arrive tout de même en troisième place, il serait faux de dire que PPK n’a pas les épaules ou la vitalité pour le poste.

Une victoire in extremis face à une rivale de poids

Ce triomphe, PPK l’a arraché à son opposante du second tour, la candidate de Force Populaire, la droite populiste. Avec environ 49,8 % des voix, la défaite de Keiko Fujimori est loin d’être sanglante. La coqueluche des sondages a commencé très tôt sa campagne… Si tôt qu’on se demande si elle a jamais quitté le devant de la scène politique, depuis l’élection de son père Alberto Fujimori, en 1990. Ce dernier, actuellement incarcéré au Japon, n’a pas été cité à répétition ou avec fierté par la jeune femme. Violation des Droits de l’Homme oblige, elle a sans doute eu raison. Mais les tendances, du père à la fille, restent les mêmes. Le fujimorisme autoritaire, populiste et adepte des pots-de-vin a donc provoqué une levée de boucliers pour les élections de 2016. D’autant que dans un pays comme le Pérou, premier producteur de cocaïne au monde, on parle davantage de « narco-politique ». Le 11 avril 2016, le quotidien Le Monde rapportait les paroles de Jaime Antezana, 50 ans, chercheur indépendant, spécialiste du trafic de stupéfiants : « Force populaire est le parti qui comptait le plus de candidats au Congrès financés par les narcos, quand ils ne sont pas eux-mêmes des trafiquants ».

Keiko Fujimori, surnommée « K », a cependant su surfer sur la frustration causée par la fin de l’embellie économique et la montée de l’insécurité au Pérou. Sillonnant, quadrillant même franchement le pays et ses coins les plus reculés, « K » a peut-être rappelé à certains la délicieuse Eva Perón en son temps ? En tout cas, c’est son adversaire, PPK, qu’on taxe de « candidat de l’élite », pas elle. Bizarre, quand l’entourage politique de Keiko est déjà sur les photos de Papa lorsqu’il était Président.

Un spectre à gauche qui suit la tendance globale en Amérique du Sud

Parce qu’avec deux candidats à droite, qu’en est-il de la gauche ? Au Pérou comme au Brésil, l’autre côté du spectre politique subit. Sa candidate la mieux placée dans la compétition, Veronika Mendoza, avait pourtant réalisé une belle ascension dans les sondages. Mais sa campagne, débutée cinq mois seulement avant l’élection, n’a pas résisté au bulldozer Keiko.

À côté de cette faiblesse face à la concurrence, c’est le fractionnement multiple des forces de gauche qui a freiné toute montée en puissance potentielle. Sans coalition, « Vero » a vu s’éloigner peu à peu la perspective du second tour. Belle joueuse après son éviction au premier tour, elle n’a cependant pas hésité à appeler au vote pour PPK, afin d’éviter que le Pérou ne croque dans la pomme, brillante comme le sourire de Keiko : « Le pire scénario serait la victoire de Keiko, alors que les fujimoristes disposent déjà d’une majorité absolue au Congrès (soixante-treize élus sur cent trente) » résumait alors Veronika Mendoza.

L’euphorie de la victoire passée, Pedro Pablo Kuczynski doit maintenant s’atteler prestement à la tâche, les péruviens attendent le « kambio » (changement) tant promis… Tiens tiens, ferait-on du recyclage de slogan ?

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