Longue vie au sexisme ordinaire

L’actualité présidentielle l’a prouvé, les mœurs n’évoluent toujours pas. Brigitte Macron est sujette aux sarcasmes en raison de son âge. En sa personne, c’est toute la gente féminine qui est insultée par l’expression péjorative “cougar.” Un argument de plus qui prouve le retard des mentalités et empêche une véritable égalité des sexes.

« Mamie à l’Elysée », « Première grand-mère de France ». Le sexisme ordinaire est toujours au cœur de l’actualité. Depuis, l’élection de son mari à la présidence de la république, dimanche 7 mai, Brigitte Macron la première dame de vingt-quatre ans son aînée est victime de moqueries et d’insultes sur les réseaux sociaux. Et les internautes ne sont pas les seuls puisque les hommes politiques et les médias s’en donnent aussi à cœur joie avec le terme « cougar ».

Un problème politique et médiatique

Jean-Marie Le Pen l’a par exemple utilisé lors d’une interview pour l’émission La Nouvelle édition en surnommant l’adversaire de sa fille de « mari de Madame la cougar ». Mais la dernière raillerie en date envers Brigitte Macron, c’est la Une de Charlie Hebdo datée du 10 mai. Celle-ci, montre la première dame vieillie et enceinte avec l’inscription « Il va faire des miracles ».

Charlie Hebdo du 10 mai 2017

 

Cette une de Charlie Hebdo met finalement en lumière un véritable problème de société. Celui de la fin de la fertilité féminine qui s’inscrit sur le corps des femmes, contrairement aux hommes qui peuvent procréer toutes leur vie. Le vieillissement du corps féminin devient alors un symbole de la disparition du désir de l’homme pour celles-ci. En n’étant plus ainsi objet de ce désir, la sexualité féminine se retrouve être source de méfiance et victime du terme “cougar”. Il est temps de rappeler alors que le président des États-Unis, Donald Trump a également vingt-quatre ans de plus que son épouse et ce n’est évidemment pas le seul à vivre avec une femme plus jeune que lui. Avons-nous entendu des insultes à l’égard de ces hommes ? Non. Pourtant, le terme « cougar » fait aujourd’hui parti du vocabulaire courant alors qu’il n’existe aucun équivalent masculin.

Sexisme et “age shaming”

Concernant l’origine du mot, le cougar est un lion des montagnes, également appelé puma. C’est donc à un félin, chasseur, qu’une femme qui est avec un homme plus jeune est comparée. Une forme de diabolisation archaïque de la sexualité féminine qui consiste à remettre la femme à sa place dans la société. Une preuve de plus que les mentalités n’évoluent toujours pas vers une égalité des sexes. Et les magazines féminins favorisent toujours cet « age shaming » en multipliant les articles qui donnent des conseils pour rester jeune. Brigitte Macron réunit en réalité deux peurs ancrées dans notre société : celle de vieillir et la castration du patriarcat par les femmes.

Petit rappel historique

Emmanuel Macron n’est pourtant pas le premier chef d’état à vivre une histoire d’amour avec une femme de vingt ans plus âgée. En effet, quand on regarde de près l’histoire de France, au XVIe siècle, Diane de Poitiers, première dame de la reine, réconforte le jeune dauphin et futur Henri II encore jeune adolescent. Quelques années plus tard, il est toujours fasciné par cette femme et lui demande l’honneur de porter ses couleurs lors d’un tournoi. C’est en 1538 alors qu’ils sont âgés respectivement de 18 et 38 ans qu’elle devient la maîtresse officielle du roi et qu’elle le conseillera toute sa vie. Deux chefs d’états, deux femmes puissantes qui les soutiennent politiquement et des mentalités qui ne bougent pas depuis cinq siècles. Alors que la mise en scène du discours du président élu avait une allure voulue royale et que les similitudes avec Napoléon III sont évidentes, on a l’habitude de dire que l’histoire se répète. Il est peut-être temps d’arrêter de parler de l’âge de la femme d’Emmanuel Macron pour se concentrer sur la politique qu’il va mener.

Diane Lestage

Une étudiante en Bachelor Journalisme à l'ISCPA Paris qui entretient une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.